Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

29 avril 2009

Libérez nos camarades!

COMMUNIQUE DU CCI(T)

 

 

 

Lundi 27 avril, la Présidence de l’Université Lyon 2 organisait un vote à bulletin secret pour la reprise des cours. Les Assemblées générales étudiantes de Bron et des Quais, ainsi que les doctorants ayant appelé au boycott de ce scrutin, c’est avec le renfort de vigiles privés que la Présidence a tenté de l’organiser. Ceux-ci s’en sont alors pris violemment aux étudiants qui manifestaient devant les bureaux de vote. 

 

Alors que les étudiants sortaient de l’Université en cortège, la police a chargé et arrêté quatre étudiants. Deux ont été relâchés, mais deux étudiants, militants du syndicat FSE, connus pour leur engagement dans la grève, ont été placés en garde à vue et doivent être présentés en comparution immédiate au Tribunal le 29 avril, alors même qu’ils n’étaient pas présents sur les lieux au moment des incidents avec les vigiles !

 

Face aux protestations, aux mouvements de grèves et de manifestations qui sont chaque jour plus nombreux dans le pays, le gouvernement tente de criminaliser les mouvements sociaux et de faire passer les militants syndicaux ou politiques pour des délinquants.

Unité de toutes les organisations syndicales, politiques et démocratiques pour la libération immédiate des deux militants du syndicat étudiant FSE et l’abandon de toutes charges contre eux !  

Le 28 avril 2009

Manifestation du 19 mars 2009

- Manifestation du 19 mars à Lyon -
Photo: Julie Digard (cliquez sur la photo pour voir sa page sur Ipernity)

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27 avril 2009

Julien Coupat - pétition: "Je déballe ma bibliothèque"

Ce qui suit tient un peu du réflexe corporatiste: des écrivains réagissent à la perquisition de la bibliothèque de Julien Coupat, quelque temps après la convocation de l'éditeur de "L'insurrection qui vient".
Corporatiste, mais néanmoins salutaire: cela permet de rappeler qu'à travers le cas de Julien Coupat, l'idéologie antiterroriste actuelle vise à criminaliser toute forme d'opposition, à faire de toute pensée critique un motif de suspicion.

C'est s'attaquer au maillon faible pour tester les résistances, et habituer l'opinion à considérer comme dangereux tout opposant. C'est l'un des chaînons du terrorisme d'Etat qui s'installe là, avec pour véritable adversaire non quelques intellectuels isolés, mais la classe ouvrière, dont la puissance potentielle effraie les classes dirigeantes.

Sur la peur comme moyen de gouvernement, voir sur ce blog:
Gouverner par la peur et la haine; la prison pour les enfants de 12 ans
Voir aussi le paragraphe: "Nos ennemis sont des criminels" dans Crise économique 4 : idéologie.

S'opposer à cette criminalisation de la pensée critique, c'est donc s'opposer au réarmement idéologique et policier de la bourgeoisie, quels que soient les désaccords ou le peu d'intérêt que l'on porte à des démarches isolées et divisantes comme celles du "comité invisible".

Quant au motif initial de la détention de Coupat, les "sabotages", à propos desquels pas le moindre indice de preuve ne semble avoir été trouvé, voir, parmi d'autres, l'article d'Indymédia  "L’antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie" . Et rappelons qu'en matière de sabotage, personne ne pourra jamais égaler le libéralisme et la recherche effrénée de profits: si la SNCF, à l'époque des faits, a connu de nombreux dysfonctionnements, elle le doit bien plus à la volonté de soumettre ce "service public" aux exigences du marché, au sous-investissement en équipement et en personnel, qu'à quelques actes de sabotages.

Voici le texte de la "Maison des écrivains et de la littérature"

Chers auteurs, Nous vous invitons à prendre connaissance – et à le soutenir, si vous le souhaitez – du texte intitulé, à l'instar de Walter Benjamin, "Je déballe ma bibliothèque". Ce texte, rédigé à la suite de la perquisition de la bibliothèque de Julien Coupat, s'il réunit assez de signataires, sera envoyé à la presse.

Je déballe ma bibliothèque

Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres subversifs. De ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi. A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme dans la forme – par le rapport qu’ils entretiennent à la langue, enracinée dans le vivant –, subversifs.

Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter Benjamin.

