1 Causes et contexte

2 Les plans de relance

3 Qui va payer?

Pour pouvoir faire passer les plans de relance, les gouvernements capitalistes vont devoir pousser au maximum le moteur de la propagande. C'est qu'il s'agit de convaincre la majorité de la population de faire des sacrifices les mettant en danger, eux et leurs enfants, et cela afin de sauver précisément le système qui les a mis en danger, et qui s'attaquera toujours plus à eux, avec pour seule limite de maintenir suffisamment de travailleurs en état de produire. On comprend dès lors que la tâche est immense, et que tous les moyens sont bons.

 

Ce moteur tourne depuis le début du capitalisme et n'a cessé de se perfectionner. Dès lors, les arguments ne seront fondamentalement pas neufs. Mais la forme s'adaptera aux circonstances, utilisant les acquis du marketing et la partie "gestion des ressources humaines " du management, en plus des vieilles méthodes de gouvernement.

 

 

 

La stratégie de la propagande capitaliste peut se décomposer comme suit, sachant que dans la réalité ces divers éléments se mélangent et se complètent. Sachant aussi qu'ils sont moins la mise en application d'un plan préétabli qu'une mise en place progressive et partiellement spontanée de l'activité idéologique des classes dominantes.

 

 

 

Positiver:

 

- maintenir l'espoir dans le capitalisme ( le mythe du paradis terrestre)

 

- convaincre que le sort de l'homme s'identifie au sort du capitalisme (tous sur le même bateau, la grande famille, "nous", l'écologie)

 

Neutraliser:

 

- Détruire tout espoir d'alternative (le réalisme est du côté de ceux qui se soumettent à la réalité)

 

- Se servir des défauts même du capitalisme pour maintenir la passivité des masses : entretenir la peur,  et le dégoût du politique, de la propagande, de l'idéologie

 

- Faire porter la responsabilité des crimes du capitalisme sur l'homme" et l'individu.

 

- Masquer le caractère propagandiste en utilisant le plus possible de relais, sous forme d'"information"

 

 

Négativiser:

 

- Criminaliser les adversaires: le terrorisme comme épouvantail, la loi comme instrument de dictature

 

- Affirmer que le problème, ce sont les autres: l'éternel "diviser pour régner", et cela jusqu'aux guerres

 

 

Atouts et défauts de la propagande bourgeoise

 

 

 

Le principal ennemi de cette propagande, c'est la réalité. Le principal allié, c'est l'envie d'y croire.

 

Sans arrêt, le mensonge capitaliste se heurte aux faits. Mais il convainc quand même la majorité, car tous aimeraient bien, au fond, que cela soit vrai. Ce serait tellement plus simple si les capitalistes avaient raison. Il suffirait de laisser aller les événements, ne pas devoir réfléchir, ne pas prendre les risques que comporte toute lutte: être victime de la répression et se tromper. Cette envie est évidemment plus forte dans les milieux habitués à la passivité, à l'absence d'analyse, à survivre plutôt qu'à prendre des risques.

 

 

L'autre adversaire, aujourd'hui bien faible,  c'est la contre-propagande révolutionnaire. Toute expression publique des révolutionnaires doit comporter une réponse aux actions propagandistes de la bourgeoisie. On y reviendra dans la dernière partie des ces articles sur la crise, et l'un des axes de ce blog est naturellement cette contre-propagande. Ici, on va seulement préciser les axes de la propagande bourgeoise définis plus haut.

 

Axes  principaux de la propagande libérale

 

 

 

Le mythe du Paradis terrestre

 

Le problème de la propagande bourgeoise est que son argument-choc a pris du plomb dans l'aile. La réalité s'éloigne de plus en plus de cet âge d'or, de cette abondance pour tous que nous promet le capitalisme, et auquel des idéologues du capitalisme croient sincèrement. (les capitalistes eux-mêmes y croient beaucoup moins)

 

Si cet argument est puissant, c'est d'abord parce qu'il repose sur une réalité: l'amélioration de la condition matérielle de la majorité de la population des États dits développés au cours des décennies qui suivirent la 2e guerre mondiale. Le mensonge est que ce fait, lié à des circonstances particulières, est élevé au rang de caractéristique fondamentale du capitalisme.

