Ce qui suit tient un peu du réflexe corporatiste: des écrivains réagissent à la perquisition de la bibliothèque de Julien Coupat, quelque temps après la convocation de l'éditeur de "L'insurrection qui vient".
Corporatiste, mais néanmoins salutaire: cela permet de rappeler qu'à travers le cas de Julien Coupat, l'idéologie antiterroriste actuelle vise à criminaliser toute forme d'opposition, à faire de toute pensée critique un motif de suspicion.

C'est s'attaquer au maillon faible pour tester les résistances, et habituer l'opinion à considérer comme dangereux tout opposant. C'est l'un des chaînons du terrorisme d'Etat qui s'installe là, avec pour véritable adversaire non quelques intellectuels isolés, mais la classe ouvrière, dont la puissance potentielle effraie les classes dirigeantes.

Sur la peur comme moyen de gouvernement, voir sur ce blog:
Gouverner par la peur et la haine; la prison pour les enfants de 12 ans
Voir aussi le paragraphe: "Nos ennemis sont des criminels" dans Crise économique 4 : idéologie.

S'opposer à cette criminalisation de la pensée critique, c'est donc s'opposer au réarmement idéologique et policier de la bourgeoisie, quels que soient les désaccords ou le peu d'intérêt que l'on porte à des démarches isolées et divisantes comme celles du "comité invisible".

Quant au motif initial de la détention de Coupat, les "sabotages", à propos desquels pas le moindre indice de preuve ne semble avoir été trouvé, voir, parmi d'autres, l'article d'Indymédia  "L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie" . Et rappelons qu'en matière de sabotage, personne ne pourra jamais égaler le libéralisme et la recherche effrénée de profits: si la SNCF, à l'époque des faits, a connu de nombreux dysfonctionnements, elle le doit bien plus à la volonté de soumettre ce "service public" aux exigences du marché, au sous-investissement en équipement et en personnel, qu'à quelques actes de sabotages.

Voici le texte de la "Maison des écrivains et de la littérature"

Chers auteurs, Nous vous invitons à prendre connaissance – et à le soutenir, si vous le souhaitez – du texte intitulé, à l'instar de Walter Benjamin, "Je déballe ma bibliothèque". Ce texte, rédigé à la suite de la perquisition de la bibliothèque de Julien Coupat, s'il réunit assez de signataires, sera envoyé à la presse.

Je déballe ma bibliothèque

Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres subversifs. De ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi. A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme dans la forme – par le rapport qu’ils entretiennent à la langue, enracinée dans le vivant –, subversifs.

Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter Benjamin.

Pour signer la pétition:  Maison des écrivains et de la littérature: