Récapitulons:

1 La crise actuelle est une crise structurelle, une crise de surproduction, et non un mauvais moment à passer.

2 Pour survivre, le capitalisme va tenter de créer des marchés artificiels (plans de relance) par la dette et l'aide au crédit.

3 Pour les travailleurs et l'ensemble des classes populaires, cela signifie une attaque aggravée contre les acquis sociaux, et en particulier tout ce qui peut protéger les travailleurs contre les capitalistes, et leurs exigences d'une augmentation brutale du profit, de l'exploitation du travail.

4 Afin de faire accepter cette politique de destruction massive des acquis, la bourgeoisie va utiliser tous les moyens de propagande à sa disposition.

Mais cela ne suffira pas. Les plans de relance ne vont pas fonctionner, sinon de façon marginale ou éphémère. La propagande ne pourra pas, à elle seule, faire taire la colère des peuples. Cette propagande alors s'orientera de plus en plus -elle le fait déjà, mais ce n'est qu'un prélude- , vers la justification de l'armement de l'État bourgeois contre les masses.

Diviser les peuples

On l'a déjà vu dans l'article précédent, sur le plan propagandiste, il s'agira d'abord d'aggraver les divisions: racisme, communautarisme, jeunes contre vieux, chômeurs contre travailleurs, secteur privé contre secteur public, etc. Usant de la peur de la criminalité et des désordres créés par sa propre crise, et amplifiés par sa propagande,  l'État bourgeois se présentera comme le défenseur de l'intérêt général contre tel ou tel intérêt particulier, en comptant sur la propagande  pour cacher que cette somme d'intérêts "particuliers" constituent l'écrasante majorité des peuples.

Tout cela, elle le fait déjà; mais en mode mineur. Cela ne pourra que s'amplifier. Les armes qu'elle a tournée contre le peuple ne connaîtront pas de coupures budgétaires, bien au contraire.

Assauts directs contre la classe ouvrière

Usant de la criminalisation de toute forme d'opposition, en commençant par les révoltes les plus inconscientes, (que des provocateurs infiltreront et manipuleront de temps à autre),  puis passant à toute expression radicale d'opposition politique, assimilée au terrorisme,(dont les actions pourraient opportunément reprendre),  l'État bourgeois en viendra à écraser toute forme d'action ouvrière: la criminalisation des grèves, au nom du "droit du travail" (terme de la propagande bourgeoise signifiant "droit au profit"), porte en elle les milices privées et l'intervention militaire. Aux huissiers vont succéder les assassins.

La violence et les massacres, base du pouvoir bourgeois

Il en a toujours été ainsi. A chaque fois que sa domination a été menacée, le vernis de la démocratie s'est craquelé, et la bourgeoise a laissé voir le visage hideux de sa tyrannie, marqué de traînées de sang laissées par d'innombrables massacres de ses opposants. De la répression de la Commune et de l'insurrection spartakiste, en passant par la guerre civile contre la Russie, par le nazisme et les fascismes de l'entre-deux-guerres, par les guerres civiles d'Espagne et de Grèce, par les guerres coloniales, jusqu'aux coups d'État fascistes innombrables  dans les années 60 et 70 (Congo, Indonésie, Chili, etc.) et l'aide au "fascisme vert" de l'intégrisme musulman depuis la 2e guerre jusqu'à aujourd'hui comme à l'écrasement du peuple palestinien par l'État colonial d'Israël: le capitalisme prend racine dans le sang des peuples. 

Il ne défend la démocratie, moins chère et plus stable, donc plus favorable à ses besoins strictement économiques, que lorsqu'il se sent hors d'atteinte. Il n'a jamais désarmé pour autant.

La "stratégie de la tension" et autres préparatifs militaires en Europe dans les années 70 montrent que les secteurs les plus en pointe dans la lutte contre les masses et les oppositions, étaient prêts à imposer la dictature en Europe partout où cela s'avérerait nécessaire, comme en Grèce en 1967. Mais les directions social-démocrates et syndicales étaient encore capables de canaliser les révoltes et les espoirs, et le capitalisme put faire l'économie des dictatures.

Jamais la bourgeoisie n'abandonnera volontairement son pouvoir. La haine de ceux qui s'opposent à elle est distillée dans toutes le couches de la population, par amalgames, calomnies et mise en scène. Les gens de gauche sont déjà des amis des criminels en attendant d'être des criminels eux-mêmes, grâce entre autres aux mensonges distillés sur la prétendue mollesse de la gauche contre la criminalité. Les révolutionnaires, eux, sont des rêveurs inconscients qui portent en eux le germe du terrorisme et de la dictature. Et les travailleurs sont des corporatistes, en attendant d'être des saboteurs.

Contre la liberté d'expression

La répression, ce n'est pas seulement la violence. C'est aussi faire taire toute liberté d'expression. Le mécanisme naturel au sein du capitalisme, de concentration des groupes de presse dans les mains de quelques magnats, a pour premier but de faire plus de profit. Mais cela sert aussi à faire taire toute source d'informations indépendante. Actuellement, le premier motif, le profit, explique que les infos ne sont pas encore systématiquement tronquées;  qu'elles contiennent encore souvent des éléments d'informations qui, intégrés dans une analyse globale, peuvent réellement aider à comprendre ce qui se passe. Si cette presse se contentait de répéter littéralement la propagande bourgeoise, elle cesserait de se vendre.

Mais quand la lutte s'intensifiera, le second objectif de cette concentration prendra le dessus: faire taire toute information indépendante. La bourgeoisie utilisera d'autres moyens que la concentration des médias. On condamnera, on calomniera, et si cela ne suffit pas, on assassinera les journalistes insuffisamment serviles, comme ce fut maintes fois le cas par le passé.

Internet et autres espionnages

Quant à Internet, ce marché formidable, mais aussi cet espace de liberté, (la première caractéristique expliquant l'autre, dans la société capitaliste), il a le très grand mérite non seulement de pouvoir être aisément surveillé (un peu comme si on demandait aux organisations d'opposition de tenir leurs réunions dans les bureaux des services de renseignements),  de pouvoir facilement repérer les responsables, les sabotages facilités (de nombreux virus pourraient s'attaquer aux sites oppositionnels), et puis, en dernière instance, complètement inaccessible à toute opposition.

La surveillance ne se limitera pas à Internet. Les plans "Edvige", Patriot act et autres du même genre (EDVIRSP, etc ) vont être étendus, ouvertement au nom de l'antiterrorisme, ou plus secrètement.

Répression sociale

Les employeurs surveilleront mieux (au besoin, l'État les y encouragera) l'activité politique de leurs employés, et licencieront ou n'engageront plus tout élément trop actif dans les luttes.

Toutes les méthodes de pressions psychologiques déjà utilisées dans le harcèlement dans l'entreprise pour augmenter la productivité seront utilisées dans la lutte politique, etc...

La privatisation de la répression

L'État ne sera pas la seule source de la répression bourgeoise. On aura recours au privé, tant pour la surveillance,  (voir l'affaire "Taser/Besancenot", en soi anecdotique, mais révélatrice des modes d'actions disponibles à la bourgeoisie) que pour la répression des grèves (rappelons pour les Etats-unis la répression des grèves par  l'agence Pinkerton au XIXe siècle ou par les gardes de sécurité de Henry Ford,le promoteur du travail à la chaîne, antisémite notoire et proche du gouvernement nazi, ou "les raids Palmer" : tout cela est ancien, mais plus pour longtemps) et la répression de toute opposition.

A cet égard, le rôle de la société de sécurité "Blackwater" en Irak est symptomatique. Milice privée en ce sens qu'elle échappe à tout contrôle démocratique, mais non au financement public: 6 milliards sur les 48 dépensés par les États Unis en Irak l'ont été pour ces milices.(source)

La dictature en pente douce

Tout cela est déjà, à des degrés divers, en route. Mais la bourgeoisie n'est pas pressée: toute mesure de répression inadaptée risque de provoquer des réactions incontrôlables. La bourgeoisie a tiré les leçons des luttes antérieures. La dictature ne va que lentement et très progressivement remplacer cette caricature de démocratie qu'est la démocratie parlementaire "qui s'arrête aux portes des entreprises", c'est-à-dire est exclue du cœur même de la société. 

Vers les guerres

Cette militarisation de la société se fera en même temps qu'une intervention croissante de l'État dans l'économie, et qu'une aggravation de la concurrence entre États bourgeois. Il est probable qu'une guerre mondiale, à la manière des deux précédentes sera évitée, à cause des risques énormes d'autodestruction. Le risque en sera néanmoins gravement accru. Mais c'est surtout sous formes de multiplication de conflits locaux et indirects que les guerres, déjà nombreuses et effroyables, vont s'étendre.

La guerre a divers avantages pour la bourgeoisie: au nom de l'unité du pays en temps de guerre, on peut faire taire toute opposition, traiter comme ennemis du pays les travailleurs et leurs alliés en lutte contre leur États. Mais surtout, cela permet une destruction à grande échelle des forces de production excédentaires, bien mieux que les faillites dans les crises financières, et dès lors, cela pourrait permettre au capitalisme de sortir de la crise qu'il traverse actuellement. Jusqu'à la prochaine. N'oublions pas  que c'est bien ainsi, grâce à la deuxième guerre mondiale, et non grâce au "New deal" et ses effets éphémères, que les États-Unis ont pu surmonter la crise de 1929.

Mieux que la répression: la peur de la répression.

La répression est une arme dangereuse à utiliser, qui peut mettre le feu aux poudres. Aussi la bourgeoisie essaiera surtout d'utiliser une autre arme, beaucoup plus efficace: la peur de la répression. On frappera les secteurs/pays/courants d'opposition, les plus faibles ou les plus isolés pour décourager les luttes plus puissantes.

Ainsi, ceux-là même qui dénoncent la brutalité de la société bourgeoise se font les vecteurs des intérêts de celle-ci, lorsque cette dénonciation n'est pas accompagnée de l'analyse des moyens d'y faire face, lorsque l'on ne montre pas que, malgré sa puissance formidable, et ses moyens sans scrupules, la bourgeoisie reste fragile face aux actions déterminées et conscientes de la classe ouvrière.

Ce sera l'objet du prochain article de cette série.