30 mai 2009
L’essoufflement des mobilisations en France ... ou la crise de la direction révolutionnaire
C’est à juste titre que les grands organisateurs de défaites que sont les bureaucraties réformistes à la tête des confédérations syndicales françaises ont reçu les félicitations de Fillon, le Premier ministre de Sarkozy. Leur tactique de démobilisation systématique (faite de « journées nationales » à répétition, sans lendemain) a commencé à venir à bout d’une des plus fortes mobilisations ouvrières qu’ait connues ce pays.
Les énormes manifestations centrales des 29 janvier et 19 mars – sur fond de grèves plus locales, dures – ont traduit non seulement la profondeur de la colère et le refus de payer la crise des capitalistes, mais aussi les attentes de la classe ouvrière d’une contre-attaque à l’offensive bourgeoise et d’une alternative au travers des luttes. Le Premier Mai, éparpillé sciemment par les appareils confédéraux en une multitude de rassemblements locaux, a montré les premiers signes d’une démobilisation. Les deux journées appelées le 26 mai (une journée sans aucune consigne !) et le 13 juin (sans appel à la grève : un samedi, et juste avant les vacances qui, espèrent nos bureaucrates, achèveront toute volonté de lutte) s’annoncent pire encore.
La situation, qui était grosse d’une grève générale bénéficiant, en plus, du soutien actif d’une majorité de la population (et qui objectivement, par elle-même, aurait posé la question du pouvoir non seulement du sieur Sarkozy mais de toute la classe bourgeoise), risque de se retourner dangereusement contre la classe ouvrière et les couches populaires. Et ce, avant tout, de par le sabotage (planifié rien moins que sur six mois !) de ces « lieutenants ouvriers de la bourgeoisie » que dénonçait déjà Lénine et qui ont la mainmise sur les syndicats. Pour nous qui sommes confrontés depuis des années à la politique de collaboration de classes des réformistes à la tête des syndicats et des partis ouvriers, ce n’est aucunement une surprise. Mais il y a des trahisons qui sont pires que d’autres. Dans la situation de crise dramatique, historique, que connaît actuellement le capitalisme en faillite, c’est ouvrir la porte à la plus brutale des offensives réactionnaires.
Déjà, le pouvoir s’engouffre dans les brèches que ses « lieutenants » ont ouvert dans la mobilisation : plus de 70 manifestants électriciens et gaziers (dont des syndicalistes) ont été arrêtés comme de vulgaires malfaiteurs et placés en garde à vue pendant une journée. Mais ce n’est que la partie la plus visible de l’iceberg : la répression policière et judiciaire contre les grévistes, manifestants, militants syndicaux s’est brutalement intensifiée, de concert avec une campagne de dénonciation des « agitateurs d’extrême gauche » (reprise en version soft par les bureaucrates réformistes...) Cette criminalisation du mouvement social, profitant de la trahison réformiste, vise à intimider et briser la résistance aux plans antisociaux de la bourgeoisie. Et il n’est guère étonnant de voir réapparaître aujourd’hui le langage guerrier (et les mesures réactionnaires, et ce dans tous les domaines de la société) que Sarkozy et ses sbires avaient mis provisoirement en veilleuse, le temps de laisser passer l’orage social...
Rien n’est encore joué. Certes, la bourgeoisie et son gouvernement se sentent à nouveau le vent en poupe. Certes, les signes d’une démobilisation sont là. Certes, les forces qui y œuvrent (nos « faux amis ») sont toujours actifs aux commandes. Mais les oppositions à leur politique grandissent au sein même des syndicats, y compris chez les responsables syndicaux. Parmi les travailleurs, la volonté de résistance est probablement entamée mais pas éradiquée. Des luttes dures (peu médiatisées) continuent d’éclater. Mais elles sont pour l’heure isolées, donc plus vulnérables, alors que, partout, ce sont les mêmes préoccupations face à la crise capitaliste : l’emploi et les salaires. La convergence de ces luttes est posée, objectivement. Malheureusement pas « subjectivement » : A nouveau, se pose crûment la dramatique question de la direction de la classe ouvrière. Une direction qui ait un clair programme de lutte de classe et la ferme volonté d’en découdre avec le gouvernement et le patronat.
Les bureaucrates cachent aujourd’hui, comme ils le font régulièrement, leurs trahisons derrière l’argument que « les travailleurs ne sont pas prêts »... Il n’est pas question de mythifier ici, comme ont pu le faire certains gauchistes, la soi-disant « spontanéité révolutionnaire des masses ». Il s’agit de comprendre que la volonté de lutte tout comme la conscience de la grande majorité des travailleurs oscillent, et plus souvent vers le bas que vers le haut. C’est bien pour cela qu’est indispensable en permanence une direction, soi-disant plus consciente, capable de résister à de telles variations de mobilisation et de conscience.
Son rôle n’est certes pas de « décréter la grève générale », comme nous en accusent les bureaucrates ; il est, y compris au cours du travail de défense quotidienne, de convaincre patiemment (par sa propagande, son argumentation, son agitation, ses mots d’ordre,...) de la nécessité, surtout dans les conditions actuelles, de centraliser, unifier, durcir les luttes pour envisager de faire reculer une classe dirigeante bien déterminée à briser la classe ouvrière pour sauvegarder ses profits menacés par la crise ; il est – c’est le b.a. ba, si l’on veut convaincre - d’afficher aux yeux des travailleurs sa volonté d’agir en ce sens ; il est d’organiser, de renforcer et consolider les instruments de lutte que sont les syndicats, d’en créer d’autres plus ponctuels mais plus larges (comité de grève, comité de lutte, etc.) En bref, il est de se préparer et de préparer les travailleurs aux luttes de classe intenses. Et, quand elles éclatent, il est d’agir comme un véritable état-major capable de les diriger vers un affrontement centralisé avec la bourgeoisie, en s’appuyant sur les secteurs les plus mobilisés pour entraîner les autres, en donnant les moyens de gagner en termes de consignes, formes de luttes, revendications, formes d’organisation, d’élargissement des couches sociales susceptibles de se joindre à la classe ouvrière, etc. etc.
Une telle direction n’existe pas dans ce pays ni dans aucun autre pays capitaliste. Nous devons comprendre et expliquer que c’est cette absence non seulement qui hypothèque les luttes actuelles mais qui empêche de s’attaquer sérieusement à la racine de tous nos maux – le capitalisme – pour pouvoir enfin satisfaire réellement et durablement nos revendications en instaurant une société basée non plus sur le profit-roi mais sur les valeurs et besoins humains.
Doter la classe ouvrière d’une telle direction (un parti révolutionnaire) est une tâche primordiale qui s’impose à tous ceux qui veulent véritablement combattre le capitalisme. Comment construire ce parti ouvre un autre débat...
G.G.
Paris, le 25 mai 2009
04 février 2009
Commentaires sur les luttes en France
Je reprends ici les commentaires que m'a envoyé un lecteur de France sur les luttes actuelles:
Une grosse mobilisation ouvrière en France à l'occasion de la « journée
nationale d'action interprofessionnelle et intersyndicale » du 29
janvier a redonné une certaine confiance à la classe ouvrière
dans ses capacités et reflète une profonde et large volonté de
lutte face à la crise et à la politique réactionnaire du
gouvernement.
Une volonté de lutte mais également le sentiment, plus ou
moins explicite, que les actions de protestation syndicales
habituelles ne suffiront pas à faire reculer un pouvoir bien décidé à
faire payer la crise aux travailleurs et aux couches populaires (et qui renforce son autoritarisme), qu'il faudra donc mettre le paquet et « tous ensemble ».
Difficile de prévoir le cours à venir de la lutte des classes ici... Car si le sentiment largement répandu parmi les travailleurs les plus avancés qu'il faut engager une épreuve de force générale avec un ennemi de classe prêt à en découdre est un sentiment « positif », il peut faire aussi hésiter les travailleurs à s'engager dans une telle lutte face au manque de détermination de leurs directions.
D'un autre côté, les
bureaucraties confédérales, quelle que soit leur volonté de
collaborer avec la bourgeoisie et son gouvernement, peuvent
difficilement ne pas répondre (de façon certes déformée et
partielle) à la volonté de leur base, telle qu'elle s'est exprimée le
29 janvier. La nouvelle réunion intersyndicale de ce soir va donner
une indication. Il faut s'attendre, à un moment ou un autre, que la
division syndicale joue à nouveau un rôle démobilisateur, les plus «combatifs
», « lutte de classe » en paroles, se servant des trahisons les plus
ouvertes des plus ouvertement pourris (la direction Chérèque de la CFDT,
pour ne pas les nommer) pour justifier leur propre refus d'engager le
combat nécessaire. Autre élément démobilisateur : les élections
européennes.
Déjà, ici, les grandes manœuvres ont commencé à gauche.
PS, Verts, PCF, PG sont entrés en période électorale, et le NPA est
déjà courtisé... Ça recommence à manœuvrer ! Il faut craindre que la
combativité ouvrière soit détournée du terrain des luttes vers le
terrain électoral. En tout cas, la « pression » est telle à la base
qu'une « journée nationale d'action » ne suffira probablement pas à
évacuer toute la « vapeur » ! Les directions syndicales sont prises
entre deux feux. La contradiction bien connue des bureaucraties
réformistes, mais exacerbée dans la situation actuelle. Cela ouvre quelques brèches potentielles.
De son côté, le gouvernement bourgeois a lui aussi des marges de manœuvre restreintes. Avec pour arrière-fond la Grèce et une situation tendue dans bon nombre de pays européens, il craint une nouvelle explosion sociale qui, dans les conditions actuelles, risque de prendre assez vite un caractère pré-révolutionnaire, et peu contrôlable vu l'état de la gauche réformiste.