 

Cette amélioration est due aux luttes sociales puissantes dans ces pays, qui ont obligé les gouvernements à leur céder sur certains terrains (les "acquis sociaux"). Mais ils n'ont cédé alors que parce qu'ils en avaient les moyens. C'était l'époque où le surprofit réalisé sur les travailleurs des États en voie d'industrialisation, travailleurs qui rentraient alors en masse dans le processus de développement capitaliste, permettait aux bourgeoisies occidentales de lâcher du lest dans leurs propres pays, avec pour avantage non négligeable de créer un marché pour leurs produits de consommation de pointe.

 

Cette période est terminée. La "société de consommation" n'aura été qu'une parenthèse dans la longue histoire du capitalisme. Il n'y aura plus de surprofit suffisant pour céder partiellement aux revendications ouvrières.

 

Mais l'argument continuera à porter. Il portait déjà dans les pays où il n'était pas réalité: le "rêve américain" a été un outil puissant pour calmer les revendications dans les pays en voie de développement et pour hâter la décomposition des États bureaucratiques d'Europe de l'Est.  A ceux-là même qui en étaient exclus, ce rêve était présenté comme une promesse, s'ils se soumettaient aux exigences du capitalisme.

 

Aujourd'hui et dans les années à venir, il servira surtout à prétendre que la crise n'est que passagère (le terme de "crise" d'ailleurs porte en lui cet argument), et que cet âge béni reviendra.  Qu'elle n'est qu'un accident dans la longue marche en avant du capitalisme vers le bonheur universel. De même que l'on avait fait de cette période passagère et locale une constante du capitalisme, on cherchera à faire de la "crise", l'appauvrissement moyen des travailleurs, qui constitue le fondement universel du capitalisme forcé d'augmenter sans cesse son profit,  un phénomène passager.

 

Tous dans le même bateau

 

Cet argument  aura du poids dans la petite bourgeoisie, qui craint, avec raison, d'être jetée par dessus-bord, mais moins chez les travailleurs, auquel il est servi depuis des décennies dans l'entreprise et constitue l'un des éléments majeurs du management moderne: l'entreprise est une grande famille, objet d'un culte savamment entretenu, y compris par des fêtes d'entreprise. Beaucoup de travailleurs connaissent le contre-argument: sur ce bateau, il y en  a qui logent dans les cabines spacieuses au-dessus du pont, tandis que la majorité crève dans la chaleur, l'obscurité et la violence de la salle des machines. Et en plus, le bateau vient de heurter un iceberg...

 

Un cas particulier de cet argument est lié à l'écologie. Poussé par la réalité, les capitalistes vont devoir prendre certaines mesures écologiques provisoires et superficielles. Ils vont, contre leur utopie qui est d'avoir des travailleurs très peu payés consommant beaucoup, diminuer la consommation  de la majeure partie de la population.  Ces mesures liées à la sauvegarde du capitalisme seront présentés comme des mesures nécessaires à la sauvegarde de tous. Que cela soit faux même sur le plan écologique, nous y reviendrons très prochainement dans un autre article. 

 

 

Soyons réalistes!

 

Fondamentalement, cet argument repose sur une tautologie: le capitalisme doit exister parce qu'il existe. Tout autre société ne doit pas exister parce qu'elle n'existe pas.

 

Mais ce sera bien sûr présenté autrement. Il suffit de remplacer "telle mesure est nécessaire pour la sauvegarde du capitalisme" par "telle mesure est nécessaire". Ainsi: "Il est nécessaire de travailler le dimanche", il 'est nécessaire de travailler plus et plus longtemps", "il est nécessaire de diminuer les retraites, les indemnités de chômage ", "il est nécessaire de diminuer les dépenses sociales", "il est nécessaire d'adapter l'emploi aux variations du marché", etc, etc..

 

Que ce réalisme limité (aux besoins du capitalisme) s'oppose au réalisme fondamental de la révolution (et à l'idéalisme réformiste) sera l'objet d'un très prochain article.

 

 

Seul le capitalisme peut nous sauver des méfaits du capitalisme

 

La destruction du "tissu social", la brutalité de l'exploitation capitaliste engendrera une hausse de la violence et du désordre social. Loin de chercher à les apaiser ou les nier, la propagande bourgeoise soulignera ces désordres en en masquant les causes pour répandre la peur, et renforcer le désir des plus faibles de chercher la protection des forts, technique maffieuse à la base de toute société inégalitaire.