Pour signer la pétition:  Maison des écrivains et de la littérature:

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12 janvier 2009

Gaza: la stratégie du massacre

Sommaire du blog

A Gaza, l'on tue, encore et encore. Des centaines de morts, civils, femmes et enfants. Face à l'horreur, face à l'écrasement d'un peuple, à son humiliation, la colère monte. De la colère peut naître le combat. Et par le combat, l'espoir.

Mais cet espoir ne pourra venir de la colère que si celle-ci prend conscience non seulement des faits, mais des causes, au-delà des trop rapides évidences. Et si elle ne se mue pas en rage vaine, ni ne s'éteint en résignation.

La tragédie de Gaza ne suscite pas que colère. Elle engendre aussi un faux sentiment d'impuissance.

David et Goliath...

Il y a l'immense déséquilibre militaire entre les forces en présence : d'un côté, une des armées les plus puissantes du monde, soutenue par tous les États européens et américains; de l'autre un peuple presque désarmé, laissé seul par  ceux qui se prétendent ses alliés ou ses représentants, mais ne rêvent que de s'entendre avec ses assassins. Le Hamas ne tue pas des civils israéliens pour défendre la Palestine, mais pour augmenter son poids dans les négociations à venir, comme les Occidentaux cherchent à travers ces crimes à renforcer leurs positions avant de traiter avec l'Iran et la Syrie.

Ce déséquilibre des forces donne à beaucoup un sentiment d' impuissance, renforcé par l'image véhiculée par la presse d'une situation inextricable, enracinée dans des particularités locales et historiques, et condamnée à se répéter sans cesse. Sentiment d'impuissance qui peut engendrer la résignation ou les actes de désespoir violents (ces actes que par un retournement cynique les terroristes d'Etats qualifient de "terrorisme"). Résignation ou violence aveugle, en terme d'avenir, c'est la même impasse.

Mener les peuples à ces impasses, c'est le premier objectif des assassins de Gaza et de leurs alliés.

La Terreur contre les peuples

C'est une stratégie globale de la terreur qui sous-tend les massacres de la population civile perpétrés par ce délégué proche-oriental de l'impérialisme occidental qu'est le gouvernement israélien. Elle est en parfaite continuité avec les centaines de milliers de morts civils en Irak et en Afghanistan provoqués par les armées américaines et européennes. Il ne s'agit pas seulement d'écraser le peuple palestinien, d'éteindre tout espoir de paix juste, mais aussi de rétablir la peur qui fige les peuples, peur qui s'était affaiblie après l'échec de la dernière invasion israélienne du Liban, et le retrait annoncé des Américains d'Irak.

Ce n'est pas le Hamas seul, ni même principalement, qui est visé par l'armée istraélienne. Les victimes civiles ne sont pas des victimes "collatérales", mais les véritables cibles, et à travers elles, tous les peuples du Proche-Orient, cette région si stratégiquement et économiquement essentielle pour les impérialistes, et si difficile à dominer. Il s'agit à tout prix d'ôter tout espoir de liberté et de dignité, et de signifier aux peuples à quoi ils doivent s'attendre s'ils ne se soumettent pas. Gaza est un exemple.

Au-delà de la Palestine

Cependant, la signification de ce qui se passe à Gaza va bien au-delà du Proche-Orient : c'est tout peuple qui se dresserait contre ses oppresseurs qui peut se sentir légitimement visé. Loin d'être un cas particulier, l'écrasement du peuple palestinien pourrait bien annoncer ce qui attend d'autres peuples, si les seules forces capables de s'opposer aux guerres impérialistes continuent à se taire et à laisser faire. Seuls les travailleurs disposent d'une force sociale et politique potentiellement capable de mettre fin aux guerres, de faire taire les armes et d'établir une vraie paix, juste et durable.

Car la guerre n'est pas seulement une action politique, mais aussi une issue économique: c'est par la seconde guerre mondiale que l'économie capitaliste a pu sortir de la crise économique commencée en 1929. C'est seulement par des guerres qu'elle pourra s'en sortir, car les guerres détruisent le surplus productif qui était cause de la crise.Ce ne sera sans doute pas une autre guerre mondiale, mais une épidémie croissante de guerres locales, mieux contrôlables. Gaza est un terrain d'essai.

L'inéluctable aggravation de la répression

De même, la montée des révoltes contre l'aggravation de la misère et de l'exploitation suscitera la peur et la violence croissante des gouvernements bourgeois. Ils le savent. Ils s'y préparent. La guerre de Gaza n'est qu'un des visages, parmi les plus affreux, de la répression qui ne va cesser d'empirer contre tous ceux qui refuseront de se soumettre. Gaza est un prélude.

