12 janvier 2009
Gaza: la stratégie du massacre
A Gaza, l'on tue, encore et encore. Des centaines de morts, civils, femmes et enfants. Face à l'horreur, face à l'écrasement d'un peuple, à son humiliation, la colère monte. De la colère peut naître le combat. Et par le combat, l'espoir.
Mais cet espoir ne pourra venir de la colère que si celle-ci prend conscience non seulement des faits, mais des causes, au-delà des trop rapides évidences. Et si elle ne se mue pas en rage vaine, ni ne s'éteint en résignation.
La tragédie de Gaza ne suscite pas que colère. Elle engendre aussi un faux sentiment d'impuissance.
David et Goliath...
Il y a l'immense déséquilibre militaire entre les forces en présence : d'un côté, une des armées les plus puissantes du monde, soutenue par tous les États européens et américains; de l'autre un peuple presque désarmé, laissé seul par ceux qui se prétendent ses alliés ou ses représentants, mais ne rêvent que de s'entendre avec ses assassins. Le Hamas ne tue pas des civils israéliens pour défendre la Palestine, mais pour augmenter son poids dans les négociations à venir, comme les Occidentaux cherchent à travers ces crimes à renforcer leurs positions avant de traiter avec l'Iran et la Syrie.
Ce déséquilibre des forces donne à beaucoup un sentiment d' impuissance, renforcé par l'image véhiculée par la presse d'une situation inextricable, enracinée dans des particularités locales et historiques, et condamnée à se répéter sans cesse. Sentiment d'impuissance qui peut engendrer la résignation ou les actes de désespoir violents (ces actes que par un retournement cynique les terroristes d'Etats qualifient de "terrorisme"). Résignation ou violence aveugle, en terme d'avenir, c'est la même impasse.
Mener les peuples à ces impasses, c'est le premier objectif des assassins de Gaza et de leurs alliés.
La Terreur contre les peuples
C'est une stratégie globale de la terreur qui sous-tend les massacres de la population civile perpétrés par ce délégué proche-oriental de l'impérialisme occidental qu'est le gouvernement israélien. Elle est en parfaite continuité avec les centaines de milliers de morts civils en Irak et en Afghanistan provoqués par les armées américaines et européennes. Il ne s'agit pas seulement d'écraser le peuple palestinien, d'éteindre tout espoir de paix juste, mais aussi de rétablir la peur qui fige les peuples, peur qui s'était affaiblie après l'échec de la dernière invasion israélienne du Liban, et le retrait annoncé des Américains d'Irak.
Ce n'est pas le Hamas seul, ni même principalement, qui est visé par l'armée istraélienne. Les victimes civiles ne sont pas des victimes "collatérales", mais les véritables cibles, et à travers elles, tous les peuples du Proche-Orient, cette région si stratégiquement et économiquement essentielle pour les impérialistes, et si difficile à dominer. Il s'agit à tout prix d'ôter tout espoir de liberté et de dignité, et de signifier aux peuples à quoi ils doivent s'attendre s'ils ne se soumettent pas. Gaza est un exemple.
Au-delà de la Palestine
Cependant, la signification de ce qui se passe à Gaza va bien au-delà du Proche-Orient : c'est tout peuple qui se dresserait contre ses oppresseurs qui peut se sentir légitimement visé. Loin d'être un cas particulier, l'écrasement du peuple palestinien pourrait bien annoncer ce qui attend d'autres peuples, si les seules forces capables de s'opposer aux guerres impérialistes continuent à se taire et à laisser faire. Seuls les travailleurs disposent d'une force sociale et politique potentiellement capable de mettre fin aux guerres, de faire taire les armes et d'établir une vraie paix, juste et durable.
Car la guerre n'est pas seulement une action politique, mais aussi une issue économique: c'est par la seconde guerre mondiale que l'économie capitaliste a pu sortir de la crise économique commencée en 1929. C'est seulement par des guerres qu'elle pourra s'en sortir, car les guerres détruisent le surplus productif qui était cause de la crise.Ce ne sera sans doute pas une autre guerre mondiale, mais une épidémie croissante de guerres locales, mieux contrôlables. Gaza est un terrain d'essai.
L'inéluctable aggravation de la répression
De même, la montée des révoltes contre l'aggravation de la misère et de l'exploitation suscitera la peur et la violence croissante des gouvernements bourgeois. Ils le savent. Ils s'y préparent. La guerre de Gaza n'est qu'un des visages, parmi les plus affreux, de la répression qui ne va cesser d'empirer contre tous ceux qui refuseront de se soumettre. Gaza est un prélude.
La seule manière pour les peuples d'éviter que se perpétue la société de terreur capitaliste est de s'unir en un mouvement de lutte général des travailleurs, qui s'oppose aux gouvernements de haines et de peurs.
Et en premier lieu, un mouvement ouvrier uni, syndical et politique, qui prenne la tête de la solidarité active avec le peuple palestinien, exigeant la fin des agressions israéliennes, la fin des assassinats "ciblés", la fin du blocus, le démantèlement du mur d'apartheid construit par le gouvernement colonial sioniste, le retour des exilés, la restitution des terres spoliées. Un mouvement qui organise le blocus des livraison d'armes et du financement d'Israël par les Etats américains et européens.
La paix, la vraie
A terme, en Palestine, la seule issue est un État unique, laïque et socialiste, dirigé par les travailleurs, où chaque individu dispose des droits égaux, où chaque minorité se voit garantir le respect de sa culture; un État où puissent vivre en paix tous les individus; musulmans, juifs, chrétiens, athées, au lieu d'être aujourd'hui instrumentalisés et divisés, jetés les uns contre les autres par des puissances économiques destructrices.
Il ne sert à rien de pleurer, d'appeler à la paix sans conditions, de renvoyer dos-à-dos les gesticulateurs vains du Hamas et le rouleau exterminateur d'Israël. Ce qui se passe en Palestine n''est pas une guerre religieuse, ni un combat de la démocratie contre le terrorisme, mais une opération stratégique d'une colonie occidentale pour imposer par la terreur et la mort, la toute-puissance d'une domination économique mondiale.
Face à la culture de mort du capitalisme, face aux utopies réformatrices qui renvoient dos-à-dos la violence des oppresseurs et des opprimés, le seul espoir réaliste est le combat international et solidaire de tous les travailleurs pour un monde sans guerre et sans injustices.
C'est un combat long, qui paraît aujourd'hui très loin, plus utopique encore que la paix. Pourtant, c'est la seule voie solide, réelle, car la seule qui s'attaquera aux racines du mal. Et elle est bien moins loin qu'elle n'y paraît. La crise économique même, poussant les travailleurs à la résistance, comme la violence des oppresseurs attisant la colère, ne feront que renforcer la volonté, l'union et la détermination des masses pour un monde sans guerres et sans injustices, le seul qui puisse apporter la paix.
