Articles précédents sur la Grèce

Avec un certain recul dû à l'interruption du blog en janvier-février, je vais revenir dans une série d'articles sur les événements  de décembre en Grèce.
Premier mouvement d'ampleur en Europe contre les nouvelles politiques libérales, la lutte de la jeunesse et de fractions de la classe ouvrière annonce les luttes à venir ailleurs, et permet de tirer des leçons essentielles pour le développement de celles-ci.

Pour commencer, le plan de ces articles, et le rappel des faits essentiels:

Plan des articles:

1 Les événements
2 Les causes
3 Spécificités et exemplarité des événements grecs
4 La répression et la tactique du gouvernement
5 Le rôle des syndicats et des partis de gauche
6 Le rôle de l'extrême-gauche
7 Le rôle des anarchistes
8 Conclusions

1 Rappel des faits:
6 décembre 2008:
Un jeune homme de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, est abattu par la police dans le quartier Exarchia d'Athènes
7 au 10 décembre:
Des émeutes éclatent, d'abord à Athènes, ensuite dans toute la Grèce. Des manifestations regroupent des dizaines de milliers de jeunes protestant contre la violence policière. Les facultés de droit, d'économie et de polytechnique sont occupées. Des assemblées s'y déroulent pour organiser le mouvement et préparer de nouvelles actions. Les rumeurs d'une déclaration d'état d'urgence se répandent.
10 décembre:
Jour prévu de longue date d'une grève générale de 24 h contre la politique du gouvernement Karamanlis, et d'une manifestation nationale. Les directions syndicales, sous pression du gouvernement et par craintes d'une jonction entre les jeunes et la classe ouvrière remplace la manifestation par un meeting « de soutien à la démocratie parlementaire ».
La seule manifestation, regroupant, plus de 20 000 manifestants, est organisée par plusieurs organisations d'extrême-gauche, anarchistes, maoïstes, trotskistes, et rejointe par certaines sections syndicales du service public.
A la faculté de droit, deux assemblées générales se déroulent, l'une regroupant des centaines de syndicalistes, l'autre la plupart des syndicats étudiants. Une déclaration est proclamée, réclamant entre autres l'abolition de la législation anti-syndicale, l'augmentation des salaires, certaines nationalisations sous contrôle ouvrier. Un appel à une grève générale illimitée est lancé, ainsi qu'à la désobéissance civile contre les projets d'état d'urgence ou d'exception.
10 -  16 décembre:
Les manifestations et émeutes s'étendent, et les lycéens de 12 à 15 ans y jouent un rôle grandissant, affrontant régulièrement les forces de police. Quasiment toutes les écoles et universités de Grèce sont fermées ou occupées. Des routes sont bloquées par les manifestants; Des stations de télévisions sont régulièrement occupées, pour faire entendre les revendications, et demander la libération des personnes emprisonnées.
16 décembre:
Devant le refus des bureaucrates du syndicat GSEE de transformer la grève de 4 h du secteur public prévue pour le 18 en grève générale illimitée, des syndicalistes, des militants d'extrême-gauche et anarchistes occupent le siège du principal syndicat grec.
18 décembre:
50 000 lycéens, étudiants, syndicalistes marchent à Athènes, rejoint par les travailleurs du secteur hospitalier, en grève de 24 h.
Une assemblée générale des travailleurs et étudiants se tient dans les bureaux occupés du syndicat GSEE.
Le sport et la culture sont gagnés par la contestation:  de nombreuses organisations de supporters de foot crient et arborent leur solidarité avec la lutte, dénoncent les violences policières, et scandent le slogan « policiers, cochons, assassins », affrontant à plusieurs reprises les unités anti-émeutes. L'inauguration du nouveau bâtiment du Théâtre National d'Athènes, rassemblant toute l'élite politique, culturelle et sociale de la capitale, est annulée, suite à l'intervention de plus de cent acteurs, réclamant la libération des personnes emprisonnées, et dénonçant le gouvernement. C'est toute la société grecque qui bascule dans le climat insurrectionnel.
21 décembre:
L'occupation du siège du syndicat GSEE est levée.
22 décembre:
La police se prépare à intervenir sur le site de l'université polytechnique, accusée d'être au centre des actions, cela au mépris du droit grec qui garantit le « droit d'asile » dans tous les espaces universitaires.
Les occupations sont levées aux facultés de droit et polytechnique jusqu'à la reprise des cours début janvier, mais celle de la faculté de droit continue.
23 décembre:
Une nouvelle marche de milliers d'étudiants, lycéens et travailleurs a lieu à Athènes.
9 et 17 janvier:
De nouvelles manifestations ont lieu, encore largement suivies, et qui doivent faire face à une brutalité accrue de la police, ainsi que diverses provocations
25-27 janvier:
Des manifestations des petits paysans provoquent le blocus de la plupart des grandes routes et frontières grecques, protestant essentiellement contre l'effondrement des prix des produits agricoles, au profit de la grande distribution et de l'industrie alimentaire.
31 janvier:
Un meeting regroupant la plupart des forces de la gauche radicale se tient dans un stade sportif d'Athènes, où s'opposent partisans d'une « union de la gauche radicale » en vue des prochaines élections, et partisans de la continuation de la lutte, sous le mot d'ordre du « gouvernement ouvrier ».