La seule manière pour les peuples d'éviter que se perpétue la société de terreur capitaliste est de s'unir en un mouvement de lutte général des travailleurs, qui s'oppose aux gouvernements de haines et de peurs.

Et en premier lieu, un mouvement ouvrier uni, syndical et politique, qui prenne la tête de la solidarité active avec le peuple palestinien, exigeant la fin des agressions israéliennes, la fin des assassinats "ciblés", la fin du blocus, le démantèlement du mur d'apartheid construit par le gouvernement colonial sioniste, le retour des exilés, la restitution des terres spoliées. Un mouvement qui organise le blocus des livraison d'armes et du financement d'Israël par les Etats américains et européens.

La paix, la vraie

A terme, en Palestine, la seule issue est un État unique, laïque et socialiste, dirigé par les travailleurs, où chaque individu dispose des droits égaux, où chaque minorité se voit garantir le respect de sa culture; un État où puissent vivre en paix tous les individus; musulmans, juifs, chrétiens, athées, au lieu d'être aujourd'hui instrumentalisés et divisés, jetés les uns contre les autres par des puissances économiques destructrices.

Il ne sert à rien de pleurer, d'appeler à la paix sans conditions, de renvoyer dos-à-dos les gesticulateurs vains du Hamas et le rouleau exterminateur d'Israël. Ce qui se passe en Palestine n''est pas une guerre religieuse, ni un combat de la démocratie contre le terrorisme, mais une opération stratégique d'une colonie occidentale pour imposer par la terreur et la mort, la toute-puissance d'une domination économique mondiale.

Face à la culture de mort du capitalisme, face aux utopies réformatrices qui renvoient dos-à-dos la violence des oppresseurs et des opprimés, le seul espoir réaliste est le combat international et solidaire de tous les travailleurs pour un monde sans guerre et sans injustices.

C'est un combat long, qui paraît aujourd'hui très loin, plus utopique encore que la paix. Pourtant, c'est la seule voie solide, réelle, car la seule qui s'attaquera aux racines du mal. Et elle est bien moins loin qu'elle n'y paraît. La crise économique même, poussant les travailleurs à la résistance, comme la violence des oppresseurs attisant la colère, ne feront que renforcer la volonté, l'union et la détermination des masses pour un monde sans guerres et sans injustices, le seul qui puisse apporter la paix.

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13 décembre 2008

Le livre noir du licenciement

Divergence a reçu un mail de Didier Schneider, pour signaler la parution de son livre "100 licenciements",  et la possibilité d'en lire les premiers chapitres sur le net ici. 

Ce livre raconte les 100 premiers entretiens préalable au licenciement, auquel il a participé en tant que conseiller du salarié.

Alors que Divergence, par l'analyse,  cherche à donner une vue d'ensemble de la société capitaliste et de ses dynamiques, ce genre d'ouvrages permet de toucher du doigt la réalité, avec toutes ses nuances, du système social dans lequel nous vivons. C'est donc avec plaisir que l'on s'en fait ici l'écho.

Vous pouvez lire l'article que le journal Marianne lui consacre, sous le titre repris ici.

La lecture des commentaires de cet article contient plusieurs autres témoignages intéressants ou touchants,  de conseillers du salarié, ou de salariés licenciés.

Je venais justement de signaler, dans l'article consacré à la répression, que  "Toutes les méthodes de pressions psychologiques déjà utilisées dans le harcèlement dans l'entreprise pour augmenter la productivité seront utilisées dans la lutte politique".  J'oubliais, mais ce sont un peu les mêmes, les méthodes psychologiques utilisées pour licencier. Ou pour obliger le salarié à partir de lui-même, épargnant au patron indemnités, prud'hommes et conseiller du salarié.

Ce livre, à en juger par les premiers chapitres, rappelle que la lutte des classes n'est pas une abstraction de rêveur, mais une réalité fondatrice de cette société. Et qu'elle ne se limite pas aux conditions matérielles. Le capitalisme écrase aussi les individus sur le plan psychologique. Mais il rappelle aussi, à travers la personne même de l'auteur, qu'il y a des gens pour aider les victimes du capitalisme, ou tenter de le faire.

Le capitalisme n'écrase pas seulement les salariés, comme le signale, parmi d'autres récits de personnes broyées par le régime carcéral ou judiciaire que contient son blog, un des derniers articles du site de "maître Eolas", la lettre. Sur la question du droit au travail, et la défense des "exclus", voir aussi le site d'Artémis.

Humour noir: c'est pendant que j'écrivais cet article que  j'apprenais que j'étais viré! Non, pas de mon emploi, ça c'est il y a un mois. Du forum du NPA. Sans entretien préalable. Juste un mail indicatif de suppression de compte.
L'article sur la Grèce , d'abord sujet dans le forum,  n'y est sans doute pas pour rien.

Voir explications dans l'article ci-dessous. Ci-dessous, bien qu'écrit après:  je préférais que cet article-ci soit mis en évidence. Il est bon de faire passer les grandes choses avant les petites.

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Crise économique actuelle : 5 La répression

Récapitulons:

1 La crise actuelle est une crise structurelle, une crise de surproduction, et non un mauvais moment à passer.

2 Pour survivre, le capitalisme va tenter de créer des marchés artificiels (plans de relance) par la dette et l'aide au crédit.

3 Pour les travailleurs et l'ensemble des classes populaires, cela signifie une attaque aggravée contre les acquis sociaux, et en particulier tout ce qui peut protéger les travailleurs contre les capitalistes, et leurs exigences d'une augmentation brutale du profit, de l'exploitation du travail.

4 Afin de faire accepter cette politique de destruction massive des acquis, la bourgeoisie va utiliser tous les moyens de propagande à sa disposition.

Mais cela ne suffira pas. Les plans de relance ne vont pas fonctionner, sinon de façon marginale ou éphémère. La propagande ne pourra pas, à elle seule, faire taire la colère des peuples. Cette propagande alors s'orientera de plus en plus -elle le fait déjà, mais ce n'est qu'un prélude- , vers la justification de l'armement de l'État bourgeois contre les masses.

Diviser les peuples

On l'a déjà vu dans l'article précédent, sur le plan propagandiste, il s'agira d'abord d'aggraver les divisions: racisme, communautarisme, jeunes contre vieux, chômeurs contre travailleurs, secteur privé contre secteur public, etc. Usant de la peur de la criminalité et des désordres créés par sa propre crise, et amplifiés par sa propagande,  l'État bourgeois se présentera comme le défenseur de l'intérêt général contre tel ou tel intérêt particulier, en comptant sur la propagande  pour cacher que cette somme d'intérêts "particuliers" constituent l'écrasante majorité des peuples.

Tout cela, elle le fait déjà; mais en mode mineur. Cela ne pourra que s'amplifier. Les armes qu'elle a tournée contre le peuple ne connaîtront pas de coupures budgétaires, bien au contraire.

Assauts directs contre la classe ouvrière

Usant de la criminalisation de toute forme d'opposition, en commençant par les révoltes les plus inconscientes, (que des provocateurs infiltreront et manipuleront de temps à autre),  puis passant à toute expression radicale d'opposition politique, assimilée au terrorisme,(dont les actions pourraient opportunément reprendre),  l'État bourgeois en viendra à écraser toute forme d'action ouvrière: la criminalisation des grèves, au nom du "droit du travail" (terme de la propagande bourgeoise signifiant "droit au profit"), porte en elle les milices privées et l'intervention militaire. Aux huissiers vont succéder les assassins.

La violence et les massacres, base du pouvoir bourgeois

Il en a toujours été ainsi. A chaque fois que sa domination a été menacée, le vernis de la démocratie s'est craquelé, et la bourgeoise a laissé voir le visage hideux de sa tyrannie, marqué de traînées de sang laissées par d'innombrables massacres de ses opposants. De la répression de la Commune et de l'insurrection spartakiste, en passant par la guerre civile contre la Russie, par le nazisme et les fascismes de l'entre-deux-guerres, par les guerres civiles d'Espagne et de Grèce, par les guerres coloniales, jusqu'aux coups d'État fascistes innombrables  dans les années 60 et 70 (Congo, Indonésie, Chili, etc.) et l'aide au "fascisme vert" de l'intégrisme musulman depuis la 2e guerre jusqu'à aujourd'hui comme à l'écrasement du peuple palestinien par l'État colonial d'Israël: le capitalisme prend racine dans le sang des peuples. 

Il ne défend la démocratie, moins chère et plus stable, donc plus favorable à ses besoins strictement économiques, que lorsqu'il se sent hors d'atteinte. Il n'a jamais désarmé pour autant.

