24 décembre 2008
Merry Crisis and a Happy New Fear!
Le titre est repris d'un slogan, peint sur les murs d'Athènes. L'occasion aussi de revenir une nouvelle fois sur ce qui se passe là-bas.
Dernières nouvelles de Grèce:
L'occupation du siège du GSEE (voir les derniers articles sur la Grèce) s'est terminée dimanche, en bon ordre. Les occupants ont fait visiter les lieux par les services de sécurité du syndicat, et fait signer un papier notant le parfait état du bâtiment, ceci afin d'éviter toute mise en scène du genre "découverte d'armes" ou de drogues, ou affirmation de vandalisme.
L'occupation des universités continue, mais sans doute plus pour longtemps. Quoiqu'il en soit, l'État s'est préparé à intervenir, si cela s'avérait nécessaire. Une des particularités de la lutte des étudiants grecs de ces dernières semaines est en effet l'interdiction légale d'intervention policière dans les campus universitaire, héritage de la lutte des étudiants contre le régime des colonels dans les années 70.
Pour tenter de contourner cette interdiction, des responsables de Polytechnique ont transmis leurs responsabilité de contrôles à un procureur général. D'autre part, des tirs de fusil provenant d'un autre campus ont atteint une camionnette de police. Provocation ou pas, ce genre d'incidents peut servir de prétexte à l'intervention, particulièrement en ces temps de fêtes, où tout le monde regarde ailleurs.
Mais comme dit dans l'article sur la crise et la répression, la peur de la répression est pour la bourgeoisie préférable à la répression même. Seul le maintien à un haut niveau de mobilisation durant les jours à venir pourrait provoquer une intervention, mais c'est très peu probable. Même si des occupations et des affrontements continuent dans diverses villes du pays, la fatigue et l'isolement, l'absence de perspectives politiques claires, va sans doute conduire à l'essoufflement.
A lire sur internet:
Les dernières informations sur le site de l'EEK (dont les déclarations du dirigeant du parti stalinien KKE, affirmant qu'il n'y a pas de révolte, et que tout cela est l'œuvre des services secrets de l'impérialisme!)
une analyse du contexte social, économique et politique des événements, par Stathis Kouvelakis, reprise sur le site de Futur rouge.
Un autre site en anglais, qui semble collecter les infos de plusieurs sites déjà mentionnés ici: Social war in Greece
Et tous les articles de Divergence sur le sujet sont rassemblés sur le tag "Grèce"
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Les loups entre eux
Ce qui donne à la crise actuelle un petit parfum de 1929, ce sont les suicides de financiers piégés par la crise. Le dernier en date, celui d'un responsable financier français travaillant à New York, Thierry de Villehuchet, pris dans l'affaire Madoff, cet immense montage qui a fait perdre 50 milliards de dollars à diverses banques et investisseurs, et au-delà sans doute à des milliers de petits épargnants. Le principe des réactions en chaînes fait que les conséquences de cette affaire sont encore impossibles à évaluer.
Le fond de l'affaire Madoff, c'est tout simplement la foi aveugle dans le développement ininterrompu du capitalisme, tant chez Madoff que chez ceux qui lui confiaient leur argent, ou ceux de leurs épargnants. Le crime des uns et des autres, c'est d'avoir cru ce que proclame depuis des années l'idéologie bourgeoise: le capitalisme est éternel. La différence entre Madoff et les autres, c'est que lui a bâti son affaire sur cette seule croyance, alors que les investisseurs respectueux des "règles" s'appuyait quand même aussi sur certains éléments économiques concrets, dont ils avaient le tort de croire qu'ils étaient une garantie pour l'avenir. La véritable escroquerie dans cette affaire, c'est le système capitaliste lui-même.
Face aux catastrophes en série que peuvent provoquer ce genre d'effondrement financier, tous les responsables et intermédiaires piégés par leur foi capitaliste cherchent à se dédouaner, tout en étant incapables de remettre cette foi en doute. D'où la recherche obstinée de responsabilités individuelles et l'usage de tous les moyens pour récupérer ce qu'ils croient pouvoir encore l'être.
Le système Madoff reposait avant tout sur des systèmes de confiances institutionnelles et personnelles, sur des réseaux d'influence au sein de la bourgeoisie mondiale. Les "carnets d'adresses" bien remplis, comme celui de Villehuchet jouait donc un grand rôle pour attirer sans cesse de nouveaux capitaux, afflux constant qui permettait le paiement d'intérêts importants aux investisseurs précédents. C'est l'arrêt de ce flux par l'aggravation brutale de la crise financière en septembre dernier, qui a provoqué la chute de Madoff.
Dans ce contexte, des personnages comme Villehuchet étaient évidemment au centre de toutes les attentions, apportant à Madoff des clients, à ses contacts des intérêts importants. Du jour au lendemain, ou presque, ce héros du capitalisme se trouve transformé en bouc émissaire, cible d'une curée générale des investisseurs du monde entier, utilisant tous les moyens de pression psychologique possibles, à la fois pour se dédouaner sans mettre en cause le système que pour récupérer le moindre centime qui pourrait encore l'être. Il n'y a guère de différence dans la manière dont cet affolement de capitalistes les a conduit à écraser l'un des leurs que dans celle qui conduisit il y a peu les clients d'une grande surface américaine avides de saisir la "bonne occasion", à piétiner à mort, à l'ouverture des portes, l'un des employés du magasin. Bienvenue dans le monde enchanté de l'humanisme bourgeois!
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La grande peur de l'an 2009
Pour des raisons parfois très divergentes, l'idée que l'année à venir sera une année terrible se répand à travers la population.
Il y a d'abord l'analyse marxiste, qui conclut à la nécessité pour les gouvernements bourgeois de s'attaquer aux acquis des travailleurs, attaque qui pourrait provoquer en retour un regain rapide des luttes. L'aggravation du chômage, la perte du pouvoir d'achat, la destruction des systèmes de soins et d'éducation sont à l'ordre du jour, avec tous les drames humains que cela peut signifier.
