Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

25 décembre 2008

L'épidémie de l'impuissance?

Sommaire du blog

Divergence est un blog personnel, non le site d'une organisation. Par conséquent, il reste ouvert à l'expression d'autres courants politiques que celui auquel appartient l'auteur, des courants ayant en partage le refus de l'ordre des choses, le refus du capitalisme. J'y reviendrai souvent: il est essentiel, plutôt que de s'ignorer ou de chercher une unité factice, que les divers courants d'opposition s'écoutent,et si possible se parlent, sans craindre ni critiques ni débat.

Ayant reçu hier soir par mail cette déclaration signée par "des parisiens", (source bien vague qui la plupart du temps me pousserait à refuser la publication), et la demande de la diffuser, j'ai jugé cela tout à fait compatible avec ce blog, malgré d'évidentes divergences.  De ces divergences, il est fait état dans le titre, et elles seront expliquées plus loin.

Bonjour,
Le texte  ci-dessous commence à apparaître en affichage sauvage à Paris. Il est libre d'utilisation, transformation, amélioration...
Nous comptons sur vous pour le diffuser, si vous estimez cela nécessaire.
Cordialement,
   Des Parisiens

DES ÉVÉNEMENTS EN GRECE

Ces émeutes, à distance, ont déjà fait reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments, blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’Etat et ses sbires. Ce n’est que lorsqu’il parle tout seul qu’un ministre peut évoquer « un dialogue serein » (les mots du ministre de l’éducation nationale il y a quelques jours). Ici, comme en Grèce, la discussion ne peut commencer que par la contestation en actes des forces répressives. Leur existence est déjà une insulte.
La liberté fait ses premiers pas quand on n’a plus à trembler devant des flics, des vidéo-surveillants et le fichage généralisé. Les lois sont faites pour nous apeurer, nous décourager et plus généralement nous interdire de faire quoi que ce soit. En Grèce la peur et la résignation changent de camp
(« Aujourd’hui, le peuple est en colère contre tout, contre la mort d’Alexis, contre la police, contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes le bouclier. (…) Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village, où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille. Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge », un policier grec dans le Figaro du lundi 22 décembre 2008) :

L’INSURRECTION CONTINUE. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points : il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien de toute une population, de gens sans revendications ni représentants, mais dont nous partageons certainement les intentions (disparitions de tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts, journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire pour s’y insérer, et autres « aides » de l’Etat quand on s’en éloigne).
En cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures années et celles qui suivent ; ils continuent.
Saisissons chaque occasion de rappeler la lutte exemplaire qui se déroule en Grèce. Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos sur internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs, les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour un monde qui nous empoisonne.

FAISONS MIEUX.

En région parisienne, le mardi 23 décembre 2008.

***

Il y a dans ce texte des accents qu'il fait plaisir de retrouver: sur la peur qui change de camp, sur la profondeur de la révolte, sur les premiers pas de la liberté, sur le refus des fausses solutions et des fausses directions, sur cette conclusion que rien ne peut être pire que de travailler pour construire sa propre prison, et enfin sur cet appel à faire mieux.

Faire mieux, justement. C'est là que je ne suis plus en accord avec l'orientation qui parcourt ce texte, et qui, par ses contours vagues et anti-organisés,  rappelle ce en quoi les événements grecs ne sont pas exemplaires, et ne doivent pas être reproduits: l'incapacité à s'organiser derrière une orientation claire, à se donner des moyens efficaces de changer le monde, à  lier la révolte des jeunes aux luttes des travailleurs, à transformer une révolte en une force réelle de changement. S'agiter n'est pas agir, et ce texte n'invite guère plus qu'à une agitation désordonnée, qui ne pourra que manquer son but.

C'est André Breton qui disait, je crois, que les gens de quarante ans ou plus n'ont guère de leçons à donner aux plus jeunes, étant donné le monde inacceptable qu'ils leur lèguent. Des leçons, non. Mais une invitation à rester fidèle à la révolte, au refus de la résignation, qui s'exprime à travers les événements grecs comme à travers des textes comme celui-ci, oui.

Etre fidèle, ce n'est pas se singer, singer les autres: être fidèle à la révolte suppose que l'on ne se contente pas de l'exprimer, par des textes ou des actes, mais que l'on cherche à lui donner corps, à la réaliser.

Ceci implique des réactions peut-être moins exaltantes que l'affrontement direct, comme l'analyse de la société pour comprendre comment on est arrivé là et surtout comment on peut vraiment en sortir; comme la tentative patiente d'enraciner cette révolte dans les mouvements qui traversent cette société et qui seuls peuvent l'amener à se réaliser, et en premier lieu, les luttes ouvrières contre l'exploitation et la misère; comme la construction patiente et obstinée d'instruments de lutte pour abattre  la société actuelle et empêcher la perpétuation de ses crimes, en premier lieu une organisation révolutionnaire qui oriente et unit la lutte vers cet objectif central: renverser les gouvernements bourgeois et établir une société fondée sur la justice sociale et le libre développement de l'individu.