La "stratégie de la tension" et autres préparatifs militaires en Europe dans les années 70 montrent que les secteurs les plus en pointe dans la lutte contre les masses et les oppositions, étaient prêts à imposer la dictature en Europe partout où cela s'avérerait nécessaire, comme en Grèce en 1967. Mais les directions social-démocrates et syndicales étaient encore capables de canaliser les révoltes et les espoirs, et le capitalisme put faire l'économie des dictatures.

Jamais la bourgeoisie n'abandonnera volontairement son pouvoir. La haine de ceux qui s'opposent à elle est distillée dans toutes le couches de la population, par amalgames, calomnies et mise en scène. Les gens de gauche sont déjà des amis des criminels en attendant d'être des criminels eux-mêmes, grâce entre autres aux mensonges distillés sur la prétendue mollesse de la gauche contre la criminalité. Les révolutionnaires, eux, sont des rêveurs inconscients qui portent en eux le germe du terrorisme et de la dictature. Et les travailleurs sont des corporatistes, en attendant d'être des saboteurs.

Contre la liberté d'expression

La répression, ce n'est pas seulement la violence. C'est aussi faire taire toute liberté d'expression. Le mécanisme naturel au sein du capitalisme, de concentration des groupes de presse dans les mains de quelques magnats, a pour premier but de faire plus de profit. Mais cela sert aussi à faire taire toute source d'informations indépendante. Actuellement, le premier motif, le profit, explique que les infos ne sont pas encore systématiquement tronquées;  qu'elles contiennent encore souvent des éléments d'informations qui, intégrés dans une analyse globale, peuvent réellement aider à comprendre ce qui se passe. Si cette presse se contentait de répéter littéralement la propagande bourgeoise, elle cesserait de se vendre.

Mais quand la lutte s'intensifiera, le second objectif de cette concentration prendra le dessus: faire taire toute information indépendante. La bourgeoisie utilisera d'autres moyens que la concentration des médias. On condamnera, on calomniera, et si cela ne suffit pas, on assassinera les journalistes insuffisamment serviles, comme ce fut maintes fois le cas par le passé.

Internet et autres espionnages

Quant à Internet, ce marché formidable, mais aussi cet espace de liberté, (la première caractéristique expliquant l'autre, dans la société capitaliste), il a le très grand mérite non seulement de pouvoir être aisément surveillé (un peu comme si on demandait aux organisations d'opposition de tenir leurs réunions dans les bureaux des services de renseignements),  de pouvoir facilement repérer les responsables, les sabotages facilités (de nombreux virus pourraient s'attaquer aux sites oppositionnels), et puis, en dernière instance, complètement inaccessible à toute opposition.

La surveillance ne se limitera pas à Internet. Les plans "Edvige", Patriot act et autres du même genre (EDVIRSP, etc ) vont être étendus, ouvertement au nom de l'antiterrorisme, ou plus secrètement.

Répression sociale

Les employeurs surveilleront mieux (au besoin, l'État les y encouragera) l'activité politique de leurs employés, et licencieront ou n'engageront plus tout élément trop actif dans les luttes.

Toutes les méthodes de pressions psychologiques déjà utilisées dans le harcèlement dans l'entreprise pour augmenter la productivité seront utilisées dans la lutte politique, etc...

La privatisation de la répression

L'État ne sera pas la seule source de la répression bourgeoise. On aura recours au privé, tant pour la surveillance,  (voir l'affaire "Taser/Besancenot", en soi anecdotique, mais révélatrice des modes d'actions disponibles à la bourgeoisie) que pour la répression des grèves (rappelons pour les Etats-unis la répression des grèves par  l'agence Pinkerton au XIXe siècle ou par les gardes de sécurité de Henry Ford,le promoteur du travail à la chaîne, antisémite notoire et proche du gouvernement nazi, ou "les raids Palmer" : tout cela est ancien, mais plus pour longtemps) et la répression de toute opposition.

A cet égard, le rôle de la société de sécurité "Blackwater" en Irak est symptomatique. Milice privée en ce sens qu'elle échappe à tout contrôle démocratique, mais non au financement public: 6 milliards sur les 48 dépensés par les États Unis en Irak l'ont été pour ces milices.(source)

La dictature en pente douce

Tout cela est déjà, à des degrés divers, en route. Mais la bourgeoisie n'est pas pressée: toute mesure de répression inadaptée risque de provoquer des réactions incontrôlables. La bourgeoisie a tiré les leçons des luttes antérieures. La dictature ne va que lentement et très progressivement remplacer cette caricature de démocratie qu'est la démocratie parlementaire "qui s'arrête aux portes des entreprises", c'est-à-dire est exclue du cœur même de la société. 