Pour autant, il est impossible de savoir à quel rythme cela se produira: le propre d'une période d'instabilité est de rendre impossible toute prédiction à court terme. S'ils le peuvent, les gouvernements éviteront autant que possible une attaque générale, qui risquerait de provoquer l'explosion qu'ils redoutent, et préféreront si possible de s'attaquer aux travailleurs segment par segment. L'année sera difficile pour tous les travailleurs, mais pourrait n'être vraiment catastrophique que pour de petites fractions de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie. La crise du capitalisme n'est pas un événement brutal, mais un processus à long terme, dont les rythmes sont impossibles à évaluer, alternant lente évolution et accélérations subites.
Il y a ensuite la peur qui se répand dans la bourgeoisie même: peur des pertes brutales individuelles à la suite d'incidents du genre de l'affaire Madoff, mais aussi peur des révoltes et du désordre social consécutifs aux plans gouvernementaux, aux licenciements massifs, déjà décidés ou à venir.
Mais les gouvernements et les dirigeants industriels ne perdent pas de vue les avantages propagandistes de cette peur de 2009, et se gardent bien de trop rassurer.
Le premier avantage est le principe du "moindre mal": plus les gens s'attendront au pire, plus ils accepteront les "difficultés" qui leur paraîtront moindre que leurs craintes. L'autre avantage idéologique est que cette peur va servir, et sert déjà, d'argument essentiel pour faire accepter les plans anti-sociaux des gouvernements et des entreprises.
La peur, rappelons-le encore, est le fondement même de la propagande bourgeoise, aujourd'hui plus que jamais. Plus les gens auront peur, plus toute solution leur paraîtra inaccessible, plus ils resteront passifs face aux événements.
Enfin, dans les milieux anticapitalistes, cette peur a les couleurs de l'espoir : le grand moment va arriver. Peut-être, mais il n'est pas encore là, et ce n'est sans doute pas dans l'immédiat. En insistant sur l'imminence des événements, et l'urgence de réagir, certains partis peuvent trouver un motif pour appeler à l'unité face à l'urgence, et ainsi faire taire toute critique.
Le besoin d'unité dans l'action est une exigence fondamentale de la lutte des travailleurs contre le capitalisme. Mais à condition que cette unité aie du contenu, ne soit pas du vent. L'unité oui, mais pourquoi faire? Voilà ce à quoi certaines organisations éviteront de répondre, ce qui reviendra à dire, unité derrière ce qui existe actuellement, derrière notre ligne. Le prétexte de l'urgence, comme cela a été souligné dans l'article sur le centralisme démocratique, est un argument récurrent des appareils pour faire taire tout débat.
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Les dernières fêtes avant la catastrophe
Un sociologue affirmait récemment dans les colonnes de Libération que la consommation lors des fêtes de cette fin d'année ne devrait pas trop être atteinte par la crise. Face à la peur de 2009, ces fêtes apparaissent comme la dernière occasion de s'amuser, la possibilité d'oublier ce qui nous attend, de faire taire l'angoisse transmise par les scénarios catastrophes de la crise, comme par l'analyse concrète de la vraie catastrophe, le capitalisme.
S'il est du devoir des révolutionnaires de prévenir les travailleurs de ce qui les attend, de mettre en évidence la profondeur de la crise traversée par le capitalisme, il s'agit d'éviter de participer à cette grande fabrique d'angoisse et de passivité qu'est cette peur de l'an 2009.
Les luttes en Grèce rappellent qu'avec la crise, de nouveaux espoirs reviennent. La faiblesse du capitalisme peut être une chance, si les travailleurs prennent conscience de leur force et s'organisent pour renverser ce système qui broie tous les êtres, y compris parmi les siens.
Mais cette organisation doit être efficace, et la plus précise possible. Toute impatience, toute illusion sur l'urgence se paiera en illusions, en erreurs, en retard dans la réaction. La crise du capitalisme n'est pas un événement, mais un long processus, disait-on plus haut. Il en va de même de l'action révolutionnaire des travailleurs. Il faut être capable de réagir vite face aux événements, mais l'essentiel de la lutte se construit dans l'effort obstiné et patient pour construire une alternative politique réaliste, donc révolutionnaire, fondée sur un parti ouvrier révolutionnaire, et sur la prise de conscience progressive, par les travailleurs de leur force et de leurs intérêts.
Il ne sert donc à rien de verser dans le catastrophisme. Il faut apprendre les vrais rythmes de la vie, combattre la peur, savoir que même dans les moments où le ciel se charge de nuages, des lumières nouvelles se préparent derrière eux, tandis que continue, aussi bien qu'elle le peut, la vie avec ses plaisirs, ses joies, ses espoirs.
Dans les deux à trois semaines à venir, l'activité du blog se ralentira, pour reprendre véritablement après le 11 janvier. Dès lors, même si d'autres articles paraîtront d'ici là:
Joyeuses fêtes à tous! Et que 2009 aie les couleurs de l'aurore!
03 décembre 2008
Crise économique actuelle: 4 Idéologie
Pour pouvoir faire passer les plans de relance, les gouvernements capitalistes vont devoir pousser au maximum le moteur de la propagande. C'est qu'il s'agit de convaincre la majorité de la population de faire des sacrifices les mettant en danger, eux et leurs enfants, et cela afin de sauver précisément le système qui les a mis en danger, et qui s'attaquera toujours plus à eux, avec pour seule limite de maintenir suffisamment de travailleurs en état de produire. On comprend dès lors que la tâche est immense, et que tous les moyens sont bons.
