15 avril 2009
Grèce: retour sur les événements 4 et fin
6 Le rôle de l'extrême-gauche
Le syndicat GSEE n'avait cependant pas accepté la demande du gouvernement d'annuler la grève générale elle-même: elle aurait risqué de perdre tout contrôle sur le mouvement ouvrier. Ce refus tactique suffit à certains groupes, dont l'organisation-sœur de la LCR, l'OKDE-Spartacos, pour prétendre que les syndicats avaient « résisté aux pressions du gouvernement».
Un article paru le 9 ou le 10 décembre sur le site du NPA et de Rouge, écrit par l'un des membres de l'OKDE-Spartacos, Andreas Sartzekis, affirmait en plus que « la grève générale de 24 heures sera le meilleur moyen de faire prendre conscience du lien entre la crise capitaliste et la répression policière menée par le gouvernement de la droite libérale». Autrement dit, laissons faire les directions bureaucratiques, elles montrent la voie! Le 18 décembre, un nouvel article évoquait cette fois le « recul des directions syndicales », sans souffler mot de l'occupation des locaux du GSEE qui se déroulait à ce moment-là.
La Grèce compte de nombreuses organisations d'extrême-gauche, essentiellement regroupées autour de trois coalitions, Syriza, (« coalition de la gauche radicale », comprenant entre autres les « eurocommunistes » et qui obtint plus de 5% aux dernières élections) , le MERA(« front de la gauche radicale ») et l'ENANTIA (« Gauche unie anti-capitaliste », comprenant l'OKDE-Spartacos). Vu le peu d'informations dont on dispose, il est impossible d'établir le rôle de chacun.
La presse bourgeoise n'a parlé que de Syriza, qui après avoir un temps voulu maintenir la manifestation du 10 décembre, a cédé aux pressions des grands partis réformistes et aux bureaucraties syndicales et a renoncé à se joindre aux courants plus radicaux. Les informations données dans Rouge montrent que l'OKDE-Spartacos a suivi la ligne habituelle de cette tendance politique: suivre jusqu'aux limites du possible les bureaucraties syndicales, pour ne les dénoncer que quand leur trahison devient une évidence, et sans jamais proposer d'autre alternative.
Selon un autre groupe trotskiste, l'EEK, membre du MERA, et qui constitue avec les anarchistes et la presse bourgeoise notre principale source d'informations sur les événements, un conflit a opposé l'EEK aux principales autres organisations membres du MERA et à l'ENANTIA quant aux perspectives immédiates, particulièrement lors de la manifestation et de la réunion du 31 janvier.
Alors que la majorité des organisations, repoussant toute continuation des actions spontanées, qui manqueraient de « caractère de classe » et prétendant vouloir offrir une « proposition politique centrale », avec pour seules perspectives des élections anticipées, selon un modèle d'union des révolutionnaires et des réformistes inspirés du NPA français, l'EEK voulait mettre en avant le mot d'ordre de gouvernement ouvrier basé sur la mobilisation des masses, avec pour objectif des mesures transitoires.
7 Le rôle des anarchistes
Il ne fait guère de doutes que les anarchistes, traditionnellement fort dans la jeunesse grecque, ont joué un rôle important dans les événements, comme dans les tentatives de les étendre à d'autres pays. La presse bourgeoise s'est naturellement fait l'écho de ce rôle, pour peindre les diverses actions spontanées des étudiants et des travailleurs comme émanant d'activistes isolés et coupés des masses.
Les anarchistes ne se sont pas contentés de participer aux actions. Sans doute en ont-ils initiés certaines. Selon leur propre témoignages, ils ont aussi tenté d'encadrer, pour les protéger, les plus jeunes lycéens qui partaient affronter avec l'inconscience de leur âge la violence policière. Toute l'information venue d'eux, et largement diffusée par internet insiste sur leur rôle essentiel dans les luttes (se gardant bien, généralement, de mentionner les autres intervenants d'extrême-gauche).
Mais en même temps, ils ne cessaient de proclamer, en accord avec la doctrine anarchiste, qu'ils ne voulaient pas jouer le « rôle d'avant-garde »! Mais encadrer, initier, jouer un rôle important dans les luttes, qu'est-ce sinon jouer, fut-ce très mal, un rôle d'avant-garde? C'est là la contradiction inhérente à toute intervention anarchiste dans les luttes sociales.
Le courage, la détermination, l'efficacité immédiate parfois, ne leur manquent pas. Mais leur refus d'assumer leur rôle d'avant-garde prive le mouvement de masse de toute perspective, et les entraîne dans l'impasse. Ils participent ainsi au découragement général. Ils nourrissent la division entre les masses laissées au mains des directions bureaucratiques et les individus radicalisés qui n'ont d'autres perspectives que des affrontements de plus en plus violents avec les forces de police et des actions ponctuelles contre les « symboles » du pouvoir économique et politique.
Tandis que les anarchistes s'attaquent aux symboles du pouvoir bourgeois, la réalité de ce pouvoir, elle, peut s'affermir, avec la complicité des réformistes, des bureaucrates et des pseudo-révolutionnaires timorés.
9 Conclusions
Tandis que les organisations de la gauche radicale ergotent sur le « caractère de classe » des luttes, les gouvernements bourgeois, tout en blâmant les « éléments incontrôlés », ont bien compris la nature des événements grecs, directement liées à la politique néolibérale que le capitalisme tente d'imposer à travers le monde, poussé dans le dos par la crise de surproduction qu'il traverse.
Sans l'aide déterminée des bureaucraties syndicales, appuyées idéologiquement par les organisations politiques réformistes, la jeunesse grecque aurait pu accomplir l'union avec les luttes des travailleurs et menacer ainsi l'État bourgeois.
La gauche radicale a d'abord couvert aussi longtemps que possible la volonté et l'action des bureaucrates, qui mettaient tout en œuvre pour défendre l'État bourgeois et visaient à dénier tout contenu de classe à la lutte. Cette même « gauche de la gauche », prend ensuite cette volonté des bureaucrate pour un fait objectif inéluctable, sur lequel elle base ses perspectives réformistes et électoralistes, selon le vieux principe de la lutte par étapes: les réformes d'abord, la lutte pour la prise du pouvoir plus tard. Beaucoup plus tard. Trop tard.
Les affrontements directs contre l'État bourgeois, non pas des seuls éléments « incontrôlés », mais de toute la jeunesse et des courants les plus déterminés des travailleurs, la déconsidération de l'État bourgeois aux yeux de larges couches de la population, la répression ouverte et les menaces d'état d'urgence, la quasi-banqueroute de l'État, tout cela mettait au centre des luttes dès les premiers jours la question du pouvoir.
Le mot d'ordre de « gouvernement ouvrier », appuyé par le mouvements des masses, avec pour programme les mesures transitoires essentielles, comme l'expropriation des banques et la nationalisation des entreprises qui licencient, le tout sous contrôle ouvrier; la répudiation de la dette internationale; la sortie de l'OTAN; et des mesures immédiates comme la libération des détenus; le refinancement de l'enseignement, des retraites, des soins de santé, tout cela devait être mis en avant dès le 10 décembre, avec l'entrée en scène du mouvement ouvrier et les premières tentatives de jonction entre jeunesse et travailleurs, soit au début de l'offensive. Et non, pas comme semble l'avoir fait l'EEK, le 31 janvier, quand le mouvement est en plein recul.
Et pour que ce mot d'ordre ait un sens, il fallait lutter pour l'union entre jeunesse et mouvement ouvrier, en initiant, sur le modèle de ce qui s'ébauchait spontanément, les assemblées conjointes et les déclarations communes. Il fallait lutter ouvertement contre les manœuvres des directions syndicales et se battre dans les syndicats pour imposer la grève générale illimitée, qui aurait mis la classe ouvrière à la tête de la lutte. De tels développements n'auraient pas manqué de faire du combat des ouvriers et de la jeunesse un pôle d'attraction pour les couches populaires victimes aussi de la politique néolibérale, comme les petits paysans, qui étaient prêts à se battre contre le gouvernement.
Pendant ces quelques semaines de climat insurrectionnel généralisé, l'État bourgeois n'a pas été mis en danger, comme le prouve la non-application de l'état d'urgence, brièvement envisagé. La révolution n'était pas à l'ordre du jour. Pourquoi? Les conditions économiques et sociales étaient réunies. L'État bourgeois était faible. Les directions réformistes et bureaucratiques ont pu empêcher la radicalisation des masses en restant à la tête du mouvement ouvrier parce qu'aucune force importante ne s'est sérieusement dressée contre elles. La gauche de la gauche a refusé le combat par opportunisme, les anarchistes par principe.
Ce qui a manqué, c'est un parti révolutionnaire fort, capable d'affronter directement les directions syndicales, de donner un caractère de classe à la lutte, de proposer des perspectives claires et déterminées et de relier les luttes grecques aux luttes dans les autres pays contre la même politique ultralibérale.
Construire un parti révolutionnaire est aujourd'hui plus que jamais la nécessité première dans la lutte contre le capitalisme et ses alliés. Cette construction ne pourra se faire qu'à travers l'intervention dans les luttes existantes, lutte contre les bureaucraties syndicales et les organisations réformistes, lutte pour des perspectives politiques et sociales révolutionnaires.
C'est en ce sens que les récents événements en Grèce ne sont pas spécifiques à ce pays, mais exemplaires de la situation historique actuelle, marquée par la crise de direction du mouvement ouvrier.
12 avril 2009
Grèce: retour sur les événements 3
4 La répression et la tactique du gouvernement bourgeois
On a souvent parlé dans la presse de la soi-disant retenue des forces policières face aux émeutes. Si effectivement, la police a tenté d'éviter les affrontements directs et si le gouvernement a peut-être espéré un temps que le vandalisme des éléments les moins contrôlés ne désolidarisent la population du mouvement étudiant, la répression n'a pas tardé de s'abattre, soit par de nombreuses arrestations, soit en utilisant de temps à autres les services d'organisations paramilitaires d'extrême-droite.
Très rapidement, le gouvernement a envisagé l'instauration de l'état d'urgence. Mais cette mesure, qui risquait de mener à un conflit plus général et servait plus les intérêts spécifiques de ce gouvernement décrédibilisé que celle de l'État bourgeois lui-même, a été refusée par l'opposition social-démocrate et les syndicats. Très vraisemblablement, la majorité de la bourgeoisie grecque et l'impérialisme n'en voulait pas, ou du moins pas encore.
Dès lors, la seule tactique laissée au gouvernement était de tenir jusqu'aux vacances d'hiver, espérant ainsi une démobilisation du mouvement étudiant. Cette tactique explique la très relative « modération » de la répression ouverte. Face au risque de son échec, les étudiants et lycéens scandant « Noël est reporté, la révolte non » aux premiers jours des congés, le gouvernement a joué de la menace: le 22 décembre, il se donne les moyens institutionnels d'une intervention sur les campus, au mépris de la tradition d'inviolabilité, tandis que des tirs inconnus sur une voiture de police le même jour lui donnent un alibi idéal.
Lorsque la mobilisation reprend en janvier, bien qu'affaiblie, la « retenue » policière a cessé: les manifestations sont réprimées violemment, on arrête les avocats et les journalistes.
Mais cette tactique aurait immanquablement échoué si le gouvernement n'avait su empêcher la jonction entre la révolte de la jeunesse et le mouvement ouvrier. Pour cela, il lui fallait l'appui inconditionnel de la gauche et des bureaucraties syndicales. Il l'a eu.
5 Le rôle des syndicats et des partis de gauche
Le parti social-démocrate grec, le Pasok, était déjà l'initiateur, sous le gouvernement Simitis , des nouveaux développements de la politique néo-libérale. C'était seulement sous la mobilisation des étudiants qu'il avait retiré son soutien initial au projet de réformes des universités du gouvernement réactionnaire en 2006. Au plus fort des événements de décembre, deux importants représentants de ce parti appelle à un « gouvernement d'unité nationale », pour faire face à la banqueroute financière.
Quant au parti communiste grec (KKE), qui ne renie rien des crimes staliniens passés, il n'a cessé d'utiliser les « bonnes vieilles méthodes » de calomnies face au mouvement de la jeunesse, traitant les manifestants d'hooligans, de trafiquants de drogue et d'agents de la CIA, refusant régulièrement de se joindre aux diverses manifestations.
Mais face au danger d'une jonction entre travailleurs et jeunesse, c'était au principal syndicat, le GSEE, que revenait le premier rôle dans la défense de l'État bourgeois.
Face à la montée du mécontentement social, les bureaucraties syndicales grecques avaient eu recours à la tactique universelle de diversion, la « grève générale d'un jour », pour tenter de ne pas perdre le contrôle, tout en interdisant toute lutte ouverte contre la politique du gouvernement. Ce que n'avait pas prévu la bureaucratie, c'est que le jour depuis longtemps fixé de cette grève, et de la manifestation nationale dans les rues d'Athènes, coïnciderait avec l'éclatement des émeutes. Ils s'empressèrent aussitôt d'annuler la manifestation qui devait passer dans les rues en proie aux émeutes, la remplaçant par un meeting de défense de la démocratie. Par la suite, ils refusèrent toute extension du mouvement, limitant les grèves à des mouvements sectoriels de quelques heures.
10 avril 2009
Grèce: retour sur les événements 2
2 Causes
Avec la guerre civile de 1942-1949 et la lutte contre la dictature dite « des colonels » (1967-1974), la Grèce est l'un des pays d'Europe qui a connu les luttes les plus radicales contre l'Etat bourgeois et ses alliés.
Cette tradition de lutte a eu un impact important dans les événements récents: la forte tradition de radicalité politique dans la jeunesse; la sanctuarisation des universités (interdiction pour la police d'y intervenir) est un acquis des luttes passées; l'Etat bourgeois jouit d'une moins grande légitimité populaire; dans le quartier Exarchia d'Athènes, lieu des premières émeutes, et de la faculté polytechnique se côtoient la jeunesse artistique et les nombreux mouvements anarchistes et radicaux, rendant le quartier difficilement contrôlable par la police.
