2 Causes

Avec la guerre civile de 1942-1949 et la lutte contre la dictature dite « des colonels » (1967-1974), la Grèce est l'un des pays d'Europe qui a connu les luttes les plus radicales contre l'Etat bourgeois et ses alliés.
Cette tradition de lutte a eu un impact important dans les événements récents: la forte tradition de radicalité politique dans la jeunesse; la sanctuarisation des universités (interdiction pour la police d'y intervenir) est un acquis des luttes passées; l'Etat bourgeois jouit d'une moins grande légitimité populaire; dans le quartier Exarchia d'Athènes, lieu des premières émeutes, et de la faculté polytechnique se côtoient la jeunesse artistique et les nombreux mouvements anarchistes et radicaux, rendant le quartier difficilement contrôlable par la police.
Mais ces dernières années, c'était la bourgeoisie qui menait l'offensive, la Grèce étant l'un des pays en pointe pour l'application des mesures dites « néo-libérales ».  Cette situation n'est pas due seulement à la relative faiblesse et à la nouveauté des acquis sociaux, mais aussi à une nécessité économique urgente: la Grèce est en quasi-faillite, et les divers organismes internationaux du capitalisme (FMI, Union européenne, zone euro) n'ont cessé de faire pression pour que soient accélérée la mise en œuvre de ces mesures.
Une telle politique est d'autant plus violemment ressentie que la société grecque se caractérise par des inégalités maximales, entre une forte paupérisation des classes populaires et une bourgeoisie enrichie par son rôle moteur dans la zone balkanique et la dérégulation financière. Ce sont particulièrement les retraites, l'éducation et la santé qui sont victimes de cette politique ultralibérale.
Les dépenses des ménages pour l'éducation sont les plus élevés d'Europe, alors que le budget de l'État pour l'éducation est l'un des plus faibles. Les salaires très bas des enseignants les amènent à chercher des compléments ou des substituts dans des activités privées (écoles, soutiens scolaires, etc..).
La seule réponse du gouvernement face à cette situation fut de lancer en 2006 une réforme des universités, favorable à la privatisation de l'enseignement. Cette réforme, les problèmes chroniques de l'éducation, et la difficulté pour les jeunes diplômés de trouver un emploi, ce qui les amène à un endettement croissant, n'ont cessé de provoquer ces dernières années des mouvements de luttes, et des affrontements réguliers avec la police grecque, héritière de la dictature des années 70. L'assassinat du jeune  Grigoropoulos était donc l'étincelle qui ne pouvait tôt ou tard manquer d'enflammer la jeunesse et la société grecque.

3 Spécificité et exemplarité de la Grèce

Aux premiers jours des émeutes, la presse bourgeoise européenne, lorsqu'elle daignait en parler, se plaisait à souligner les spécificités de la Grèce: non seulement son histoire récente et sa situation économique catastrophique, mais aussi la déliquescence de l'État, pris dans des scandales de corruption à répétition, et une incapacité à assumer son rôle lors des incendies du Péloponnèse en 2007.
Ces traits spécifiques peuvent en effet expliquer, comme pour la Guadeloupe un mois plus tard, pourquoi la lutte contre la politique ultralibérale a commencé là, et pas ailleurs, pourquoi elle a pris aussi rapidement un tournant radical.  Les spécificités nationales expliquent le rythme et le moment des luttes, mais les vraies causes sont générales et non spécifiques.
La cause fondamentale est  l'opposition à cette politique ultralibérale menée par tous les gouvernements bourgeois européens. Ceux-ci le savent bien. Ils n'ont manqué de voir dans les événements grecs un risque de « contagion », et ont exigé le 12 décembre, lors du sommet de l'Union Européenne, que le gouvernement Karamanlis « arrête immédiatement les responsables du chaos ». Le recul apparent du gouvernement français face aux revendications des lycéens et étudiants s'explique en partie par la crainte de voir les mêmes événements gagner la France, comme toutes ses hésitations face aux divers mouvements revendicatifs. Loin d'être spécifiques, et liés à « l'archaïsme de la société grecque », ces événements ont donc une valeur exemplaire pour les luttes à venir.