1re partie : Causes et contexte de la crise

2e partie: Les plans de relance

Face à la multiplication des plans de relance et à leurs coûts gigantesques, la question la plus évidente est: "qui va payer?".

A cette question, les gouvernements répondent que, pour une part, le coût de ces plans, la part virtuelle, dette et garanties, sera en fait financé ultérieurement par le retour de la croissance. C'est la part de "pari sur l'avenir" de ces plans, qui en constitue l'un des piliers.

Mais hors cette part virtuelle, et si le pari s'avère faux, la réponse à la question est simple: ceux qui paieront la crise, ce seront les travailleurs.

Et cela pour deux raisons: le financement des plans de relance, mais aussi une augmentation radicale du profit.

 

A Le financement des plans de relance

L'augmentation de la dette ne couvrira pas l'entièreté des plans de relance, d'autant qu'il faut leur ajouter la baisse de la fiscalité aux entreprises.

Il faudra donc trouver de l'argent.  La seule ressource des gouvernements, toute augmentation de la fiscalité étant écartée en temps de crise, est la réduction des dépenses.

Idéalement, cela ne devrait concerner que les dépenses qui ne permettent pas de créer ce marché virtuel, temporaire, qui constitue l'un des éléments-clés de ce programme d'aide à la relance. 

Le problème est que l'évolution du rôle de l'État dans l'économie capitaliste, depuis la seconde guerre mondiale, signifie que toutes les dépenses publiques sont orientées en faveur de la consommation, du marché. Ainsi les dépenses de santé publique sont-elles le débouché essentiel des puissantes industries pharmaceutiques, les allocations diverses, chômages et pensions, soutiennent-elles l'immobilier et la grande consommation, tandis que les travaux publics soutiennent la grande industrie, les dépenses militaires entre autres l''industrie de pointe, etc. Le fonctionnement de l'État lui-même constituant un marché essentiel pour les entreprises du secteur énergétique et immobilier, entre autres. Même les dépenses culturelles sont partiellement orientées vers la cration d'un marché spécifique.

Une autre partie des dépenses sert à faire porter par le public des coûts auparavant assumés par les entreprises privées: ainsi la formation et, dans une certaine mesure, le transport.

Il va donc falloir faire des choix, qui varieront d'un État et d'un gouvernement à l'autre en fonction de la puissance des différents lobbys industriels, et importance stratégique des marchés, partiellement variable d'un pays à l'autre.

Deux critères vont être déterminant: l'importance relative des marchés et les éléments non créateurs de marchés inclus dans les dépenses publiques.


L'importance relative des marchés:

Tous les marchés n'ont, aux yeux des économistes bourgeois, pas la même importance. Il existe de smarchés stratégiques de trois types, qui se chevauchent plus ou moins: les industries de pointes, parce qu'elles possèdent théoriquement les plus grandes potentialités de développement et devraient donc jouer un rôle essentiel dans la relance; le marché des biens de production, dont la métallurgie, puisqu'il nourrit l'ensemble de l'économie; et enfin les marchés liées aux productions les plus intégrantes, c'est-à-dire les produits formés de produits venus d'autres secteurs, tel l'automobile et l'immobilier.

Le secteurs de la consommation courante (textile, alimentation, etc..),  du tourisme et secteur tertiaire. ne sont pas stratégiques. Les dépenses de santé non liées aux technologies de pointes et à la consommation des médicaments ne l'est pas non plus.

On le voit, les secteurs les moins stratégiques sont ceux qui sont soutenus par les systèmes d'allocation: pensions et chômage, entre autres. Néanmoins, même là, les gouvernements ne peuvent aller trop loin, ou trop vite, sans risquer d'ébranler l'ensemble de l'économie. S'ils diminueront néanmoins ces secteurs, c'est pour d'autres raisons. 

 

Les dépenses hors circuits commerciaux

Outre la culture, qui n'est de toutes façons qu'un très faible maillon des dépenses, les dépenses non commerciales de l'État concernent le fonctionnement de l'État proprement dit, et les dépenses qui ont en fait pour fonction primordiale de maintenir la paix sociale.

L'éducation sera naturellement l'un des secteurs non commerciaux frappés par cette politique de dépense, mais de manière complexe: d'une part, les économies dans ce secteur ont déjà été faites en partie, et ne sont pas extensibles à l'infini. D'autre part, les économies qui seront quand même réalisées dans ce secteur serviront pour une part à sa réorientation, favorisant les formations professionnelles et de pointe au détriment des formations générales, ces formations spécialisées ayant pour fonction, comme dit plus haut, de faire porter par le secteur public, de sdépenses nécessaires au secteur privé.