Mais ces dernières années, c'était la bourgeoisie qui menait l'offensive, la Grèce étant l'un des pays en pointe pour l'application des mesures dites « néo-libérales ». Cette situation n'est pas due seulement à la relative faiblesse et à la nouveauté des acquis sociaux, mais aussi à une nécessité économique urgente: la Grèce est en quasi-faillite, et les divers organismes internationaux du capitalisme (FMI, Union européenne, zone euro) n'ont cessé de faire pression pour que soient accélérée la mise en œuvre de ces mesures.
Une telle politique est d'autant plus violemment ressentie que la société grecque se caractérise par des inégalités maximales, entre une forte paupérisation des classes populaires et une bourgeoisie enrichie par son rôle moteur dans la zone balkanique et la dérégulation financière.
Ce sont particulièrement les retraites, l'éducation et la santé qui sont victimes de cette politique ultralibérale.
Les dépenses des ménages pour l'éducation sont les plus élevés d'Europe, alors que le budget de l'État pour l'éducation est l'un des plus faibles. Les salaires très bas des enseignants les amènent à chercher des compléments ou des substituts dans des activités privées (écoles, soutiens scolaires, etc..).
La seule réponse du gouvernement face à cette situation fut de lancer en 2006 une réforme des universités, favorable à la privatisation de l'enseignement.
Cette réforme, les problèmes chroniques de l'éducation, et la difficulté pour les jeunes diplômés de trouver un emploi, ce qui les amène à un endettement croissant, n'ont cessé de provoquer ces dernières années des mouvements de luttes, et des affrontements réguliers avec la police grecque, héritière de la dictature des années 70. L'assassinat du jeune Grigoropoulos était donc l'étincelle qui ne pouvait tôt ou tard manquer d'enflammer la jeunesse et la société grecque.
3 Spécificité et exemplarité de la Grèce
Aux premiers jours des émeutes, la presse bourgeoise européenne, lorsqu'elle daignait en parler, se plaisait à souligner les spécificités de la Grèce: non seulement son histoire récente et sa situation économique catastrophique, mais aussi la déliquescence de l'État, pris dans des scandales de corruption à répétition, et une incapacité à assumer son rôle lors des incendies du Péloponnèse en 2007.
Ces traits spécifiques peuvent en effet expliquer, comme pour la Guadeloupe un mois plus tard, pourquoi la lutte contre la politique ultralibérale a commencé là, et pas ailleurs, pourquoi elle a pris aussi rapidement un tournant radical. Les spécificités nationales expliquent le rythme et le moment des luttes, mais les vraies causes sont générales et non spécifiques.
La cause fondamentale est l'opposition à cette politique ultralibérale menée par tous les gouvernements bourgeois européens. Ceux-ci le savent bien. Ils n'ont manqué de voir dans les événements grecs un risque de « contagion », et ont exigé le 12 décembre, lors du sommet de l'Union Européenne, que le gouvernement Karamanlis « arrête immédiatement les responsables du chaos ». Le recul apparent du gouvernement français face aux revendications des lycéens et étudiants s'explique en partie par la crainte de voir les mêmes événements gagner la France, comme toutes ses hésitations face aux divers mouvements revendicatifs. Loin d'être spécifiques, et liés à « l'archaïsme de la société grecque », ces événements ont donc une valeur exemplaire pour les luttes à venir.
09 avril 2009
Grèce: retour sur les événements 1
Articles précédents sur la Grèce
Avec un certain recul dû à l'interruption du blog en janvier-février, je vais revenir dans une série d'articles sur les événements de décembre en Grèce.
Premier mouvement d'ampleur en Europe contre les nouvelles politiques libérales, la lutte de la jeunesse et de fractions de la classe ouvrière annonce les luttes à venir ailleurs, et permet de tirer des leçons essentielles pour le développement de celles-ci.
Pour commencer, le plan de ces articles, et le rappel des faits essentiels:
Plan des articles:
1 Les événements
2 Les causes
3 Spécificités et exemplarité des événements grecs
4 La répression et la tactique du gouvernement
5 Le rôle des syndicats et des partis de gauche
6 Le rôle de l'extrême-gauche
7 Le rôle des anarchistes
8 Conclusions
1 Rappel des faits:
6 décembre 2008:
Un jeune homme de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, est abattu par la police dans le quartier Exarchia d'Athènes
7 au 10 décembre:
Des émeutes éclatent, d'abord à Athènes, ensuite dans toute la Grèce. Des manifestations regroupent des dizaines de milliers de jeunes protestant contre la violence policière.
Les facultés de droit, d'économie et de polytechnique sont occupées. Des assemblées s'y déroulent pour organiser le mouvement et préparer de nouvelles actions.
Les rumeurs d'une déclaration d'état d'urgence se répandent.
10 décembre:
Jour prévu de longue date d'une grève générale de 24 h contre la politique du gouvernement Karamanlis, et d'une manifestation nationale. Les directions syndicales, sous pression du gouvernement et par craintes d'une jonction entre les jeunes et la classe ouvrière remplace la manifestation par un meeting « de soutien à la démocratie parlementaire ».
La seule manifestation, regroupant, plus de 20 000 manifestants, est organisée par plusieurs organisations d'extrême-gauche, anarchistes, maoïstes, trotskistes, et rejointe par certaines sections syndicales du service public.
A la faculté de droit, deux assemblées générales se déroulent, l'une regroupant des centaines de syndicalistes, l'autre la plupart des syndicats étudiants. Une déclaration est proclamée, réclamant entre autres l'abolition de la législation anti-syndicale, l'augmentation des salaires, certaines nationalisations sous contrôle ouvrier. Un appel à une grève générale illimitée est lancé, ainsi qu'à la désobéissance civile contre les projets d'état d'urgence ou d'exception.
10 - 16 décembre:
Les manifestations et émeutes s'étendent, et les lycéens de 12 à 15 ans y jouent un rôle grandissant, affrontant régulièrement les forces de police. Quasiment toutes les écoles et universités de Grèce sont fermées ou occupées. Des routes sont bloquées par les manifestants; Des stations de télévisions sont régulièrement occupées, pour faire entendre les revendications, et demander la libération des personnes emprisonnées.
16 décembre:
Devant le refus des bureaucrates du syndicat GSEE de transformer la grève de 4 h du secteur public prévue pour le 18 en grève générale illimitée, des syndicalistes, des militants d'extrême-gauche et anarchistes occupent le siège du principal syndicat grec.
18 décembre:
50 000 lycéens, étudiants, syndicalistes marchent à Athènes, rejoint par les travailleurs du secteur hospitalier, en grève de 24 h.
Une assemblée générale des travailleurs et étudiants se tient dans les bureaux occupés du syndicat GSEE.
Le sport et la culture sont gagnés par la contestation: de nombreuses organisations de supporters de foot crient et arborent leur solidarité avec la lutte, dénoncent les violences policières, et scandent le slogan « policiers, cochons, assassins », affrontant à plusieurs reprises les unités anti-émeutes. L'inauguration du nouveau bâtiment du Théâtre National d'Athènes, rassemblant toute l'élite politique, culturelle et sociale de la capitale, est annulée, suite à l'intervention de plus de cent acteurs, réclamant la libération des personnes emprisonnées, et dénonçant le gouvernement. C'est toute la société grecque qui bascule dans le climat insurrectionnel.
