C’est à juste titre que les grands organisateurs de défaites que sont les bureaucraties réformistes à la tête des confédérations syndicales françaises ont reçu les félicitations de Fillon, le Premier ministre de Sarkozy. Leur tactique de démobilisation systématique (faite de « journées nationales » à répétition, sans lendemain) a commencé à venir à bout d’une des plus fortes mobilisations ouvrières qu’ait connues ce pays.

Les énormes manifestations centrales des 29 janvier et 19 mars – sur fond de grèves plus locales, dures – ont traduit non seulement la profondeur de la colère et le refus de payer la crise des capitalistes, mais aussi les attentes de la classe ouvrière d’une contre-attaque à l’offensive bourgeoise et d’une alternative au travers des  luttes. Le Premier Mai, éparpillé sciemment par les appareils confédéraux en une multitude de rassemblements locaux, a montré les premiers signes d’une démobilisation. Les deux journées appelées le 26 mai (une journée sans aucune consigne !) et le 13 juin (sans appel à la grève : un samedi, et juste avant les vacances qui, espèrent nos bureaucrates, achèveront toute volonté de lutte) s’annoncent pire encore.

La situation, qui était grosse d’une grève générale bénéficiant, en plus, du soutien actif d’une majorité de la population (et qui objectivement, par elle-même, aurait posé la question du pouvoir non seulement du sieur Sarkozy mais de toute la classe bourgeoise), risque de se retourner dangereusement contre la classe ouvrière et les couches populaires. Et ce, avant tout, de par le sabotage (planifié rien moins que sur six mois !) de ces « lieutenants ouvriers de la bourgeoisie » que dénonçait déjà Lénine et qui ont la mainmise sur les syndicats. Pour nous qui sommes confrontés depuis des années à la politique de collaboration de classes des réformistes à la tête des syndicats et des partis ouvriers, ce n’est aucunement une surprise. Mais il y a des trahisons qui sont pires que d’autres. Dans la situation de crise dramatique, historique, que connaît actuellement le capitalisme en faillite, c’est ouvrir la porte à la plus brutale des offensives réactionnaires.

Déjà, le pouvoir s’engouffre dans les brèches que ses « lieutenants » ont ouvert dans la mobilisation : plus de 70 manifestants électriciens et gaziers (dont des syndicalistes) ont été arrêtés comme de vulgaires malfaiteurs et placés en garde à vue pendant une journée. Mais ce n’est que la partie la plus visible de l’iceberg : la répression policière et judiciaire contre les grévistes, manifestants, militants syndicaux s’est brutalement intensifiée, de concert avec une campagne de dénonciation des « agitateurs d’extrême gauche » (reprise en version soft par les bureaucrates réformistes...) Cette criminalisation du mouvement social, profitant de la trahison réformiste, vise à intimider et briser la résistance aux plans antisociaux de la bourgeoisie. Et il n’est guère étonnant de voir réapparaître aujourd’hui le langage guerrier (et les mesures réactionnaires, et ce dans tous les domaines de la société) que Sarkozy et ses sbires avaient mis provisoirement en veilleuse, le temps de laisser passer l’orage social...

Rien n’est encore joué. Certes, la bourgeoisie et son gouvernement se sentent à nouveau le vent en poupe. Certes, les signes d’une démobilisation sont là. Certes, les forces qui y œuvrent (nos « faux amis ») sont toujours actifs aux commandes. Mais les oppositions à leur politique grandissent au sein même des syndicats, y compris chez les responsables syndicaux. Parmi les travailleurs, la volonté de résistance est probablement entamée mais pas éradiquée. Des luttes dures (peu médiatisées) continuent d’éclater. Mais elles sont pour l’heure isolées, donc plus vulnérables, alors que, partout, ce sont les mêmes préoccupations face à la crise capitaliste : l’emploi et les salaires. La convergence de ces luttes est posée, objectivement. Malheureusement pas « subjectivement » : A nouveau, se pose crûment la dramatique question de la direction de la classe ouvrière. Une direction qui ait un clair programme de lutte de classe et la ferme volonté d’en découdre avec le gouvernement et le patronat.

Les bureaucrates cachent aujourd’hui, comme ils le font régulièrement, leurs trahisons derrière l’argument que « les travailleurs ne sont pas prêts »... Il n’est pas question de mythifier ici, comme ont pu le faire certains gauchistes, la soi-disant « spontanéité révolutionnaire des masses ». Il s’agit de comprendre que la volonté de lutte tout comme la conscience de la grande majorité des travailleurs oscillent, et plus souvent vers le bas que vers le haut. C’est bien pour cela qu’est indispensable en permanence une direction, soi-disant plus consciente, capable de résister à de telles variations de mobilisation et de conscience.

Son rôle n’est certes pas de « décréter la grève générale », comme nous en accusent les bureaucrates ; il est, y compris au cours du travail de défense quotidienne, de convaincre patiemment (par sa propagande, son argumentation, son agitation, ses mots d’ordre,...) de la nécessité, surtout dans les conditions actuelles, de centraliser, unifier, durcir les luttes pour envisager de faire reculer une classe dirigeante bien déterminée à briser la classe ouvrière pour sauvegarder ses profits menacés par la crise ; il est – c’est le b.a. ba, si l’on veut convaincre - d’afficher aux yeux des travailleurs sa volonté d’agir en ce sens ; il est d’organiser, de renforcer et consolider les instruments de lutte que sont les syndicats, d’en créer d’autres plus ponctuels mais plus larges (comité de grève, comité de lutte, etc.) En bref, il est de se préparer et de préparer les travailleurs aux luttes de classe intenses. Et, quand elles éclatent, il est d’agir comme un véritable état-major capable de les diriger vers un affrontement centralisé avec la bourgeoisie, en s’appuyant sur les secteurs les plus mobilisés pour entraîner les autres, en donnant les moyens de gagner en termes de consignes, formes de luttes, revendications, formes d’organisation, d’élargissement des couches sociales susceptibles de se joindre à la classe ouvrière, etc. etc.

Une telle direction n’existe pas dans ce pays ni dans aucun autre pays capitaliste. Nous devons comprendre et expliquer que c’est cette absence non seulement qui hypothèque les luttes actuelles mais qui empêche de s’attaquer sérieusement à la racine de tous nos maux – le capitalisme – pour pouvoir enfin satisfaire réellement et durablement nos revendications en instaurant une société basée non plus sur le profit-roi mais sur les valeurs et besoins humains.

Doter la classe ouvrière d’une telle direction (un parti révolutionnaire) est une tâche primordiale qui s’impose à tous ceux qui veulent véritablement combattre le capitalisme. Comment construire ce parti ouvre un autre débat...


G.G.

Paris, le 25 mai 2009