Réfléchir, s'organiser, construire : la fidélité est exigeante. Mais elle est bien là, et non dans l'imitation servile et immédiate d'actes passés, qui en l'absence de vrais efforts pour réaliser leurs objectifs, ne deviendront plus que des poses, qui sous couvert d'intransigeance, trahiront de fait la révolte qui les animait à l'origine.

La révolte grecque, dans les voies qu'elle s'est donnée, ou plutôt qu'elle ne s'est pas donnée, ne pourra qu'aller à l'échec. Faut-il vraiment une épidémie de l'échec? Ne nous laissons pas tromper par la peur des gouvernements: si ceux-ci reculent, ce n'est pas par peur de ce qui se passe en Grèce, mais par peur de ce que pourraient devenir de telles révoltes: des révolutions. Passer de la révolte à la révolution implique bien autre chose que la contagion de l'exaltation: sa tranformation en volonté révolutionnaire.

***

Voir les événements en Grèce sur Divergence.

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18 décembre 2008

Déclaration de l'assemblée générale des travailleurs insurgés d'Athènes

Voir informations et éléments d'interprétations dans Grèce: dernières nouvelles (18 décembre)


Nous déterminerons notre histoire nous même ou nous la laisserons être déterminée sans nous.

Nous, travailleurs manuels, employés, chômeurs , intérimaires et
précaires, locaux ou migrants, ne sommes pas des téléspectateurs
passifs. Depuis le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos le samedi soir,
nous participons aux manifestations, aux affrontement avec la police,
aux occupations du centre ville comme des alentours. Nous avons dû
maintes et maintes fois quitter le travail et nos obligations
quotidiennes de prendre les rues avec les lycéens, les étudiants et les
autres prolétaires dans la lutte.

NOUS AVONS DECIDE D’OCCUPER LE BATIMENT DE LA CONFEDERATON GENERALE DES TRAVAILLEURS EN GRECE (GSEE)

   Pour le transformer en un espace de libre expression et un point de rendez-vous pour les travailleurs,

Pour dissiper les mythes encouragés par les médias sur l’absence
des travailleurs des affrontements, que la rage de ces derniers jours
ne serait que l’œuvre de quelques 500 « cagoulés » (koukoyloforon), «
hooligans », ou d’autres histoires farfelues, alors que dans les
journaux télévisés les travailleurs sont présentés comme des victimes
de ces affrontements, et alors que la crise capitaliste en Grèce et
dans le Monde mène à des licenciements innombrables que les médias et
leurs dirigeants considère comme un « phénomène naturel ».

Pour démasquer le rôle honteux de la bureaucratie syndicale dans le
travail de sape contre l’insurrection, mais aussi d’une manière
générale. La Confédération générale des travailleurs en Grèce (GSEE),
et toute l’intégralité de la machinerie syndicale qui le soutient
depuis des dizaines et des dizaines d’années, sape les luttes, négocie
notre force de travail contre des miettes, perpétue le système
d’exploitation et d’esclavage salarié. L’attitude de la GSEE mercredi
dernier parle d’elle même : la GSEE a annulé la manifestation des
grévistes pourtant programmée, se rabattant précipitamment sur un bref
rassemblement sur la place Syntagma, tout en s’assurant simultanément
que les participants se disperseraient très vite, de peur qu’ils ne
soient infectés par le virus de l’insurrection.

Pour ouvrir cet espace pour la première fois, comme une
continuation de l’ouverture sociale créée par l’insurrection elle-même,
espace qui a été construit avec notre contribution mais dont nous avons
été jusqu’ici exclus. Pendant toute ces années nous avons confié notre
destin à des sauveurs de toute nature, et nous avons finit par perdre
notre dignité. Comme travailleurs, nous devons commencer à assumer nos
responsabilités, et cesser de faire reposer nos espoirs dans des
leaders « sages » ou des représentants « compétents ». Nous devons
commencer à parler de notre propre voix, nous rencontrer, discuter,
décider et agir par nous même. Contre les attaques généralisées que
nous endurons. La création de collectifs de résistance « de base » est
la seule solution.

Pour propager l’idée de l’auto-organisation et de la solidarité sur
les lieux de travail, de la méthode des comités de luttes et des
collectifs de base, abolir les bureaucraties syndicales.

Pendant toutes ces années nous avons gobé la misère, la résignation,
la violence au travail. Nous nous sommes habitués à compter nos blessés
et nos morts - les soit disant « accidents du travail ». Nous nous
sommes habitués à ignoré que les migrants, nos frères de classe -
étaient tués. Nous sommes fatigués de vivre avec l’anxiété de devoir
assurer notre salaire, de pouvoir payer nos impôts et de se garantir
une retraite qui maintenant ressemble à un rêve lointain.

De même que nous luttons pour ne pas abandoner nos vies dans les
mains des patrons et des représentants syndicaux, de même nous
n’abandonnerons pas les insurgés arrêtés dans les mains de l’Etat et
des mécanismes juridiques.