Ce moteur tourne depuis le début du capitalisme et n'a cessé de se perfectionner. Dès lors, les arguments ne seront fondamentalement pas neufs. Mais la forme s'adaptera aux circonstances, utilisant les acquis du marketing et la partie "gestion des ressources humaines " du management, en plus des vieilles méthodes de gouvernement.
La stratégie de la propagande capitaliste peut se décomposer comme suit, sachant que dans la réalité ces divers éléments se mélangent et se complètent. Sachant aussi qu'ils sont moins la mise en application d'un plan préétabli qu'une mise en place progressive et partiellement spontanée de l'activité idéologique des classes dominantes.
Positiver:
- maintenir l'espoir dans le capitalisme ( le mythe du paradis terrestre)
- convaincre que le sort de l'homme s'identifie au sort du capitalisme (tous sur le même bateau, la grande famille, "nous", l'écologie)
Neutraliser:
- Détruire tout espoir d'alternative (le réalisme est du côté de ceux qui se soumettent à la réalité)
- Se servir des défauts même du capitalisme pour maintenir la passivité des masses : entretenir la peur, et le dégoût du politique, de la propagande, de l'idéologie
- Faire porter la responsabilité des crimes du capitalisme sur l'homme" et l'individu.
- Masquer le caractère propagandiste en utilisant le plus possible de relais, sous forme d'"information"
Négativiser:
- Criminaliser les adversaires: le terrorisme comme épouvantail, la loi comme instrument de dictature
- Affirmer que le problème, ce sont les autres: l'éternel "diviser pour régner", et cela jusqu'aux guerres
Atouts et défauts de la propagande bourgeoise
Le principal ennemi de cette propagande, c'est la réalité. Le principal allié, c'est l'envie d'y croire.
Sans arrêt, le mensonge capitaliste se heurte aux faits. Mais il convainc quand même la majorité, car tous aimeraient bien, au fond, que cela soit vrai. Ce serait tellement plus simple si les capitalistes avaient raison. Il suffirait de laisser aller les événements, ne pas devoir réfléchir, ne pas prendre les risques que comporte toute lutte: être victime de la répression et se tromper. Cette envie est évidemment plus forte dans les milieux habitués à la passivité, à l'absence d'analyse, à survivre plutôt qu'à prendre des risques.
L'autre adversaire, aujourd'hui bien faible, c'est la contre-propagande révolutionnaire. Toute expression publique des révolutionnaires doit comporter une réponse aux actions propagandistes de la bourgeoisie. On y reviendra dans la dernière partie des ces articles sur la crise, et l'un des axes de ce blog est naturellement cette contre-propagande. Ici, on va seulement préciser les axes de la propagande bourgeoise définis plus haut.
Axes principaux de la propagande libérale
Le mythe du Paradis terrestre
Le problème de la propagande bourgeoise est que son argument-choc a pris du plomb dans l'aile. La réalité s'éloigne de plus en plus de cet âge d'or, de cette abondance pour tous que nous promet le capitalisme, et auquel des idéologues du capitalisme croient sincèrement. (les capitalistes eux-mêmes y croient beaucoup moins)
Si cet argument est puissant, c'est d'abord parce qu'il repose sur une réalité: l'amélioration de la condition matérielle de la majorité de la population des États dits développés au cours des décennies qui suivirent la 2e guerre mondiale. Le mensonge est que ce fait, lié à des circonstances particulières, est élevé au rang de caractéristique fondamentale du capitalisme.
Cette amélioration est due aux luttes sociales puissantes dans ces pays, qui ont obligé les gouvernements à leur céder sur certains terrains (les "acquis sociaux"). Mais ils n'ont cédé alors que parce qu'ils en avaient les moyens. C'était l'époque où le surprofit réalisé sur les travailleurs des États en voie d'industrialisation, travailleurs qui rentraient alors en masse dans le processus de développement capitaliste, permettait aux bourgeoisies occidentales de lâcher du lest dans leurs propres pays, avec pour avantage non négligeable de créer un marché pour leurs produits de consommation de pointe.
Cette période est terminée. La "société de consommation" n'aura été qu'une parenthèse dans la longue histoire du capitalisme. Il n'y aura plus de surprofit suffisant pour céder partiellement aux revendications ouvrières.
Mais l'argument continuera à porter. Il portait déjà dans les pays où il n'était pas réalité: le "rêve américain" a été un outil puissant pour calmer les revendications dans les pays en voie de développement et pour hâter la décomposition des États bureaucratiques d'Europe de l'Est. A ceux-là même qui en étaient exclus, ce rêve était présenté comme une promesse, s'ils se soumettaient aux exigences du capitalisme.
Aujourd'hui et dans les années à venir, il servira surtout à prétendre que la crise n'est que passagère (le terme de "crise" d'ailleurs porte en lui cet argument), et que cet âge béni reviendra. Qu'elle n'est qu'un accident dans la longue marche en avant du capitalisme vers le bonheur universel. De même que l'on avait fait de cette période passagère et locale une constante du capitalisme, on cherchera à faire de la "crise", l'appauvrissement moyen des travailleurs, qui constitue le fondement universel du capitalisme forcé d'augmenter sans cesse son profit, un phénomène passager.
Tous dans le même bateau
Cet argument aura du poids dans la petite bourgeoisie, qui craint, avec raison, d'être jetée par dessus-bord, mais moins chez les travailleurs, auquel il est servi depuis des décennies dans l'entreprise et constitue l'un des éléments majeurs du management moderne: l'entreprise est une grande famille, objet d'un culte savamment entretenu, y compris par des fêtes d'entreprise. Beaucoup de travailleurs connaissent le contre-argument: sur ce bateau, il y en a qui logent dans les cabines spacieuses au-dessus du pont, tandis que la majorité crève dans la chaleur, l'obscurité et la violence de la salle des machines. Et en plus, le bateau vient de heurter un iceberg...
Un cas particulier de cet argument est lié à l'écologie. Poussé par la réalité, les capitalistes vont devoir prendre certaines mesures écologiques provisoires et superficielles. Ils vont, contre leur utopie qui est d'avoir des travailleurs très peu payés consommant beaucoup, diminuer la consommation de la majeure partie de la population. Ces mesures liées à la sauvegarde du capitalisme seront présentés comme des mesures nécessaires à la sauvegarde de tous. Que cela soit faux même sur le plan écologique, nous y reviendrons très prochainement dans un autre article.
Soyons réalistes!
Fondamentalement, cet argument repose sur une tautologie: le capitalisme doit exister parce qu'il existe. Tout autre société ne doit pas exister parce qu'elle n'existe pas.
Mais ce sera bien sûr présenté autrement. Il suffit de remplacer "telle mesure est nécessaire pour la sauvegarde du capitalisme" par "telle mesure est nécessaire". Ainsi: "Il est nécessaire de travailler le dimanche", il 'est nécessaire de travailler plus et plus longtemps", "il est nécessaire de diminuer les retraites, les indemnités de chômage ", "il est nécessaire de diminuer les dépenses sociales", "il est nécessaire d'adapter l'emploi aux variations du marché", etc, etc..
Que ce réalisme limité (aux besoins du capitalisme) s'oppose au réalisme fondamental de la révolution (et à l'idéalisme réformiste) sera l'objet d'un très prochain article.
Seul le capitalisme peut nous sauver des méfaits du capitalisme
La destruction du "tissu social", la brutalité de l'exploitation capitaliste engendrera une hausse de la violence et du désordre social. Loin de chercher à les apaiser ou les nier, la propagande bourgeoise soulignera ces désordres en en masquant les causes pour répandre la peur, et renforcer le désir des plus faibles de chercher la protection des forts, technique maffieuse à la base de toute société inégalitaire.
La politique bourgeoise est fondée sur la corruption (qui est la transformation du pouvoir économique en pouvoir politique) et la propagande bourgeoise est fondée sur le mensonge. A défaut de pouvoir le masquer, on s'en servira pour dégoûter les masses de toute politique, pour qu'elles ne prennent pas leur destin en mains, et de toute propagande pour qu'elles ne prêtent pas attention aux efforts de diffusion des idées révolutionnaires.
L'homme est fondamentalement mauvais
Là encore, la bourgeoise se servira paradoxalement des méfaits du capitalisme pour le rendre légitime. Les conditions matérielles d'existence dans la société capitaliste favorise l'égoïsme, le mensonge, l'avarice, la violence. Évidemment, ces défauts font partie de la nature humaine. Mais les qualités opposées aussi. Si ce sont les défauts qui aujourd'hui prédominent, c'est qu'ils rencontrent dans les rapports sociaux actuels un terreau fertile. En les présentant comme une constante de l'homme, on veut convaincre qu'il ne sert à rien de lutter contre eux, et que la souffrance de l'homme est éternelle. Retournez vous asseoir.
C'est dans cette perspective qu'il faut placer toutes les théories pseudo-scientifiques fondées sur une utilisation idéologique de la génétique et de la psychologie, comme on le voit entre autres ces temps-ci à propos de la criminalité.
C'est dans ce cadre aussi que l'apparent bon sens qui amène à "responsabiliser" l'individu (mais sans lui donner les moyens d'agir) a surtout pour motif de déresponsabiliser, d'innocenter, le système social capitaliste. Aussi bien dans l'éducation (ce sont les parents seuls qui sont la cause du mauvais comportement des enfants) que dans l'écologie: c'est l'individu qui pollue, qui consomme trop, qui ne prend pas assez "les simples petites mesures qui additionnées, permettraient de tout résoudre". Même raisonnement vis-à-vis de la misère: la solution est d'être charitable, voyons.
Oui, l'individu est responsable de ses actes, les parents responsables des actes de leur enfants. Mais dans une société qui fabrique le crime, mine tout effort éducatif, détruit systématiquement l'environnement, et conduit la majeure partie des hommes à la misère, les petites actions individuelles n'ont qu'une portée dérisoire. Toutes ces petites mesures n'auront de véritables effets que si elles s'intègrent dans un processus social d'éducation, de protection de l'environnement, de lutte contre la misère. Donc, pas au sein du capitalisme.
De la propagande? Où ça?
Affirmer que la propagation de ses idées est de la propagande, comme le font les révolutionnaires, c'est inviter ceux à qui cela s'adresse à vérifier si ce qui est dit correspond aux faits. Menée avec rigueur, une telle confrontation est fatale à la propagande bourgeoise. On présentera donc celle-ci comme étant non de la propagande, mais les faits eux-mêmes: de l'information.
Et c'est d'autant plus efficace que bon nombre de ceux qui se font les vecteurs de la propagande bourgeoise sont réellement convaincu de ne faire que de l'information.C'est la conséquence même de la propagande bourgeoise, mais aussi de la spécialisation de l'information, qui s'oppose à la véritable connaissance. En n'informant que sur une partie de la réalité, on la déforme. On prend les effets pour des causes. La criminalité est réduite à des faits individuels, les éléments caractéristiques de la société sont dépeints comme des accidents ("la crise", les "guerres") ou comme des erreurs d'un gouvernement en particulier. Les causes des conflits sont locales et liés au comportement des participants, on confond objectivité et neutralité : l'opprimé et l'oppresseur sont renvoyés dos-à-dos et sommés de s'entendre (voir le conflit palestinien, parmi bien d'autres), ce qui revient en fait à demander à l'opprimé de se taire.
La description des mécanismes sociaux et économiques propres au système capitaliste est considérée comme la description de la réalité économique et sociale dans son universalité et son éternité. L'exigence scientifique est là un prétexte facile: on ne peut étudier que ce qui existe. Bien sûr, mais "ce qui existe", ce n'est pas seulement ce qui se montre là et maintenant. Les sciences humaines ne sont pas comme les sciences dures: leurs objets évoluent et se métamorphosent, rencontre des points de bifurcation, de divergence, comme l'époque qui s'ouvre. Ce qui existe n'est donc pas seulement ce qui est, mais aussi ce qui peut être: c'est la dynamique historique et globale des phénomènes, leurs causes fondamentales et surtout leur avenir, et les possibles qu'ils recèlent. Mais cela, c'est "de la spéculation", pas de la "science" et est rejeté hors du champ d'études.
Nos adversaires sont des criminels !
Transformer l'adversaire politique en criminel a deux avantages: justifier la répression, et isoler ces adversaires de la population, en les présentant comme un danger pour tous, et non pas seulement pour les capitalistes.
Sur ce point, les exemples récents abondent. La lutte contre le terrorisme est l'élément le plus extrême de cette tendance: les actions de terreur menées par des criminels fascisants armés et formés initialement par les États capitalistes sert de prétexte à présenter toute action de résistance comme une action terroriste, accomplie ou en puissance: on surveille les opposants en prétendant prévenir toute action terroriste. Toute la législation antiterroriste a en fait pour moteur premier la surveillance des organisations oppositionnelles. Elle permet aussi, naturellement, de s'attaquer, quoique de manière très limitée, aux "terroristes" individuels, sinon elle perdrait toute légitimité. Là encore, la bourgeoisie peut compter sur la sincérité d'une partie de ceux qui mettent en œuvre sa politique sans prendre en compte le contexte général dans lequel elle s'insère.
Mais la criminalisation est plus générale que la seule question du terrorisme: les grèves, les caricatures, les critiques dans la presse sont de plus en plus l'objet de condamnation judiciaire.S'opposer devient un crime. Ce n'est pas encore la dictature, mais ce sont ses ferments.
Ce processus est d'autant plus efficace qu'une part de la révolte, inconsciente et/ou inefficace, s'exprime de manière détournée dans des actions plus ou moins violentes -qui vont de l'insulte aux autorités aux sabotages de voie ferrée, en passant par les dégradation de matériel et les petits vols. Et c'est particulièrement vrai pour la jeunesse, qui cherche sa voie. Mettre l'accent sur la "criminalité" de la jeunesse, bien légère et bien réduite dans les faits, permet de préparer la répression lorsque cette révolte se fera consciente et efficace.
Vite, il me faut un ennemi !
La recherche d'un ennemi est doublement utile: diviser les travailleurs et détourner la révolte encore inconsciente de son but vers un bouc émissaire. Autrement dit, organiser ce détournement de la révolte qui s'exprime de manière spontanée et embryonnaire dans les actions inconscientes évoquées plus haut.
Les étrangers, ceux qui ont une autre religion, les fonctionnaires, les jeunes, les chômeurs, etc.. sont tour à tour convoqués pour jouer le rôle d'épouvantail dans la pièce: "C'est la faute aux autres", en représentation continue. Il s'agit de dresser les faibles à s'attaquer aux plus faibles plutôt qu'aux plus forts. La lâcheté et l'aveuglement, entretenus par des décennies de propagande et par la soumission au système social sont d'excellents alliés.
Alors que les révolutionnaires cherchent à souligner les intérêts communs de toutes les victimes du capitalisme, et à les unir dans la lutte qu'ils doivent mener eux-mêmes, les bourgeois mettent en exergue tous les intérêts particuliers afin d'unir à eux chaque groupe d'opprimés et les pousser à lutter contre d'autres groupes d'opprimés, lutte menée par la bourgeoisie elle-même.
Là encore, le problème pour la bourgeoisie, c'est la réalité: l'aggravation de l'exploitation, rendue plus que jamais nécessaire par la crise (entendez: le fonctionnement normal du capitalisme) détruit tous les maigres avantages particuliers et rend de plus en plus semblables le sort de tous les opprimés.
Mais il est une tendance de la réalité qui va dans son sens: à mesure que la crise ira s'accentuant, les contradictions entre les différentes bourgeoisies nationales, exacerbées par une concurrence aiguisée par l'affaiblissement des marchés, conduira chaque section de la bourgeoisie mondiale à s'opposer plus violemment aux autres (sauf si la montée du danger révolutionnaire les pousse à s'unir), alors même que l'économie de guerre aura pris un rôle accru dans l'économie et la société capitaliste. Le temps des guerres, qui pour bien des peuples n'a jamais cessé, redeviendra universel. Cela tombe bien: c'est aussi le moyen, en détruisant les forces productives excédentaires, de relancer la machine économique. Ce sera l'objet du prochain article de cette série sur la crise économique actuelle: vers la répression et les guerres.
30 novembre 2008
Crise économique actuelle 3: Qui va payer?
1re partie : Causes et contexte de la crise
2e partie: Les plans de relance
Face à la multiplication des plans de relance et à leurs coûts gigantesques, la question la plus évidente est: "qui va payer?".
A cette question, les gouvernements répondent que, pour une part, le coût de ces plans, la part virtuelle, dette et garanties, sera en fait financé ultérieurement par le retour de la croissance. C'est la part de "pari sur l'avenir" de ces plans, qui en constitue l'un des piliers.
Mais hors cette part virtuelle, et si le pari s'avère faux, la réponse à la question est simple: ceux qui paieront la crise, ce seront les travailleurs.
Et cela pour deux raisons: le financement des plans de relance, mais aussi une augmentation radicale du profit.
A Le financement des plans de relance
L'augmentation de la dette ne couvrira pas l'entièreté des plans de relance, d'autant qu'il faut leur ajouter la baisse de la fiscalité aux entreprises.
Il faudra donc trouver de l'argent. La seule ressource des gouvernements, toute augmentation de la fiscalité étant écartée en temps de crise, est la réduction des dépenses.