21 décembre:
L'occupation du siège du syndicat GSEE est levée.
22 décembre:
La police se prépare à intervenir sur le site de l'université polytechnique, accusée d'être au centre des actions, cela au mépris du droit grec qui garantit le « droit d'asile » dans tous les espaces universitaires.
Les occupations sont levées aux facultés de droit et polytechnique jusqu'à la reprise des cours début janvier, mais celle de la faculté de droit continue.
23 décembre:
Une nouvelle marche de milliers d'étudiants, lycéens et travailleurs a lieu à Athènes.
9 et 17 janvier:
De nouvelles manifestations ont lieu, encore largement suivies, et qui doivent faire face à une brutalité accrue de la police, ainsi que diverses provocations
25-27 janvier:
Des manifestations des petits paysans provoquent le blocus de la plupart des grandes routes et frontières grecques, protestant essentiellement contre l'effondrement des prix des produits agricoles, au profit de la grande distribution et de l'industrie alimentaire.
31 janvier:
Un meeting regroupant la plupart des forces de la gauche radicale se tient dans un stade sportif d'Athènes, où s'opposent partisans d'une « union de la gauche radicale » en vue des prochaines élections, et partisans de la continuation de la lutte, sous le mot d'ordre du « gouvernement ouvrier ».
25 décembre 2008
L'épidémie de l'impuissance?
Divergence est un blog personnel, non le site d'une organisation. Par conséquent, il reste ouvert à l'expression d'autres courants politiques que celui auquel appartient l'auteur, des courants ayant en partage le refus de l'ordre des choses, le refus du capitalisme. J'y reviendrai souvent: il est essentiel, plutôt que de s'ignorer ou de chercher une unité factice, que les divers courants d'opposition s'écoutent,et si possible se parlent, sans craindre ni critiques ni débat.
Ayant reçu hier soir par mail cette déclaration signée par "des parisiens", (source bien vague qui la plupart du temps me pousserait à refuser la publication), et la demande de la diffuser, j'ai jugé cela tout à fait compatible avec ce blog, malgré d'évidentes divergences. De ces divergences, il est fait état dans le titre, et elles seront expliquées plus loin.
Bonjour,
Le texte ci-dessous commence à apparaître en affichage sauvage à Paris. Il est libre d'utilisation, transformation, amélioration...
Nous comptons sur vous pour le diffuser, si vous estimez cela nécessaire.
Cordialement,
Des Parisiens
DES ÉVÉNEMENTS EN GRECE
Ces émeutes, à distance, ont déjà fait
reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et
peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une
voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces
dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments,
blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils
font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’Etat et ses sbires. Ce
n’est que lorsqu’il parle tout seul qu’un ministre peut évoquer « un
dialogue serein » (les mots du ministre de l’éducation nationale il y a
quelques jours). Ici, comme en Grèce, la discussion ne peut commencer
que par la contestation en actes des forces répressives. Leur existence
est déjà une insulte.
La liberté fait ses premiers pas quand on n’a
plus à trembler devant des flics, des vidéo-surveillants et le fichage
généralisé. Les lois sont faites pour nous apeurer, nous décourager et
plus généralement nous interdire de faire quoi que ce soit. En Grèce la
peur et la résignation changent de camp
(« Aujourd’hui, le peuple
est en colère contre tout, contre la mort d’Alexis, contre la police,
contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes le
bouclier. (…) Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village,
où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille.
Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge », un
policier grec dans le Figaro du lundi 22 décembre 2008) :
L’INSURRECTION
CONTINUE. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est
pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à
l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal
payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est
partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points
: il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien
de toute une population, de gens sans revendications ni représentants,
mais dont nous partageons certainement les intentions (disparitions de
tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts,
journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde
misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire
pour s’y insérer, et autres « aides » de l’Etat quand on s’en éloigne).
En
cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous
présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle
de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures
années et celles qui suivent ; ils continuent.
Saisissons chaque
occasion de rappeler la lutte exemplaire qui se déroule en Grèce.
Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos
sur internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs,
les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations
possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont
nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour
un monde qui nous empoisonne.
FAISONS MIEUX.
En région parisienne, le mardi 23 décembre 2008.
***
Il y a dans ce texte des accents qu'il fait plaisir de retrouver: sur la peur qui change de camp, sur la profondeur de la révolte, sur les premiers pas de la liberté, sur le refus des fausses solutions et des fausses directions, sur cette conclusion que rien ne peut être pire que de travailler pour construire sa propre prison, et enfin sur cet appel à faire mieux.
Faire mieux, justement. C'est là que je ne suis plus en accord avec l'orientation qui parcourt ce texte, et qui, par ses contours vagues et anti-organisés, rappelle ce en quoi les événements grecs ne sont pas exemplaires, et ne doivent pas être reproduits: l'incapacité à s'organiser derrière une orientation claire, à se donner des moyens efficaces de changer le monde, à lier la révolte des jeunes aux luttes des travailleurs, à transformer une révolte en une force réelle de changement. S'agiter n'est pas agir, et ce texte n'invite guère plus qu'à une agitation désordonnée, qui ne pourra que manquer son but.
C'est André Breton qui disait, je crois, que les gens de quarante ans ou plus n'ont guère de leçons à donner aux plus jeunes, étant donné le monde inacceptable qu'ils leur lèguent. Des leçons, non. Mais une invitation à rester fidèle à la révolte, au refus de la résignation, qui s'exprime à travers les événements grecs comme à travers des textes comme celui-ci, oui.
Etre fidèle, ce n'est pas se singer, singer les autres: être fidèle à la révolte suppose que l'on ne se contente pas de l'exprimer, par des textes ou des actes, mais que l'on cherche à lui donner corps, à la réaliser.
Ceci implique des réactions peut-être moins exaltantes que l'affrontement direct, comme l'analyse de la société pour comprendre comment on est arrivé là et surtout comment on peut vraiment en sortir; comme la tentative patiente d'enraciner cette révolte dans les mouvements qui traversent cette société et qui seuls peuvent l'amener à se réaliser, et en premier lieu, les luttes ouvrières contre l'exploitation et la misère; comme la construction patiente et obstinée d'instruments de lutte pour abattre la société actuelle et empêcher la perpétuation de ses crimes, en premier lieu une organisation révolutionnaire qui oriente et unit la lutte vers cet objectif central: renverser les gouvernements bourgeois et établir une société fondée sur la justice sociale et le libre développement de l'individu.
Réfléchir, s'organiser, construire : la fidélité est exigeante. Mais elle est bien là, et non dans l'imitation servile et immédiate d'actes passés, qui en l'absence de vrais efforts pour réaliser leurs objectifs, ne deviendront plus que des poses, qui sous couvert d'intransigeance, trahiront de fait la révolte qui les animait à l'origine.