De l'autre côté, Sarkozy doit maintenir son cap des contre-réformes «libérales » (à l'origine de la mobilisation) dont a encore plus besoin le capitalisme français avec la crise qui vient d'éclater. Et il a peu de « grain à moudre » à donner aux bureaucraties syndicales pour qu'elles brisent la mobilisation sociale sans trop de casse pour elles. Mais, même s'il a la volonté pour cela, jusqu'à quel point est-il prêt à engager une épreuve de force, comme celle que Thatcher a engagé en Grande-Bretagne pour briser le mouvement ouvrier ? Plutôt un mélange de « bâton » et « carotte », en jouant à fond la division ? En tout cas, on s'avance certainement vers un « bras de fer » assez prolongé, dont il est à craindre que sans victoire même partielle il aboutisse à une démoralisation globale qui ouvrira les portes au rouleau compresseur de la réaction sociale et politique. Mais, pour le moment, la période actuelle reste relativement favorable à la fois pour redonner une certaine confiance aux travailleurs dans leur capacité de lutter, y compris dans l'unité, et pour développer plus largement le programme révolutionnaire du marxisme, regrouper autour de ce programme et préparer ainsi les échéances à venir, plus dures encore.
Jean, lundi 2 février
20 décembre 2008
4000 manifestants à Douai pour la grève générale
Je reproduis ici le communiqué du COLLECTIF UNITAIRE POUR UN FRONT SYNDICAL DE CLASSE. Elle montre la détermination des ouvriers, d'une part à s'allier avec les lycéens, d'autre part à affronter le gouvernement capitaliste, malgré l'opposition des directions syndicales:
4000 MANIFESTANTS DANS LES RUES DE DOUAI CE 18 DECEMBRE 2008
A L'APPEL DE L'UL DES SYNDICATS CGT DU DOUAISIS REJOINTE PAR LA CFTC, LA FSU, LA CONFEDERATION PAYSANNE...
Les
travailleurs des entreprises douaisiennes, pour la plupart en congés
forcés ou en chômage technique, comme Wagon ,Afr, Faurecia Somain,
Aldi, Renault, St Gobain, Agc Automotiv, Auchan, Inoplast, Siac, les
Retraités, etc, etc (excusez, la liste est trop longue pour
les citer tous) ont fait la jonction avec les lycéens en grève
contre les projets contre l'enseignement public de Sarkosy et
les siens.
Des délégations de toutes la Région, Seclin,
Valenciennes, Arras, Lillers, Avesnois, etc, etc étaient venues
manifester avec eux. Les travailleurs de Dunkerque avec leur UL
manifestaient à la même heure dans leur ville. Pendant 1h30,
dignement, jeunes et travailleurs côte à côte, avec les mêmes
slogans contre la misère, le capitalisme, l'Europe, ont battu les
pavés douaisiens. La manif s'est achevée et tous, TOUS ENSEMBLE,
ont décidé de relancer l'action et préparer la grève générale
dès le début janvier. Un des principaux slogans était : "CONTRE
LE CAPITALISME LA GREVE GENERALE !!!"
A DOUAI, la centaine de
syndicats fidèles à leur UL, travaillent pour créer les conditions
de la grève générale seul moyen de mettre à genoux patrons et
gouvernement. Il est à noter que les les dirigeants des UD du
Nord et du Pas de Calais et de la Région avaient ordonné à leurs
UL et à certains syndicats de ne pas se joindre à la manifestation
de Douai ce 18 décembre. Le motif officiel est que l'UL CGT de Douai
serait illégitime (alors qu'elle regroupe l'écrasante majorité des
bases organisées et de masse) mais le fond est d'essayer de casser
qui luttent et résistent au réformisme à la sauce CES.
Quel
camouflet pour ces briseurs de grève !!!
Qu'importe pour CES
GENS LA, le sort des milliers de travailleurs qui souffrent dans
notre arrondissement et dans la région avec la crise de
l'automobile. leur objectif unique est en finir avec ces syndicats et
UL qui résistent à la dérive syndicale de notre CGT.
Thibault, le patron, dimanche dernier sur RTL appelait à la grève
générale immédiate, et le lendemain il s'aliénait aux autres
centrales syndicales pour une journée d'action le... 29 JANVIER
PROCHAIN (aucun des thèmes retenus pour cette journée pour
la mobilisation ne s'en prend d'ailleurs au patronat et au
capitalisme).
POUR LES TRAVAILLEURS ET LES JEUNES DU DOUAISIS, PAS QUESTION D'ATTENDRE LES CALENDES GRECQUES C'EST MAINTENANT QU'IL FAUT AGIR ET TOUS ENSEMBLE DANS LA GREVE GENERALE. ILS SE SONT DONNES RENDEZ VOUS DES LE DEBUT JANVIER POUR ORGANISER D'AUTRES INITIATIVES COMMUNES.