Idéalement, cela ne devrait concerner que les dépenses qui ne permettent pas de créer ce marché virtuel, temporaire, qui constitue l'un des éléments-clés de ce programme d'aide à la relance.
Le problème est que l'évolution du rôle de l'État dans l'économie capitaliste, depuis la seconde guerre mondiale, signifie que toutes les dépenses publiques sont orientées en faveur de la consommation, du marché. Ainsi les dépenses de santé publique sont-elles le débouché essentiel des puissantes industries pharmaceutiques, les allocations diverses, chômages et pensions, soutiennent-elles l'immobilier et la grande consommation, tandis que les travaux publics soutiennent la grande industrie, les dépenses militaires entre autres l''industrie de pointe, etc. Le fonctionnement de l'État lui-même constituant un marché essentiel pour les entreprises du secteur énergétique et immobilier, entre autres. Même les dépenses culturelles sont partiellement orientées vers la cration d'un marché spécifique.
Une autre partie des dépenses sert à faire porter par le public des coûts auparavant assumés par les entreprises privées: ainsi la formation et, dans une certaine mesure, le transport.
Il va donc falloir faire des choix, qui varieront d'un État et d'un gouvernement à l'autre en fonction de la puissance des différents lobbys industriels, et importance stratégique des marchés, partiellement variable d'un pays à l'autre.
Deux critères vont être déterminant: l'importance relative des marchés et les éléments non créateurs de marchés inclus dans les dépenses publiques.
L'importance relative des marchés:
Tous les marchés n'ont, aux yeux des économistes bourgeois, pas la même importance. Il existe de smarchés stratégiques de trois types, qui se chevauchent plus ou moins: les industries de pointes, parce qu'elles possèdent théoriquement les plus grandes potentialités de développement et devraient donc jouer un rôle essentiel dans la relance; le marché des biens de production, dont la métallurgie, puisqu'il nourrit l'ensemble de l'économie; et enfin les marchés liées aux productions les plus intégrantes, c'est-à-dire les produits formés de produits venus d'autres secteurs, tel l'automobile et l'immobilier.
Le secteurs de la consommation courante (textile, alimentation, etc..), du tourisme et secteur tertiaire. ne sont pas stratégiques. Les dépenses de santé non liées aux technologies de pointes et à la consommation des médicaments ne l'est pas non plus.
On le voit, les secteurs les moins stratégiques sont ceux qui sont soutenus par les systèmes d'allocation: pensions et chômage, entre autres. Néanmoins, même là, les gouvernements ne peuvent aller trop loin, ou trop vite, sans risquer d'ébranler l'ensemble de l'économie. S'ils diminueront néanmoins ces secteurs, c'est pour d'autres raisons.
Les dépenses hors circuits commerciaux
Outre la culture, qui n'est de toutes façons qu'un très faible maillon des dépenses, les dépenses non commerciales de l'État concernent le fonctionnement de l'État proprement dit, et les dépenses qui ont en fait pour fonction primordiale de maintenir la paix sociale.
L'éducation sera naturellement l'un des secteurs non commerciaux frappés par cette politique de dépense, mais de manière complexe: d'une part, les économies dans ce secteur ont déjà été faites en partie, et ne sont pas extensibles à l'infini. D'autre part, les économies qui seront quand même réalisées dans ce secteur serviront pour une part à sa réorientation, favorisant les formations professionnelles et de pointe au détriment des formations générales, ces formations spécialisées ayant pour fonction, comme dit plus haut, de faire porter par le secteur public, de sdépenses nécessaires au secteur privé.
Un des axes des réductions de l'État concernera donc son propre fonctionnement, pour autant que cela ne porte pas sur ce qui concerne l'aide aux secteurs stratégiques et sur les fonctions répressives, participant au quatrième volet, politique, des stratégies de relance.
Les dépenses qui permettent de maintenir la paix sociale, ce sont précisément les allocations, les soins de santé, les services publics, ce sont tout ce que les États ont dû céder face aux luttes des travailleurs au cours des décennies précédentes, ce que l'on appelle les "acquis sociaux". Ces acquis constituent en fait une part du salaire réel de travailleurs, la différence entre salaire brut et salaire après impôts, qui leur était donc versés sous forme de services, d'assurance, d'allocations. A ceci près que le salaire net est versé individuellement, alors que le salaire brut est versé globalement.
La destruction des acquis sociaux financera les plans économiques
La diminution des dépenses dans ce secteur se fera soit directement, par une diminution, ou un gel des allocations, une diminution des remboursements de soins de santé et des services publics, ou indirectement, en restreignant l'accès à ces allocations et remboursements: recul de l'âge de la retraite, exclusion du chômage, réduction de la durée des allocations, etc.
Les États hésiteront d'autant moins à mettre en œuvre ces mesures qu'elles ont un autre avantage: fragiliser les travailleurs, les poussant à accepter des conditions de travail et de salaire en baisse.
B L'augmentation radicale du profit
En temps de crise, l'augmentation du profit est une nécessité plus impérieuse que jamais pour les entreprises. Pour deux raisons:
- la part de profit non réalisé - les invendus - étant en augmentation, pour maintenir le profit réalisé, il faut augmenter celui-ci par unité produite.
- la concurrence accrue due à la surproduction entraîne une baisse des prix. Pour que celle-ci ne se traduise pas par une baisse du profit, il faut là encore augmenter le profit à la base, en diminuant la part des salaires dans le coût de fabrication.
Pour éviter autant que possible un affrontement direct avec les travailleurs, les entreprises utiliseront au maximum tout l'attirail dont elles disposent pour diminuer le salaire réel en se contentant parfois -mais de moins en moins- de bloquer le salaire nominal: augmentation de la productivité, avec le stress et les dangers d'accidents de travail qui en résulte; adaptation des horaires aux besoins du "just in time" et aux variations du marché.