La révolte grecque, dans les voies qu'elle s'est donnée, ou plutôt qu'elle ne s'est pas donnée, ne pourra qu'aller à l'échec. Faut-il vraiment une épidémie de l'échec? Ne nous laissons pas tromper par la peur des gouvernements: si ceux-ci reculent, ce n'est pas par peur de ce qui se passe en Grèce, mais par peur de ce que pourraient devenir de telles révoltes: des révolutions. Passer de la révolte à la révolution implique bien autre chose que la contagion de l'exaltation: sa tranformation en volonté révolutionnaire.
***
Voir les événements en Grèce sur Divergence.
24 décembre 2008
Merry Crisis and a Happy New Fear!
Le titre est repris d'un slogan, peint sur les murs d'Athènes. L'occasion aussi de revenir une nouvelle fois sur ce qui se passe là-bas.
Dernières nouvelles de Grèce:
L'occupation du siège du GSEE (voir les derniers articles sur la Grèce) s'est terminée dimanche, en bon ordre. Les occupants ont fait visiter les lieux par les services de sécurité du syndicat, et fait signer un papier notant le parfait état du bâtiment, ceci afin d'éviter toute mise en scène du genre "découverte d'armes" ou de drogues, ou affirmation de vandalisme.
L'occupation des universités continue, mais sans doute plus pour longtemps. Quoiqu'il en soit, l'État s'est préparé à intervenir, si cela s'avérait nécessaire. Une des particularités de la lutte des étudiants grecs de ces dernières semaines est en effet l'interdiction légale d'intervention policière dans les campus universitaire, héritage de la lutte des étudiants contre le régime des colonels dans les années 70.
Pour tenter de contourner cette interdiction, des responsables de Polytechnique ont transmis leurs responsabilité de contrôles à un procureur général. D'autre part, des tirs de fusil provenant d'un autre campus ont atteint une camionnette de police. Provocation ou pas, ce genre d'incidents peut servir de prétexte à l'intervention, particulièrement en ces temps de fêtes, où tout le monde regarde ailleurs.
Mais comme dit dans l'article sur la crise et la répression, la peur de la répression est pour la bourgeoisie préférable à la répression même. Seul le maintien à un haut niveau de mobilisation durant les jours à venir pourrait provoquer une intervention, mais c'est très peu probable. Même si des occupations et des affrontements continuent dans diverses villes du pays, la fatigue et l'isolement, l'absence de perspectives politiques claires, va sans doute conduire à l'essoufflement.
A lire sur internet:
Les dernières informations sur le site de l'EEK (dont les déclarations du dirigeant du parti stalinien KKE, affirmant qu'il n'y a pas de révolte, et que tout cela est l'œuvre des services secrets de l'impérialisme!)
une analyse du contexte social, économique et politique des événements, par Stathis Kouvelakis, reprise sur le site de Futur rouge.
Un autre site en anglais, qui semble collecter les infos de plusieurs sites déjà mentionnés ici: Social war in Greece
Et tous les articles de Divergence sur le sujet sont rassemblés sur le tag "Grèce"
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Les loups entre eux
Ce qui donne à la crise actuelle un petit parfum de 1929, ce sont les suicides de financiers piégés par la crise. Le dernier en date, celui d'un responsable financier français travaillant à New York, Thierry de Villehuchet, pris dans l'affaire Madoff, cet immense montage qui a fait perdre 50 milliards de dollars à diverses banques et investisseurs, et au-delà sans doute à des milliers de petits épargnants. Le principe des réactions en chaînes fait que les conséquences de cette affaire sont encore impossibles à évaluer.
Le fond de l'affaire Madoff, c'est tout simplement la foi aveugle dans le développement ininterrompu du capitalisme, tant chez Madoff que chez ceux qui lui confiaient leur argent, ou ceux de leurs épargnants. Le crime des uns et des autres, c'est d'avoir cru ce que proclame depuis des années l'idéologie bourgeoise: le capitalisme est éternel. La différence entre Madoff et les autres, c'est que lui a bâti son affaire sur cette seule croyance, alors que les investisseurs respectueux des "règles" s'appuyait quand même aussi sur certains éléments économiques concrets, dont ils avaient le tort de croire qu'ils étaient une garantie pour l'avenir. La véritable escroquerie dans cette affaire, c'est le système capitaliste lui-même.
Face aux catastrophes en série que peuvent provoquer ce genre d'effondrement financier, tous les responsables et intermédiaires piégés par leur foi capitaliste cherchent à se dédouaner, tout en étant incapables de remettre cette foi en doute. D'où la recherche obstinée de responsabilités individuelles et l'usage de tous les moyens pour récupérer ce qu'ils croient pouvoir encore l'être.
Le système Madoff reposait avant tout sur des systèmes de confiances institutionnelles et personnelles, sur des réseaux d'influence au sein de la bourgeoisie mondiale. Les "carnets d'adresses" bien remplis, comme celui de Villehuchet jouait donc un grand rôle pour attirer sans cesse de nouveaux capitaux, afflux constant qui permettait le paiement d'intérêts importants aux investisseurs précédents. C'est l'arrêt de ce flux par l'aggravation brutale de la crise financière en septembre dernier, qui a provoqué la chute de Madoff.
Dans ce contexte, des personnages comme Villehuchet étaient évidemment au centre de toutes les attentions, apportant à Madoff des clients, à ses contacts des intérêts importants. Du jour au lendemain, ou presque, ce héros du capitalisme se trouve transformé en bouc émissaire, cible d'une curée générale des investisseurs du monde entier, utilisant tous les moyens de pression psychologique possibles, à la fois pour se dédouaner sans mettre en cause le système que pour récupérer le moindre centime qui pourrait encore l'être. Il n'y a guère de différence dans la manière dont cet affolement de capitalistes les a conduit à écraser l'un des leurs que dans celle qui conduisit il y a peu les clients d'une grande surface américaine avides de saisir la "bonne occasion", à piétiner à mort, à l'ouverture des portes, l'un des employés du magasin. Bienvenue dans le monde enchanté de l'humanisme bourgeois!
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La grande peur de l'an 2009
Pour des raisons parfois très divergentes, l'idée que l'année à venir sera une année terrible se répand à travers la population.
Il y a d'abord l'analyse marxiste, qui conclut à la nécessité pour les gouvernements bourgeois de s'attaquer aux acquis des travailleurs, attaque qui pourrait provoquer en retour un regain rapide des luttes. L'aggravation du chômage, la perte du pouvoir d'achat, la destruction des systèmes de soins et d'éducation sont à l'ordre du jour, avec tous les drames humains que cela peut signifier.
Pour autant, il est impossible de savoir à quel rythme cela se produira: le propre d'une période d'instabilité est de rendre impossible toute prédiction à court terme. S'ils le peuvent, les gouvernements éviteront autant que possible une attaque générale, qui risquerait de provoquer l'explosion qu'ils redoutent, et préféreront si possible de s'attaquer aux travailleurs segment par segment. L'année sera difficile pour tous les travailleurs, mais pourrait n'être vraiment catastrophique que pour de petites fractions de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie. La crise du capitalisme n'est pas un événement brutal, mais un processus à long terme, dont les rythmes sont impossibles à évaluer, alternant lente évolution et accélérations subites.
Il y a ensuite la peur qui se répand dans la bourgeoisie même: peur des pertes brutales individuelles à la suite d'incidents du genre de l'affaire Madoff, mais aussi peur des révoltes et du désordre social consécutifs aux plans gouvernementaux, aux licenciements massifs, déjà décidés ou à venir.