Vers les guerres

Cette militarisation de la société se fera en même temps qu'une intervention croissante de l'État dans l'économie, et qu'une aggravation de la concurrence entre États bourgeois. Il est probable qu'une guerre mondiale, à la manière des deux précédentes sera évitée, à cause des risques énormes d'autodestruction. Le risque en sera néanmoins gravement accru. Mais c'est surtout sous formes de multiplication de conflits locaux et indirects que les guerres, déjà nombreuses et effroyables, vont s'étendre.

La guerre a divers avantages pour la bourgeoisie: au nom de l'unité du pays en temps de guerre, on peut faire taire toute opposition, traiter comme ennemis du pays les travailleurs et leurs alliés en lutte contre leur États. Mais surtout, cela permet une destruction à grande échelle des forces de production excédentaires, bien mieux que les faillites dans les crises financières, et dès lors, cela pourrait permettre au capitalisme de sortir de la crise qu'il traverse actuellement. Jusqu'à la prochaine. N'oublions pas  que c'est bien ainsi, grâce à la deuxième guerre mondiale, et non grâce au "New deal" et ses effets éphémères, que les États-Unis ont pu surmonter la crise de 1929.

Mieux que la répression: la peur de la répression.

La répression est une arme dangereuse à utiliser, qui peut mettre le feu aux poudres. Aussi la bourgeoisie essaiera surtout d'utiliser une autre arme, beaucoup plus efficace: la peur de la répression. On frappera les secteurs/pays/courants d'opposition, les plus faibles ou les plus isolés pour décourager les luttes plus puissantes.

Ainsi, ceux-là même qui dénoncent la brutalité de la société bourgeoise se font les vecteurs des intérêts de celle-ci, lorsque cette dénonciation n'est pas accompagnée de l'analyse des moyens d'y faire face, lorsque l'on ne montre pas que, malgré sa puissance formidable, et ses moyens sans scrupules, la bourgeoisie reste fragile face aux actions déterminées et conscientes de la classe ouvrière.

Ce sera l'objet du prochain article de cette série.

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10 décembre 2008

Grèce: radicalisation des luttes

08/12:

On est en manque d'infos, comme d'habitude, la presse bourgeoise française ramenant cela aux émeutes des banlieues de 2005. Or, on se trouve en Grèce dans un mouvement clairement politisé, essentiellement étudiant. Les anarchistes et le mouvement de la gauche radicale Syriza entre autres, (seuls noms cités par la presse) y jouent un rôle de premier plan. Et parallèlement à cela, il y a une montée des luttes sociales, contre les privatisations, entre autres.

La violence policière d'un État héritier du régime fasciste des colonels est un élément déclencheur. Les incidents semblables à celui qui a causé la mort d'un jeune garçon de 15 ans se multipliaient ces derniers temps. Mais c'est la politique d'attaque frontale du gouvernement de droite contre les classes populaires (entre autres retraites et enseignement ( salaires au niveau du smic) qui est visée.

Les scandales financiers à répétition impliquant l'église orthodoxe jouent sans doute un rôle mineur dans ces événements, mais affaiblissent le soutien de l'Etat dans les classes moyennes.

Mercredi doit avoir lieu une grève générale décidée par les organisations syndicales, tandis que les protestations étudiantes contre la violence policière se multiplient.

Avec ce peu d'informations, il est encore difficile de déterminer quels devraient être l'action d'un parti révolutionnaire, mais les grandes lignes peuvent être esquissées:

Il me semble clair qu'il faut tout faire pour unir les deux mouvements, étudiant contre la violence policière et social des ouvriers La mouvance autonome, très active, du moins selon la presse bourgeoise et ces autonomes eux-mêmes préfèrera sans doute continuer des actions isolées. Cependant l'union des deux mouvements se fera sans doute, mais de manière ponctuelle et désorganisée.  Le rôle d'un  parti révolutionnaire est de chercher à construire des relations organiques entre les deux, le mouvement étudiant devant soutenir les ouvriers dans sa lutte contre le gouvernement , mais aussi contre le sabotage des luttes par les syndicats, en appelant à une grève générale illimitée, et non à cette farce que sont les " grèves de 24 h".