Un des axes des réductions de l'État concernera donc son propre fonctionnement, pour autant que cela ne porte pas sur ce qui concerne l'aide aux secteurs stratégiques et sur les fonctions répressives, participant au quatrième volet, politique,  des stratégies de relance.

Les dépenses qui permettent de maintenir la paix sociale, ce sont précisément les allocations, les soins de santé, les services publics, ce sont tout ce que les États ont dû céder face aux luttes des travailleurs au cours des décennies précédentes, ce que l'on appelle les "acquis sociaux". Ces acquis constituent en fait une part du salaire réel de travailleurs, la différence entre salaire brut et salaire après impôts, qui leur était donc versés sous forme de services, d'assurance, d'allocations. A ceci près que le salaire net est versé individuellement, alors que le salaire brut est versé globalement.


La destruction des acquis sociaux financera les plans économiques

La diminution des dépenses dans ce secteur se fera soit directement, par une diminution, ou un gel des allocations, une diminution des remboursements de soins de santé et des services publics, ou indirectement, en restreignant l'accès à ces allocations et remboursements: recul de l'âge de la retraite, exclusion du chômage, réduction de la durée des allocations, etc.

Les États hésiteront d'autant moins à mettre en œuvre ces mesures qu'elles ont un autre avantage: fragiliser les travailleurs, les poussant à accepter des conditions de travail et de salaire en baisse.


B L'augmentation radicale du profit

En temps de crise, l'augmentation du profit est une nécessité plus impérieuse que jamais pour les entreprises. Pour deux raisons:

- la part de profit non réalisé  - les invendus - étant en augmentation, pour maintenir le profit réalisé, il faut augmenter celui-ci par unité produite.

- la concurrence accrue due à la surproduction entraîne une baisse des prix. Pour que celle-ci ne se traduise pas par une baisse du profit, il faut là encore augmenter le profit à la base, en diminuant la part des salaires dans le coût de fabrication.

Pour éviter autant que possible un affrontement direct avec les travailleurs, les entreprises utiliseront au maximum tout l'attirail dont elles disposent pour diminuer le salaire réel en se contentant parfois -mais de moins en moins- de bloquer le salaire nominal: augmentation de la productivité, avec le stress et les dangers d'accidents de travail qui en résulte; adaptation des horaires aux besoins du "just in time" et aux variations du marché.

Mais surtout, il s'agira de baisser le salaire nominal moyen, sans trop toucher aux salaires établis, en remplaçant les emplois fixes, les CDI, par des emplois instables , CDD,  intérims et sous-traitance.

 

A la critique moralisante du capitalisme, qui s'en prend aux comportements des capitalistes, et non au système, il convient de rappeler que cette exigence de profit n'a rien à voir avec l'avarice, la soif de l'argent, le goût des richesses et autres pêchés.

Si le capitaliste doit faire du profit, c'est parce que, dans les limites de ce système, il n'a pas le choix: toute baisse du profit signifie une baisse de la position concurrentielle. De là,  la disparition de tout capitaliste qui n'aurait pas appliqué à la lettre ce commandement fondamental du capitalisme, et cela de manière plus rigoureuse encore par temps de crise qu'en période de croissance. C'est l'obligation de faire du profit qui peut les rendre avides d'argent et obnubilés par le gain, non l'inverse.

 

L'aide véritable des gouvernements aux entreprises

Le financement gigantesque de l'économie par les plans de relance, l'endettement et la baisse de la fiscalité des entreprises n'est rien dans l'aide à celles-ci par rapport à l'aide que les gouvernements vont apporter en fragilisant au maximum l'emploi, favorisant la baisse moyenne des salaires réels et l'augmentation du profit.

L'essentiel des plans de relance n'est donc pas dans l'aide à la consommation, solution provisoire, mais dans l'aide au profit, à travers l'aide aux sous-contrats, au nom de la lutte contre le chômage, de l'emploi jeunes ou autres prétextes, par la fragilisation du statut des chômeurs, forçant de plus en plus ceux-ci à accepter des contrats de travail de plus en plus défavorables en terme de salaires, d'horaires et de stabilité.

En favorisant aussi les licenciements, qui servent autant à adapter l'emploi aux variations du marché -autrement dit à faire porter par les travailleurs seuls le prix de la crise de la surproduction, qu'à permettre à terme le remplacement des anciens contrats arrachés par des décennies de luttes sociales par des contrats adaptés aux besoins urgents de la classe capitaliste.

Ne disposant plus comme auparavant des moyens de financer, par des allocations diverses, la paix sociale, lse gouvernements, pour faire accepter leurs plans, doivent développer une réponse idéologique et politique. Ce sera le sujet des prochains articles.

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