Mais les gouvernements et les dirigeants industriels ne perdent pas de vue les avantages propagandistes de cette peur de 2009, et se gardent bien de trop rassurer.
Le premier avantage est le principe du "moindre mal": plus les gens s'attendront au pire, plus ils accepteront les "difficultés" qui leur paraîtront moindre que leurs craintes. L'autre avantage idéologique est que cette peur va servir, et sert déjà, d'argument essentiel pour faire accepter les plans anti-sociaux des gouvernements et des entreprises.
La peur, rappelons-le encore, est le fondement même de la propagande bourgeoise, aujourd'hui plus que jamais. Plus les gens auront peur, plus toute solution leur paraîtra inaccessible, plus ils resteront passifs face aux événements.
Enfin, dans les milieux anticapitalistes, cette peur a les couleurs de l'espoir : le grand moment va arriver. Peut-être, mais il n'est pas encore là, et ce n'est sans doute pas dans l'immédiat. En insistant sur l'imminence des événements, et l'urgence de réagir, certains partis peuvent trouver un motif pour appeler à l'unité face à l'urgence, et ainsi faire taire toute critique.
Le besoin d'unité dans l'action est une exigence fondamentale de la lutte des travailleurs contre le capitalisme. Mais à condition que cette unité aie du contenu, ne soit pas du vent. L'unité oui, mais pourquoi faire? Voilà ce à quoi certaines organisations éviteront de répondre, ce qui reviendra à dire, unité derrière ce qui existe actuellement, derrière notre ligne. Le prétexte de l'urgence, comme cela a été souligné dans l'article sur le centralisme démocratique, est un argument récurrent des appareils pour faire taire tout débat.
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Les dernières fêtes avant la catastrophe
Un sociologue affirmait récemment dans les colonnes de Libération que la consommation lors des fêtes de cette fin d'année ne devrait pas trop être atteinte par la crise. Face à la peur de 2009, ces fêtes apparaissent comme la dernière occasion de s'amuser, la possibilité d'oublier ce qui nous attend, de faire taire l'angoisse transmise par les scénarios catastrophes de la crise, comme par l'analyse concrète de la vraie catastrophe, le capitalisme.
S'il est du devoir des révolutionnaires de prévenir les travailleurs de ce qui les attend, de mettre en évidence la profondeur de la crise traversée par le capitalisme, il s'agit d'éviter de participer à cette grande fabrique d'angoisse et de passivité qu'est cette peur de l'an 2009.
Les luttes en Grèce rappellent qu'avec la crise, de nouveaux espoirs reviennent. La faiblesse du capitalisme peut être une chance, si les travailleurs prennent conscience de leur force et s'organisent pour renverser ce système qui broie tous les êtres, y compris parmi les siens.
Mais cette organisation doit être efficace, et la plus précise possible. Toute impatience, toute illusion sur l'urgence se paiera en illusions, en erreurs, en retard dans la réaction. La crise du capitalisme n'est pas un événement, mais un long processus, disait-on plus haut. Il en va de même de l'action révolutionnaire des travailleurs. Il faut être capable de réagir vite face aux événements, mais l'essentiel de la lutte se construit dans l'effort obstiné et patient pour construire une alternative politique réaliste, donc révolutionnaire, fondée sur un parti ouvrier révolutionnaire, et sur la prise de conscience progressive, par les travailleurs de leur force et de leurs intérêts.
Il ne sert donc à rien de verser dans le catastrophisme. Il faut apprendre les vrais rythmes de la vie, combattre la peur, savoir que même dans les moments où le ciel se charge de nuages, des lumières nouvelles se préparent derrière eux, tandis que continue, aussi bien qu'elle le peut, la vie avec ses plaisirs, ses joies, ses espoirs.
Dans les deux à trois semaines à venir, l'activité du blog se ralentira, pour reprendre véritablement après le 11 janvier. Dès lors, même si d'autres articles paraîtront d'ici là:
Joyeuses fêtes à tous! Et que 2009 aie les couleurs de l'aurore!
20 décembre 2008
Grèce : Réalisons leurs pires cauchemars!
La situation en Grèce continue d'inquiéter le capitalisme international, et particulièrement européen.
L'attitude du gouvernement français face aux lycéens, comme la mobilisation de ceux-ci, ou comme la manifestation des ouvriers de Douai, montre que la situation en Grèce a des répercutions internationales.
Face aux craintes des gouvernements bourgeois, ce mot d'ordre des lycéens grecs: "Réalisons leurs pires cauchemars" prend toute sa force.
Mais si l'Europe est attentive à la Grèce, l'inverse est aussi vrai: les mouvements qui animent la lutte en Grèce comptent sur la solidarité internationale.
De nouvelles informations sont disponibles sur le site de l'EEK, en anglais. Je n'ai hélas pas le temps de les traduire toutes.
Comme Divergence s'est rapidement fait l'écho de l'occupation des locaux du principal syndicat GSEE, je reprends ici la version de cet événement par l'EEK:
"Hier,(16 décembre) durant la réunion de la réunion des dirigeants du GSEE à leur quartier général, une délégation de jeunes leur a demandé de se joindre à la grève du 18 décembre et d'en faire une grève générale. Les bureaucrates du GSEE ont refusé. Par conséquent, aujourd'hui,(17 décembre) tôt le matin, des travailleurs en colère ont occupé le quartier général du GSEE et l'ont transformé en un centre d'action! Des bannières ont été placées tout autour de ce bâtiment néo-classique, demandant une Grève Générale, la solidarité avec la révolte des jeunes et la libération de tous ceux qui ont été arrêtés. Toutes les forces de l'ordre ont bien sûr dénoncé l'occupation comme un "acte des anarchistes". Il y a des anarchistes participant à l'occupation du GSEE, comme partout ailleurs, mais il y a aussi des syndicats de lutte des classes, et des militants et syndicalistes de l'EEK, ainsi que de nombreux militants indépendants".
Principales autres infos du site de l'EEK:
Le 18 décembre, une marche regroupant des lycéens, étudiants, travailleurs et organisations de gauche a réuni 50 000 personnes dans les rues d'Athènes, rejoint par les travailleurs du secteur hospitalier, en grève contre la destruction du service de santé national.
Des représentants de 15 syndicats de lutte de classe a eu lieu au siège de la fédération des employés de banque et a décidé de préparer une action de grève immédiatement après les vacances, le 9 janvier.
Une assemblée des étudiants de la faculté de droit a pris la décision de continuer la lutte avec des occupations et des manifestations jusqu'au renversement du gouvernement de droite
Les travailleurs et jeunes occupants du siège du GSEE ont renommé le siège et eux-mêmes en "Assemblée générale du travail en révolte" (en grec, les mêmes initiales GSEE...). Le PASOK, les Staliniens et malheureusement une part de la gauche extra-parlementaire accuse cette occupation d'être une aventure d'anarchistes et de trotskistes de l'EEK.