Vu la radicalisation, il faut mettre en avant la chute du gouvernement, l'ensemble des revendications minimales et maximales, et l'appel à un gouvernement ouvrier. Si on ne le fait pas dans de telles circonstances, on ne le fait jamais!

Toute information plus précise sur la situation, son évolution et ses mécanismes est bienvenue.

Le journal bourgeois le plus précis sur le meurtre d'un étudiant qui a déclenché les luttes est la Tribune de Genève:

"Andreas, 15 ans, était le fils d’un ingénieur et d’une bijoutière du quartier huppé de Kolonaki. Ce n’était ni un extrémiste ni un marginal. Samedi soir, il se trouve pourtant parmi le groupe qui jette des pierres contre un véhicule des «gardes spéciaux» qui circule dans le quartier universitaire d’Exarchia près du centre d’Athènes. Un acte de défiance vis-à-vis de policiers qui ont la réputation d’être embauchés sur favoritisme politique? Le véhicule s’arrête, un policier sort et tire à trois reprises en direction d’Andreas. Mortellement touché à la poitrine l’adolescent s’écroule."

(source : anthopologie du présent)

Suite (10/12):

En vitesse: je viens de lire une dépêche AFP, qui souligne combien l'unité des deux mouvements, étudiant et ouvrier, est une clé du débat.

Le Premier ministre a lancé un appel "à renoncer à toute manifestation dans la capitale. M. Caramanlis avait souhaité mardi, dans un discours à la Nation, qu'il n'y ait pas de confusion entre les combats des travailleurs et la mort de l'adolescent." Autrement, dit, il a bien vu le danger. Et en particulier, la jonciton entre les éléments les plus politisés et le mouvement de masse.

 

Mais la suite est plus instructive encore:

Les directions syndicales n'ont pu évidemment répondre à cet appel. Ils auraient été complètement déconsidérés. Mais

"les syndicats ont cependant pris en compte la situation: ils ont annulé un grand défilé prévu dans le centre d'Athènes et appelé les travailleurs à un rassemblement "paisible" devant le parlement, sur la place Syntagma, à 12h00 (10h00 GMT)"

Un exemple de plus de la collaboration entre directions syndicales et Etat bourgeois, et qui justifie une lutte sans relâche, au sein des syndicats, contre ces directions, et un appel à la grèce générale illimitée contre la politique anti-populaire du gouvernement, et contre la répression policière.

17 h 00 :

Enfin un article, assez bien sur le plan informatif, sur le site du NPA .

Mais sur le plan politique, l'article, en première page du site est plutôt mince.

Le minimum est donné:

- l'alliance nécessaire entre les deux mouvements est mis en avant, c'est très bien, mais comment cette alliance peut-elle prendre forme? Voilà qui serait intéressant.

- Et l'exigence, qui est déjà celle des partis sociaux-démocrates, de démission du gouvernement, ok. Mais sans offrir la perspective simple, et évidente en de telles circonstances (pour des révolutionnaires, s'entend) de "gouvernement ouvrier".

Rien sur la grève générale illimitée, rien sur l'auto-organisation des luttes: bon, ok, c'est un premier article écrit dans l'urgence. On peut espérer qu'il sera corrigé pour être plus complet. Car c'est la "vitrine" du site, et donc du NPA sur Internet.

Mais surtout rien sur l'attitude inacceptable des directions syndicales qui ont déplacé les manifestations pour éviter la jonction. Et par conséquent rien sur la lutte indispensable des travailleurs contre ces directions.

LE NPA est encore en formation, on peut espérer que ce discours évoluera. Mais  il faudra beaucoup d'énergie aux militants révolutionnaires en son sein: car cela rappelle terriblement la LCR, et ses habitudes de "faire pression" sur les directions existantes,sans proposer d'alternative ni faire de critiques réelles. Il faut que le NPA évite cet écueil s'il ne veut pas, dans les luttes à venir, s'embourber dans l'impuissance, et rester sur le bord de la route pendant que ses militants se battent et s'exposent à la répression .