 

La politique bourgeoise est fondée sur la corruption (qui est la transformation du pouvoir économique en pouvoir politique) et la propagande bourgeoise est fondée sur le mensonge. A défaut de pouvoir le masquer, on s'en servira pour dégoûter les masses de toute politique, pour qu'elles ne prennent pas leur destin en mains,  et de toute propagande pour qu'elles ne prêtent pas attention aux efforts de diffusion des idées révolutionnaires.

 

 

L'homme est fondamentalement mauvais

 

Là encore, la bourgeoise se servira paradoxalement des méfaits du capitalisme pour le rendre légitime. Les conditions matérielles d'existence dans la société capitaliste favorise l'égoïsme, le mensonge, l'avarice, la violence. Évidemment, ces défauts font partie de la nature humaine. Mais les qualités opposées aussi. Si ce sont les défauts qui aujourd'hui prédominent, c'est qu'ils rencontrent dans les rapports sociaux actuels un terreau fertile. En les présentant comme une constante de l'homme, on veut convaincre qu'il ne sert à rien de lutter contre eux, et que la souffrance de l'homme est éternelle. Retournez vous asseoir.

 

C'est dans cette perspective qu'il faut placer toutes les théories pseudo-scientifiques fondées sur une utilisation idéologique de la génétique et de la psychologie, comme on le voit entre autres ces temps-ci à propos de la criminalité.

 

C'est dans ce cadre aussi que l'apparent bon sens qui amène à "responsabiliser" l'individu (mais sans lui donner les moyens d'agir) a surtout pour motif de déresponsabiliser, d'innocenter, le système social capitaliste. Aussi bien dans l'éducation (ce sont les parents seuls qui sont la cause du mauvais comportement des enfants) que dans l'écologie: c'est l'individu qui pollue, qui consomme trop, qui ne prend pas assez "les simples petites mesures qui additionnées, permettraient de tout résoudre". Même raisonnement vis-à-vis de la misère: la solution est d'être charitable, voyons.

 

Oui, l'individu est responsable de ses actes, les parents responsables des actes de leur enfants. Mais dans une société qui fabrique le crime, mine tout effort éducatif, détruit systématiquement l'environnement, et conduit la majeure partie des hommes à la misère, les petites actions individuelles n'ont qu'une portée dérisoire. Toutes ces petites mesures n'auront de véritables effets que si elles s'intègrent dans un processus social d'éducation, de protection de l'environnement, de lutte contre la misère. Donc, pas au sein du capitalisme. 

 


 

De la propagande? Où ça?

 

Affirmer que la propagation de ses idées est de la propagande, comme le font les révolutionnaires, c'est inviter ceux à qui cela s'adresse à vérifier si ce qui est dit correspond aux faits. Menée avec rigueur, une telle confrontation est fatale à la propagande bourgeoise. On présentera donc celle-ci comme étant non de la propagande, mais les faits eux-mêmes: de l'information.

 

Et c'est d'autant plus efficace que bon nombre de ceux qui se font les vecteurs de la propagande bourgeoise sont réellement convaincu de ne faire que de l'information.C'est la conséquence même de la propagande bourgeoise, mais aussi de la spécialisation de l'information, qui s'oppose à la véritable connaissance. En n'informant que sur une partie de la réalité, on la déforme. On prend les effets pour des causes. La criminalité est réduite à des faits individuels, les éléments caractéristiques de la société sont dépeints comme des accidents ("la crise", les "guerres") ou comme des erreurs d'un gouvernement en particulier. Les causes des conflits sont locales et liés au comportement  des participants, on confond objectivité et neutralité : l'opprimé et l'oppresseur sont renvoyés dos-à-dos et sommés de s'entendre (voir le conflit palestinien, parmi bien d'autres), ce qui revient en fait à demander à l'opprimé de se taire.

 

La description des mécanismes sociaux et économiques propres au système capitaliste est considérée comme la description de la réalité économique et sociale dans son universalité et son éternité. L'exigence scientifique est là un prétexte facile: on ne peut étudier que ce qui existe. Bien sûr, mais "ce qui existe", ce n'est pas seulement ce qui se montre là et maintenant. Les sciences humaines ne sont pas comme les sciences dures: leurs objets évoluent et se métamorphosent, rencontre des points de bifurcation, de divergence, comme l'époque qui s'ouvre. Ce qui existe n'est donc pas seulement ce qui est, mais aussi ce qui peut être:  c'est la dynamique historique et globale des phénomènes, leurs causes fondamentales et surtout leur avenir, et les possibles qu'ils recèlent. Mais cela, c'est "de la spéculation", pas de la "science" et est rejeté hors du champ d'études.