Je n'ai pas le temps de faire le tour des sites d'infos, mais j'ai remarqué que Rouge, dans un article du 18 décembre, admet désormais le "recul" des bureaucraties syndicales face aux pressions du gouvernement, et la politique de division des staliniens du KKE.
Quelle évolution! Voir "NPA: couvrir ou protéger les directions syndicales?".
Qui sait, d'ici 15 jours, Rouge va peut-être nous parler de l'occupation des locaux du GSEE....
18 décembre 2008
Grèce : dernières nouvelles (18 décembre)
18/12; 17 h 30
"La grosse manifestation étudiante est en train d’être violemment attaquée au gaz lacrymogène. Les flics utilisent un gaz d’un nouveau type, plus puissant. La plupart d’entre nous nous sommes réfugiés dans l’Ecole Législative. Un camion blindé de transfert de fond est en train de brûler. Des personnes sont rentrées dans une église avoisinante, sonnant les cloches à chaque tir de gaz lacrymogène, ajoutant une touche un peu plus irréelle à la scène." (info trouvée sur "on the Greek riots" (voir plus bas)
18/12; 10 h
Il semble que la situation en Grèce évolue encore, et nécessiterait de la suivre de près.
Mais les informations manquent. (et le temps pour l'auteur de ce blog aussi!)
manifestation lycéenne du 10 décembre
Un autre site signalé par "Futur rouge" (site riche en informations sur les luttes et que je vous engage à aller voir), le site "Emeutes et amour" consacré aux luttes actuelles en Grèce (selon un point de vue apparemment anarchiste) donne des nouvelles qui, si elles se vérifient, pourraient être importantes quant à l'avenir du mouvement.
Des travailleurs, depuis le 16 ou le 17, occuperaient le bâtiment du principal syndicat grec (GSEE) et un site de la télévision d'Etat.
[EDIT, 12 h 00: Le journal "Le Monde" confirme cette occupation: "Quelque 70 personnes s'autoproclamant "travailleurs révoltés" avaient
auparavant envahi le siège athénien de la plus importante centrale
syndicale, la Confédération des travailleurs grecs (GSEE). Le bâtiment
restait occupé en début de soirée, a indiqué le bureau de presse du
syndicat. Selon le comité de coordination des lycéens, cette poursuite
de la mobilisation est doublée d'occupations de quelque 600 lycées et
collèges, mais le ministère de l'Education réduit ce chiffre à une
centaine". Par contre, l'occupation de la télévision serait une action brève d'une vingtaine d'étudiants mardi]
A ce niveau d'information, tout ce que l'on peut dire est que cette orientation serait très encourageante, mais que l'absence probable de direction claire dans la lutte, d'objectifs politiques bien définis, bref, l'absence d'un véritable parti révolutionnaire ouvrier, pourraient fragiliser fortement cet enthousiasme, cette prise de conscience et cette radicalisation des mouvements ouvriers et étudiants grecs. Mais on ne peut rien conclure avec si peu d'informations, sinon affirmer tout son soutien aux travailleurs et aux étudiants qui luttent avec courage et détermination contre la violence de l'État bourgeois et la dictature capitaliste.
Donc, comme d'habitude, si des lecteurs ont des informations à me transmettre, par mail ou par commentaires sur le blog, qu'ils n'hésitent pas. En ce compris, à propos d'actions de solidarité en Europe.
Je reprends la "DECLARATION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS INSURGES DE ATHENES" publiée sur le site "Emeutes et amour" (mais dans une autre page, pour maintenir la lisibilité de l'ensemble)
D'autre part, des manifestations lycéennes sont prévues aujourd'hui au centre d'Athènes.
Tout ce que les directions syndicales proposent, c'est "3 h d'arrêt de travail jeudi" (ADEDY) et un "rassemblement" vendredi devant le parlement (GSEE). Juste que quoi sauver les apparences en continuant d'empêcher autant que possible l'union des travailleurs et des étudiants.
Maintenant, il est clair qu'une action comme l'occupation du site de la GSEE, si elle s'est faite isolément (ce qui reste à voir) sans coordination avec les autres formes de luttes, bien que légitime face à la trahison des directions syndicales, ne facilitera sûrement pas cette union.
Même s'il ne faut pas perdre de vue que la manifestation de mercredi, organisée par la plupart des organisations d'extrême-gauche, et rejointe par des fractions syndicales montrent que les directions syndicales sont déjà débordées par leur base (à quel degré, voilà qui est évidemment difficile à estimer d'ici!), et que l'occupation peut avoir été bien vue par les ouvriers les plus radicalisés, voire au-delà.
Pour un retour sur des informations plus anciennes et des analyses de la situation en Grèce, voir les articles de la rubrique "actualités"
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Un autre site en anglais On the Greek riots , très proche apparemment de "Emeutes et amour", mais plus complet.
Ce genre de sites souffrent de la vision "autonome" ou anarchiste, de la lutte, mettant l'accent sur les actions spectaculaires dont ils exagèrent très vraisemblablement l'importance, ne parlant que du rôle des anarchistes, sans aucune mention des autres groupes, ni des luttes au sein des syndicats, refusant tout organisation de la lutte au-delà des "comités de base", et donc toute coordination sérieuse, etc.
Mais des informations, même biaisées ainsi, restent très utiles, face à la désinformation de la presse bourgeoise.
Et il est plus que regrettable, et sans doute pas innocent au regard de leurs positions vis-à-vis des directions syndicales, (voir: Le NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales?) que ni la LCR ni LO, organisations qui en ont les moyens, ne diffusent aucune information alternative sur leur site!
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Des infos par AlJazeera English, forcément axées sur le spectaculaire. Mais des images parfois permettent de mieux faire sentir ce qui se passe. Même si je suppose qu'il y a mieux que ceci.
Déclaration de l'assemblée générale des travailleurs insurgés d'Athènes
Voir informations et éléments d'interprétations dans Grèce: dernières nouvelles (18 décembre)
Nous déterminerons notre histoire nous même ou nous la laisserons être déterminée sans nous.
Nous, travailleurs manuels, employés, chômeurs , intérimaires et
précaires, locaux ou migrants, ne sommes pas des téléspectateurs
passifs. Depuis le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos le samedi soir,
nous participons aux manifestations, aux affrontement avec la police,
aux occupations du centre ville comme des alentours. Nous avons dû
maintes et maintes fois quitter le travail et nos obligations
quotidiennes de prendre les rues avec les lycéens, les étudiants et les
autres prolétaires dans la lutte.
NOUS AVONS DECIDE D’OCCUPER LE BATIMENT DE LA CONFEDERATON GENERALE DES TRAVAILLEURS EN GRECE (GSEE)
Pour le transformer en un espace de libre expression et un point de rendez-vous pour les travailleurs,
Pour dissiper les mythes encouragés par les médias sur l’absence
des travailleurs des affrontements, que la rage de ces derniers jours
ne serait que l’œuvre de quelques 500 « cagoulés » (koukoyloforon), «
hooligans », ou d’autres histoires farfelues, alors que dans les
journaux télévisés les travailleurs sont présentés comme des victimes
de ces affrontements, et alors que la crise capitaliste en Grèce et
dans le Monde mène à des licenciements innombrables que les médias et
leurs dirigeants considère comme un « phénomène naturel ».