Mais surtout, il s'agira de baisser le salaire nominal moyen, sans trop toucher aux salaires établis, en remplaçant les emplois fixes, les CDI, par des emplois instables , CDD, intérims et sous-traitance.
A la critique moralisante du capitalisme, qui s'en prend aux comportements des capitalistes, et non au système, il convient de rappeler que cette exigence de profit n'a rien à voir avec l'avarice, la soif de l'argent, le goût des richesses et autres pêchés.
Si le capitaliste doit faire du profit, c'est parce que, dans les limites de ce système, il n'a pas le choix: toute baisse du profit signifie une baisse de la position concurrentielle. De là, la disparition de tout capitaliste qui n'aurait pas appliqué à la lettre ce commandement fondamental du capitalisme, et cela de manière plus rigoureuse encore par temps de crise qu'en période de croissance. C'est l'obligation de faire du profit qui peut les rendre avides d'argent et obnubilés par le gain, non l'inverse.
L'aide véritable des gouvernements aux entreprises
Le financement gigantesque de l'économie par les plans de relance, l'endettement et la baisse de la fiscalité des entreprises n'est rien dans l'aide à celles-ci par rapport à l'aide que les gouvernements vont apporter en fragilisant au maximum l'emploi, favorisant la baisse moyenne des salaires réels et l'augmentation du profit.
L'essentiel des plans de relance n'est donc pas dans l'aide à la consommation, solution provisoire, mais dans l'aide au profit, à travers l'aide aux sous-contrats, au nom de la lutte contre le chômage, de l'emploi jeunes ou autres prétextes, par la fragilisation du statut des chômeurs, forçant de plus en plus ceux-ci à accepter des contrats de travail de plus en plus défavorables en terme de salaires, d'horaires et de stabilité.
En favorisant aussi les licenciements, qui servent autant à adapter l'emploi aux variations du marché -autrement dit à faire porter par les travailleurs seuls le prix de la crise de la surproduction, qu'à permettre à terme le remplacement des anciens contrats arrachés par des décennies de luttes sociales par des contrats adaptés aux besoins urgents de la classe capitaliste.
Ne disposant plus comme auparavant des moyens de financer, par des allocations diverses, la paix sociale, lse gouvernements, pour faire accepter leurs plans, doivent développer une réponse idéologique et politique. Ce sera le sujet des prochains articles.
A venir: 4 Propagande et diversions
29 novembre 2008
Crise économique actuelle: 2 les plans de relance
1re partie: 1 Causes et contexte de la crise.
Prévoir l'avenir, en histoire et particulièrement en économie, revient souvent à tirer à l'aveugle vers une cible mouvante. Mais la crise économique actuelle laisse tellement peu de choix aux gouvernements, qu'il est aisé de deviner au moins les axes généraux du court et moyen terme.
La gravité de cette crise ne permet pas à ceux qui veulent sauver le système économique actuel de choisir entre divers remèdes: il faut les utiliser tous.
En simplifiant, on peut diviser la réponse des classes dominantes et de leurs États en quatre parties: économique, sociale, idéologique et politique. La part économique est ce que la presse et les gouvernenements appellent généralement les plans de relance; la part sociale, ce sont les "efforts que nous allons "tous" devoir faire": baisse de salaires réels, coupure dans les dépenses sociales, etc; la part idéologique, c'est la propagande pour convaincre ceux auxquels on demande de faire ces efforts, c'est-à-dire les travailleurs, d'accepter les mesures sociales; et enfin, la part politique, c'est pour forcer ceux qui n'auraient pas été convaincus.
1 Economie
Rien d'original à attendre: il s'agira, comme en 1929, comme en 1981, comme en 2001, de créer des marchés artificiels, par l'endettement et l'aide au crédit. Néanmoins l'administration Obama ne donnera sans doute pas la même forme que les administrations républicaines, sous Reagan et Bush Junior, à ces deux types de réponses à la crise.
A L'endettement ne passera pas, dans un premier temps, par une augmentation radicale des dépenses militaires (même si l'économie américaine restera fondée sur l'économie de guerre), mais par des grands travaux, inspirés du New Deal de Roosevelt. Oubliant que ce "New Deal" n'a sorti l'économie américaine des années trente que durant quelques années. Il a fallu la 2e guerre mondiale pour mettre vraiment fin à la crise de 1929, 2e guerre qui fit entrer les États-Unis dans l'économie de guerre en temps de paix, dont ils n'ont pu sortir.
B La baisse de la fiscalité des entreprises
Une partie de l'endettement servira aussi à couvrir les baisses de prélèvement fiscaux sur les profits des entreprises, baisse des revenus de l'État censée être compensée par l'augmentation des recettes que pourrait permettre la relance de l'économie, aidée par ces mesures. Dans les faits, il s'agit de rendre aux entreprises une part de leur profit, sans aucune contrepartie. Autrement dit, un don de la collectivité au privé.
Cette mesure ne résoudra rien; au contraire. En aidant les entreprises à rétablir leur équilibre financier, on met à mal le mécanisme d'autoprotection du marché, face à la surproduction: la disparition d'une partie de la production suite aux faillites. D'autre part, les investissements supplémentaires que les sociétés pourront réaliser grâce à ce cadeau servira essentiellement à augmenter la productivité, et donc, à terme, à aggraver la crise de surproduction.
C L'aide au crédit passera pour une bonne part par des prêts aux organismes financiers, aux industriels et aux particuliers. mais surtout par des garanties, afin de relancer les mécanismes privés du crédit, l'Etat étant incapable de fournir directement les prêts nécessaire à la relance de l'économie. La différence entre "garantie" et "crédit", surtout au niveau de l'Etat, n'est en pratique pas très différente: c'est, toujours, de l'argent virtuel, une anticipation sur les richesses futures, un pari sur la croissance. Mais ce pari risque fort d'être perdu: aucun nouveau marché réel ne viendra donner corps à ces marchés virtuels.