 

 

Nos adversaires sont des criminels !

 

Transformer l'adversaire politique en criminel a deux avantages: justifier la répression, et isoler ces adversaires de la population, en les présentant comme un danger pour tous, et non pas seulement pour les capitalistes.

 

Sur ce point, les exemples récents abondent. La lutte contre le terrorisme est l'élément le plus extrême de cette tendance: les actions de terreur menées par des criminels fascisants armés et formés initialement par les États capitalistes sert de prétexte à présenter toute action de résistance comme une action terroriste, accomplie ou en puissance: on surveille les opposants en prétendant prévenir toute action terroriste. Toute la législation antiterroriste a en fait pour moteur premier la surveillance des organisations oppositionnelles. Elle permet aussi, naturellement, de s'attaquer, quoique de manière très limitée, aux  "terroristes" individuels, sinon elle perdrait toute légitimité. Là encore, la bourgeoisie peut compter sur la sincérité d'une partie de ceux qui mettent en œuvre sa politique sans prendre en compte le contexte général dans lequel elle s'insère.

 

Mais la criminalisation est plus générale que la seule question du terrorisme:  les grèves, les caricatures, les critiques dans la presse sont de plus en plus l'objet de condamnation judiciaire.S'opposer devient un crime. Ce n'est pas encore la dictature, mais ce sont ses ferments.

 

Ce processus est d'autant plus efficace qu'une part de la révolte, inconsciente et/ou inefficace, s'exprime de manière détournée dans des actions plus ou moins violentes -qui vont de l'insulte aux autorités aux sabotages de voie ferrée, en passant par les dégradation de matériel et les petits vols. Et c'est particulièrement vrai pour la jeunesse, qui cherche sa voie. Mettre l'accent sur la "criminalité" de la jeunesse, bien légère et bien réduite dans les faits, permet de préparer la répression  lorsque cette révolte se fera consciente et efficace.

 

 

Vite, il me faut un ennemi !

 

La recherche d'un ennemi est doublement utile: diviser les travailleurs et détourner la révolte encore inconsciente de son but vers un bouc émissaire.  Autrement dit, organiser ce détournement de la révolte qui s'exprime de manière spontanée et embryonnaire dans les actions inconscientes évoquées plus haut.

 

Les étrangers, ceux qui ont une autre religion, les fonctionnaires, les jeunes, les chômeurs, etc.. sont tour à tour convoqués pour jouer le rôle d'épouvantail dans la pièce: "C'est la faute aux autres",  en représentation continue. Il s'agit de dresser les faibles à s'attaquer aux plus faibles plutôt qu'aux plus forts. La lâcheté et l'aveuglement, entretenus par des décennies de propagande et par la soumission au système social sont d'excellents alliés.

 

Alors que les révolutionnaires cherchent à souligner les intérêts communs de toutes les victimes du capitalisme, et à les unir dans la lutte qu'ils doivent mener eux-mêmes, les bourgeois mettent en exergue tous les intérêts particuliers afin d'unir à eux chaque groupe d'opprimés et les pousser à lutter contre d'autres groupes d'opprimés, lutte menée par la bourgeoisie elle-même.

 

Là encore, le problème pour la bourgeoisie, c'est la réalité: l'aggravation de l'exploitation, rendue plus que jamais nécessaire par la crise (entendez: le fonctionnement normal du capitalisme) détruit tous les maigres avantages particuliers et rend de plus en plus semblables le sort de tous les opprimés.

 

Mais il est une tendance de la réalité qui va dans son sens: à mesure que la crise ira s'accentuant, les contradictions entre les différentes bourgeoisies nationales, exacerbées par une concurrence aiguisée par l'affaiblissement des marchés, conduira chaque section de la bourgeoisie mondiale à s'opposer plus violemment aux autres (sauf si la montée du danger révolutionnaire les pousse à s'unir), alors même que l'économie de guerre aura pris un rôle accru dans l'économie et la société capitaliste.  Le temps des guerres, qui pour bien des peuples n'a jamais cessé, redeviendra universel. Cela tombe bien: c'est aussi le moyen, en détruisant les forces productives excédentaires, de relancer la machine économique. Ce sera l'objet du prochain article de cette série sur la crise économique actuelle: vers la répression et les guerres.