Pour démasquer le rôle honteux de la bureaucratie syndicale dans le
travail de sape contre l’insurrection, mais aussi d’une manière
générale. La Confédération générale des travailleurs en Grèce (GSEE),
et toute l’intégralité de la machinerie syndicale qui le soutient
depuis des dizaines et des dizaines d’années, sape les luttes, négocie
notre force de travail contre des miettes, perpétue le système
d’exploitation et d’esclavage salarié. L’attitude de la GSEE mercredi
dernier parle d’elle même : la GSEE a annulé la manifestation des
grévistes pourtant programmée, se rabattant précipitamment sur un bref
rassemblement sur la place Syntagma, tout en s’assurant simultanément
que les participants se disperseraient très vite, de peur qu’ils ne
soient infectés par le virus de l’insurrection.
Pour ouvrir cet espace pour la première fois, comme une
continuation de l’ouverture sociale créée par l’insurrection elle-même,
espace qui a été construit avec notre contribution mais dont nous avons
été jusqu’ici exclus. Pendant toute ces années nous avons confié notre
destin à des sauveurs de toute nature, et nous avons finit par perdre
notre dignité. Comme travailleurs, nous devons commencer à assumer nos
responsabilités, et cesser de faire reposer nos espoirs dans des
leaders « sages » ou des représentants « compétents ». Nous devons
commencer à parler de notre propre voix, nous rencontrer, discuter,
décider et agir par nous même. Contre les attaques généralisées que
nous endurons. La création de collectifs de résistance « de base » est
la seule solution.
Pour propager l’idée de l’auto-organisation et de la solidarité sur
les lieux de travail, de la méthode des comités de luttes et des
collectifs de base, abolir les bureaucraties syndicales.
Pendant toutes ces années nous avons gobé la misère, la résignation,
la violence au travail. Nous nous sommes habitués à compter nos blessés
et nos morts - les soit disant « accidents du travail ». Nous nous
sommes habitués à ignoré que les migrants, nos frères de classe -
étaient tués. Nous sommes fatigués de vivre avec l’anxiété de devoir
assurer notre salaire, de pouvoir payer nos impôts et de se garantir
une retraite qui maintenant ressemble à un rêve lointain.
De même que nous luttons pour ne pas abandoner nos vies dans les
mains des patrons et des représentants syndicaux, de même nous
n’abandonnerons pas les insurgés arrêtés dans les mains de l’Etat et
des mécanismes juridiques.
LIBERATION IMMEDIATE DES DETENUS
RETRAIT DES CHARGES CONTRE LES INTERPELLES
AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS
GERVE GENERALE
ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS DANS LES BATIMENTS LIBERES DE LA GSEE Mercredi 17 décembre à 18 heures
15 décembre 2008
Grèce : nouveaux éléments
Les informations données par les camarades de l'EEK confirment le rôle décrit précédemment par les syndicats dans l'annulation de la manifestation initialement prévue. Par contre il apparaît que les directions réformistes de Syriza, dont les eurocommunistes, n'ont pas résisté beaucoup plus longtemps aux pressions conjointes du gouvernement, du Pasok et du parti stalinien KKE.
Ce dernier n'a pas hésité à traiter les jeunes manifestants de "talibans", "trafiquants de drogue", agents de la CIA, bref du stalinisme pur sucre, et a dénoncé les eurocommunistes du Synaspimos et leurs alliés dans Syriza de "protéger les hooligans et les provocateurs". Si dans un premier temps, Syriza, comme je l'indiquais dans les articles précédents, a voulu maintenir la manifestation initiale, cette organisation réformiste qui tentait de jouer les intermédiaires entre l'État et les manifestants a finalement cédé aux pressions et a appelé aussi à un meeting en remplacement de la marche.
Celle-ci a cependant eu lieu, organisé par un certains nombre d'organisations d'extrême-gauche: le MERA (front de la gauche radicale dont est membre l'EEK), l'ENANTIA (gauche anticapitaliste unie) deux organisations maoïstes et le mouvement anti-autoritaire (anarchistes). Certaines sections syndicales, particulièrement du secteur public et des enseignants, se sont jointes à la marche, qui a regroupé près de 25 000 personnes, chiffre exceptionnel pour l'extrême-gauche.
Dans la faculté de droit occupée, des assemblées d'étudiants et de travailleurs ont organisé la coordination de leurs luttes, en formant le Centre d'Action Indépendante. Une déclaration y a été votée (qui, si je ne me trompe, est celle que reproduit le n° 15 du bulletin du CCI (T) ) et que l'on retrouve en anglais sur le site d'une autre organisation trotskiste, l'OKDE.
Dans les jours qui ont suivi, l'"intifida grecque", selon les termes de l'EEK, s'est poursuivie dans tout le pays. Quant à la répression, après que le gouvernement de droite ait tenté en vain de convaincre les autres organisations parlementaires de déclarer l'Etat d'urgence, a envisagé (ou envisage encore) un "état d'exception". On remarque parmi ceux qui chargent les manifestants des groupes paramilitaires d'extrême-droite, dont le "Golden dawn".
Je renvoie à ceux qui connaissent l'anglais au site de l'EEK .
Par ailleurs "Futur rouge" publie l'interview d'un dirigeant anarchiste Yannis Androulidakis, secrétaire international du syndicat grec ESE (anarchosyndicaliste) .
Cet interview confirme, quoique de manière plus vague quant au rôle de chaque organisation, ce qui a été dit plus haut, en insistant, comme le fait l'EEK, et que j'ai omis de mentionner, sur le rôle de pointe dans certains affrontements des jeunes de 15 ans et moins, trop peu conscients du danger.
Il rappelle aussi, de manière circonstanciée, la violence de la répression policière, alors que l'on voit la presse internationale s'interroger sur la soi-disante "permissivité" de la police!
Il insiste aussi fortement sur le rôle selon lui central des anarchistes dans le déclenchement du mouvement. Et signale le refus de lutter pour le renversement du gouvernement de la part des anarchistes, parce qu'ils croient "qu'un changement de gouvernement ne peut pas changer nos vies..."
Autrement dit, au nom d'un radicalisme anticentralisateur, les anarchistes refusent d'orienter la lutte dans un sens révolutionnaire, abandonnent le terrain du pouvoir à l'Etat bourgeois, se contentant de suivre les décisions des assemblées sans rien proposer pour "ne pas jouer le rôle d'une avant-garde". Effectivement, aucun risque. Mais on se demande alors à quoi servent les organisations anarchistes, en tant que telles, au-delà du courage et de la détermination des éléments individuels aux côtés des étudiants, et qui est indéniable.
Il ya quand même une incroyable contradiction entre ces affirmations du "rôle important des anarchistes" et le refus d'être une "avant-garde". De deux choses, l'une: ou ils suivent le mouvement, sans rien proposer, et ils ne peuvent prétendre jouer un rôle "important"; ou ils avancent des propositions, et se placent dans le rôle d'une avant -garde, qu'ils le veuillent ou non, même si c'est une avant-garde confuse et incapable d'assumer son rôle.
Une autre source d'informations sur la Grèce, que m'a signalée Futur Rouge: Info-Grèce.