LIBERATION IMMEDIATE DES DETENUS

RETRAIT DES CHARGES CONTRE LES INTERPELLES

AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS

GERVE GENERALE

ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS DANS LES BATIMENTS LIBERES DE LA GSEE Mercredi 17 décembre à 18 heures

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15 décembre 2008

Grèce : nouveaux éléments

Par la lecture du site du "EEK" , une organisation trotskiste grecque partie prenante des événements actuels, on peut avoir d'autres éléments que ceux qui furent mentionnés dans les articles précédents: Grèce, radicalisation des luttes et NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales.

Les informations données par les camarades de l'EEK confirment le rôle décrit précédemment par les syndicats dans l'annulation de la manifestation initialement prévue. Par contre il apparaît que les directions réformistes de Syriza, dont les eurocommunistes,  n'ont pas résisté beaucoup plus longtemps aux pressions conjointes du gouvernement, du Pasok et du parti stalinien KKE.

Ce dernier n'a pas hésité à traiter les jeunes manifestants de "talibans", "trafiquants de drogue", agents de la CIA, bref du stalinisme pur sucre,  et a dénoncé les eurocommunistes du  Synaspimos et leurs alliés dans Syriza de "protéger les hooligans et les provocateurs". Si dans un premier temps, Syriza, comme je l'indiquais dans les articles précédents, a voulu maintenir la manifestation initiale, cette organisation réformiste qui tentait de jouer les intermédiaires entre l'État et les manifestants a finalement cédé aux pressions et a appelé  aussi à un  meeting en remplacement de la marche.

Celle-ci a cependant eu lieu, organisé par un certains nombre d'organisations d'extrême-gauche: le MERA (front de la gauche radicale  dont est membre l'EEK), l'ENANTIA (gauche anticapitaliste unie) deux organisations maoïstes et le mouvement anti-autoritaire (anarchistes). Certaines sections syndicales, particulièrement du secteur public et des enseignants, se sont jointes à la marche, qui a regroupé près de 25 000 personnes, chiffre exceptionnel pour l'extrême-gauche.

Dans la faculté de droit occupée, des assemblées d'étudiants et de travailleurs ont organisé la coordination de leurs luttes, en formant le Centre d'Action Indépendante. Une déclaration y a été votée (qui, si je ne me trompe, est celle que reproduit le n° 15 du bulletin du CCI (T) ) et que l'on retrouve en anglais sur le site d'une autre organisation trotskiste, l'OKDE.

Dans les jours qui ont suivi, l'"intifida grecque", selon les termes de l'EEK, s'est poursuivie dans tout le pays. Quant à la répression, après que le gouvernement de droite ait tenté en vain de convaincre les autres organisations parlementaires de déclarer l'Etat d'urgence, a envisagé (ou envisage encore) un "état d'exception". On remarque parmi ceux qui chargent les manifestants des groupes paramilitaires d'extrême-droite, dont le "Golden dawn".

Je renvoie à ceux qui connaissent l'anglais au site de l'EEK .

policier_en_feu

Par ailleurs "Futur rouge" publie l'interview d'un dirigeant anarchiste Yannis Androulidakis, secrétaire international du syndicat grec ESE (anarchosyndicaliste) .

Cet interview confirme, quoique de manière plus vague quant au rôle de chaque organisation, ce qui a été dit plus haut, en insistant, comme le fait l'EEK, et que j'ai omis de mentionner, sur le rôle de pointe dans certains affrontements des jeunes de 15 ans et moins, trop peu conscients du danger. 

Il rappelle aussi, de manière circonstanciée,  la violence de la répression policière, alors que l'on voit la presse internationale s'interroger sur la soi-disante "permissivité" de la police!

Il insiste aussi fortement sur le rôle selon lui central des anarchistes dans le déclenchement du mouvement. Et signale le refus de lutter pour le renversement du gouvernement de la part des anarchistes, parce qu'ils croient "qu'un changement de gouvernement ne peut pas changer nos vies..."

Autrement dit, au nom d'un radicalisme anticentralisateur, les anarchistes refusent d'orienter la lutte dans un sens révolutionnaire, abandonnent le terrain du pouvoir à l'Etat bourgeois, se contentant de suivre les décisions des assemblées sans rien proposer pour "ne pas jouer le rôle d'une avant-garde". Effectivement, aucun risque. Mais on se demande alors à quoi servent les organisations anarchistes, en tant que telles, au-delà du courage et de la détermination des éléments individuels aux côtés des étudiants, et qui est indéniable. 

Il ya quand même une incroyable contradiction entre ces affirmations du "rôle important des anarchistes" et le refus d'être une "avant-garde". De deux choses, l'une: ou ils suivent le mouvement, sans rien proposer, et ils ne peuvent prétendre jouer un rôle "important"; ou ils avancent des propositions, et se placent dans le rôle d'une avant -garde, qu'ils le veuillent ou non, même si c'est une avant-garde confuse et incapable d'assumer son rôle.

Une autre source d'informations sur la Grèce, que m'a signalée Futur Rouge: Info-Grèce.




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