Mais l'économie américaine, depuis ces vingt dernières années, ne peut plus à elle seule relancer la machine mondiale. Si l'Europe, malgré l'absence de pouvoir politique central, tentera tant que bien que mal de suivre la politique américaine, le sort de l'économie mondiale repose pour une bonne part sur le dilemme de la bureaucratie chinoise, étant donné la très forte imbrication entre économie américaine et chinoise.
Le dilemme de la bureaucratie est le suivant: créer un marché intérieur ou continuer de financer la dette américaine.
Face à l'effondrement des marchés extérieurs, qui constituaient le moteur essentiel de la production chinoise, la bureaucratie, pour sauver son économie, et sa peau, va devoir développer au plus vite son marché intérieur (Sur la situation économique en Chine). Contrairement aux sociétés occidentales, elle en a les moyens, grâce au capital accumulé durant ces vingt dernières années. Là, ce n'est pas de la richesse virtuelle empruntée à un hypothétique avenir, mais la richesse déjà créée. Une telle politique permettrait peut-être d'offrir un répit à l'économie mondiale.
Sauf que cela suppose un désinvestissement vis-à-vis des États-Unis, alors que ce sont les capitaux chinois qui ont financé la dette américaine et rendu possible les plans de relance passés comme ils rendent possibles les futurs plans de la nouvelle administration. Le retrait des capitaux chinois enfonceraient les économies occidentales plus encore dans la crise. Et même la croissance du marché intérieur ne pourrait seule absorber la croissance de la production chinoise: si les marchés des pays occidentaux s'effondrent, la Chine sera entraînée aussi dans le gouffre.
A venir, 3e partie: Les plans de relance 2, la baisse radicale des salaires réels
27 novembre 2008
Crise économique actuelle: 1 Causes et contexte
La crise que traverse, depuis plus d'un an, l'économie mondiale, et qui a pris depuis septembre, la forme d'une crise financière aiguë, est la dernière manifestation d'une crise globale du système capitaliste, dont les premier signes sont apparus au cours des années 70.
Cette crise repose sur une contradiction fondamentale de ce système, entre la nécessité de créer sans cesse de nouveaux marchés pour vendre une production en hausse constante, et le fait que la création de ces marchés engendre de nouveaux producteurs, qui vont accélérer à leur tour ce besoin de nouveaux marchés: ce besoin d'expansion commerciale croît donc de manière exponentielle, et aboutit tôt ou tard à ce que les marchés nouveaux ne permettent plus d'absorber la croissance de la production, engendrant une crise de surproduction.
Pour faire face à cette crise, l'une des réactions des gouvernements, et en particulier du gouvernement Reagan aux États-Unis, fut de favoriser le crédit, et d'aggraver la dette nationale en lançant de grandes politiques de dépenses (la "guerre des étoiles"): une double manière de créer un marché artificiel ou, au mieux, anticipé. Une telle politique peut être efficace lorsque qu'une économie connaît un bref ralentissement, afin d'éviter que ce ralentissement ne s'aggrave, ou pour relancer une économie, prête à la croissance, mais à laquelle manque le coup de pouce initial.
Face à une crise générale continue, ce type de mesures ne peut avoir d'effet que provisoire. En 1987, une nouvelle crise se produit, l'effet des mesures reaganiennes s'étant estompée. Cette crise se dissipe cependant relativement vite, car elle coïncide avec l'ouverture des sociétés bureaucratiques chinoise et est-européeennes, nouveaux marchés de grande ampleur qui donnent au système global un répit provisoire.
Dès la moitié des années 90, cependant, un certain ralentissement se produit à nouveau: les nouveaux marchés commencent à devenir de nouveaux concurrents, faisant réapparaître la crise de surproduction. Les investisseurs à la recherche de profits rapides se détournent de la production traditionnelle et investissent en masse dans les technologies nouvelles, bien au-delà des potentialités réelles de ces technologies, créant ainsi un nouveau marché artificiel. C'est la bulle "internet", qui éclate en 2000 et les années suivantes.
La destruction de la part artificielle de ce marché conduit le gouvernement Bush à la même réaction que le gouvernement Reagan 20 ans plus tôt, mais à un nouveau degré: hausse du crédit et dépenses militaires. Dans la hausse du crédit,le premier rôle est tenu par les désormais fameuses "subprimes", fondées sur le pari, tout aussi irréaliste que la "bulle internet", d'une croissance infinie, et rapide, des valeurs immobilières.
Sur le plan militaire, à la factice "guerre des Etoiles" a succédé la vraie guerre d'Irak, qui justifie un endettement monstrueux de l'Etat américain, et permet à nouveau de donner un bref répit à son économie. Mais, comme en 1987, cette politique voit ses effets rapidement diminuer. L'économie ralentit, révélant le caractère artificiel de la croissance du crédit. La crise des subprimes se déclenche, d'abord de manière progressive à partir du second semestre 2006, avant d'entraîner la gigantesque crise financière de ces derniers mois.
Il est probable que cette crise du crédit n'en est qu'à ses débuts: après les particuliers incapables de payer leurs emprunts hypothécaires, les fonds de placements immobilier, puis l'ensemble du système financier, la crise du crédit pourrait s'étendre aux collectivités locales, dont l'endettement fut aussi l'un des facteurs de relance économique de ces dernières années, et enfin, le crédit à la consommation le plus répandu, les cartes du crédit: l'aggravation de la crise risque en effet de multiplier les cas de ménages incapables de rembourser à la fin du mois les dépenses faites au cours de celui-ci. Or l'usage de la carte de crédit est un rouage essentiel des marchés les plus développés, et particulièrement américain.
2e Partie: les plans de relance, 1 économie
