1re partie: 1 Causes et contexte de la crise.

Prévoir l'avenir, en histoire et particulièrement en économie, revient souvent à tirer à l'aveugle vers une cible mouvante. Mais la crise économique actuelle laisse tellement peu de choix aux gouvernements, qu'il est aisé de deviner au moins les axes généraux du court et moyen terme.
La gravité de cette crise ne permet pas à ceux qui veulent sauver le système économique actuel de choisir entre divers remèdes: il faut les utiliser tous.

En simplifiant, on peut diviser la réponse des classes dominantes et de leurs États en quatre parties:  économique, sociale,  idéologique et politique. La part économique est ce que la presse et les gouvernenements appellent généralement les plans de relance; la part sociale, ce sont les "efforts que nous allons "tous" devoir faire": baisse de salaires réels, coupure dans les dépenses sociales, etc; la part idéologique, c'est la propagande pour convaincre ceux auxquels on demande de faire ces efforts, c'est-à-dire les travailleurs, d'accepter les mesures sociales; et enfin, la part politique, c'est pour forcer ceux qui n'auraient pas été convaincus.

 

1 Economie

Rien d'original à attendre: il s'agira, comme en 1929, comme en 1981, comme en 2001, de créer des marchés artificiels, par l'endettement et l'aide au crédit. Néanmoins l'administration Obama ne donnera sans doute pas la même forme que les administrations républicaines, sous Reagan et Bush Junior, à ces deux types de réponses à la crise.

A L'endettement ne passera pas, dans un  premier temps, par une augmentation radicale des dépenses militaires (même si l'économie américaine restera fondée sur l'économie de guerre), mais par des grands travaux, inspirés du New Deal de Roosevelt. Oubliant que ce "New Deal" n'a sorti l'économie américaine des années trente que durant quelques années. Il a fallu la 2e guerre mondiale pour mettre vraiment fin à la crise de 1929, 2e guerre qui fit entrer les États-Unis dans l'économie de guerre en temps de paix, dont ils n'ont pu sortir.

B La baisse de la fiscalité des entreprises

Une partie de l'endettement servira aussi à couvrir les baisses de prélèvement fiscaux sur les profits des entreprises, baisse des revenus de l'État censée être compensée par l'augmentation des recettes que pourrait permettre la relance de l'économie, aidée par ces mesures. Dans les faits, il s'agit de rendre aux entreprises une part de leur profit, sans aucune contrepartie. Autrement dit, un don de la collectivité au privé.

Cette mesure ne résoudra rien; au contraire. En aidant les entreprises à rétablir leur équilibre financier, on met à mal le mécanisme d'autoprotection du marché, face à la surproduction: la disparition d'une partie de la production suite aux faillites. D'autre part, les investissements supplémentaires que les sociétés pourront réaliser grâce à ce cadeau servira essentiellement à augmenter la productivité, et donc, à terme, à aggraver la crise de surproduction.

C L'aide au crédit passera pour une bonne part par des prêts aux organismes financiers, aux industriels et aux particuliers. mais surtout par des garanties, afin de relancer les mécanismes privés du crédit, l'Etat étant incapable de fournir directement les prêts nécessaire à la relance de l'économie. La différence entre "garantie" et "crédit", surtout au niveau de l'Etat, n'est en pratique pas très différente: c'est, toujours, de l'argent virtuel, une anticipation sur les richesses futures, un pari sur la croissance. Mais ce pari risque fort d'être perdu: aucun nouveau marché réel ne viendra donner corps à ces marchés virtuels.

Mais l'économie américaine, depuis ces vingt dernières années, ne peut plus à elle seule relancer la machine mondiale. Si l'Europe, malgré l'absence de pouvoir politique central, tentera tant que bien que mal de suivre la politique américaine, le sort de l'économie mondiale repose pour une bonne part sur le dilemme de la bureaucratie chinoise, étant donné la très forte imbrication entre économie américaine et chinoise.

Le dilemme de la bureaucratie est le suivant: créer un marché intérieur ou continuer de financer la dette américaine.

Face à l'effondrement des marchés extérieurs, qui constituaient le moteur essentiel de la production chinoise, la bureaucratie, pour sauver son économie, et sa peau, va devoir développer au plus vite son marché intérieur (Sur la situation économique en Chine). Contrairement aux sociétés occidentales, elle en a les moyens, grâce au capital accumulé durant ces vingt dernières années. Là, ce n'est pas de la richesse virtuelle empruntée à un hypothétique avenir, mais la richesse déjà créée. Une telle politique permettrait peut-être d'offrir un répit à l'économie mondiale.

Sauf que cela suppose un désinvestissement vis-à-vis des États-Unis, alors que ce sont les capitaux chinois qui ont financé la dette américaine et rendu possible les plans de relance passés comme ils rendent possibles les futurs plans de la nouvelle administration. Le retrait des capitaux chinois enfonceraient les économies occidentales plus encore dans la crise. Et même la croissance du marché intérieur ne pourrait seule absorber la croissance de la production chinoise: si les marchés des pays occidentaux s'effondrent, la Chine sera entraînée aussi dans le gouffre.


A venir, 3e partie: Les plans de relance 2, la baisse radicale des salaires réels