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01 décembre 2008

Gouverner par la peur et la haine: la prison pour les enfants de 12 ans

La commission Varinard, mandatée par la ministre française de la Justice Mme Dati, est en passe de déposer ses conclusions, en vue d'une loi prévue pour juin 2006, et qui doit transformer toute la législation pénale concernant les mineurs. La mesure la plus spectaculaire consiste à abaisser l'âge d'incarcération des mineurs. Selon ces propositions, un gosse de 12 ans pourrait désormais être condamné à des peines de prison, et cela par un juge unique, et non plus comme c'est le cas aujourd'hui pour les enfants, par un tribunal collégial.

 

Une telle proposition fait froid dans le dos, d'autant qu'elle surgit après plusieurs cas de suicides de mineurs dans les prisons françaises,  et donne toute la mesure de l'ignominie de la société actuelle.  S'il est bien des criminels qui constituent un danger pour la société, ce sont de tels "experts" et leurs commanditaires, et non les jeunes délinquants prétendument visés par ces changements législatifs.

 

Naturellement, comme pour toute nouvelle mesure de répression ou de  destruction des acquis sociaux, la stratégie politique est plus complexe que cette simple mesure concernant les enfants de 12 ans. Déjà, laisser filtrer l'information qui fera le plus de remous, sous la forme d'un avis d'expert, permet de diluer la réaction, et de protéger le pouvoir politique. Ensuite, l'accent mis sur une mesure en particulier, isolée de  son contexte, permettra par la suite au gouvernement de montrer que l'on "caricature" son projet, et que ses intentions sont plus nuancées.

 

Ainsi, il convient de rappeler que l'appareil de répression de  la jeunesse tourne déjà à plein régime, et n'a pas attendu ces braves experts. Mais il le fait de manière plus complexe qu'on pourrait le penser en se focalisant sur cette mesure. Actuellement, en France, l'âge minimum est déjà de treize ans, ce qui est hallucinant.  Des peines de vols à l'arraché sont passibles de cinq à dix ans de prison. Des jeunes de 16 ans -pourtant jugés trop peu matures pour le droit de vote- peuvent être condamnés aux mêmes peines qu'un adulte, au nom d'une maturité qu'on leur dénie ailleurs.  Mais d''un autre côté, le nombre de jeunes en prison a fortement diminué. Non pas au profit de la prévention, mais de l'augmentation constante de mesures de contraintes diverses, de l'ensemble de l'arsenal répressif donc. Pour être la plus spectaculaire des répressions, la prison n'est pas la seule. Ni toujours la pire.

 

La prison pour les jeunes de 12 ans, le gouvernement soulignera qu'il ne s'agit de l'appliquer qu'à des récidivistes, après "épuisement" de toutes les autres mesures (que l'on aura renforcées par la même occasion) . Et donc que cela ne touchera qu'une infime minorité d'irréductibles. C'est là où l'argumentation répressive se mord la queue: si ces peines sont sensées restées exceptionnelles, et donc totalement marginales, en quoi une telle mesure pourrait-elle apporter une solution à la prétendue hausse de la criminalité? C'est qu'il s'agit, dans un premier temps de faire peur. Et plus tard seulement, si les besoins politiques et sociaux s'en font ressentir pour les gouvernements,  d'appliquer cette mesure de manière beaucoup plus étendue. Cette loi est une arme dont le gouvernement n'entend pas tant se servir dans l'immédiat que de la garder sous le coude.

 

D'autres propositions aussi brillantes accompagnent cet abaissement de l'âge d'incarcération, et le remplacement du jugement collégial par un juge isolé. Ainsi est-il prévu la création d'un dossier personnel qui permettra de "suivre le parcours" des jeunes délinquants jusqu'à la maturité. Autrement dit de les stigmatiser tout au long de leur adolescence, de faire d'un ou plusieurs actes mineurs la caractérisque de leur personnalité.  C'est-à-dire de transformer la perception de la délinquance, qui de faits délictueux, devient la manifestation d'une nature délinquante. Ce qui rappelle les délires sur la criminalité potentielle des enfants de 3 ans, en droite ligne des "gênes de criminalité"  en vogue dans certains milieux pseudo-scientifiques américains, et arme de choix idéologique du néo-conservatisme. Ainsi que le plaisantaient certains commentateurs, on va bientôt mettre des femmes enceintes en prison, après détection de la potentialité criminelle de l'embryon. Ce glissement de sens n'est pas innocent: la délinquance devient une faute, ou une maladie, de l'individu, et non plus de la société. En culpabilisant le premier, on innocente l'autre, et c'est bien un non-lieu pour le système capitaliste que veut prononcer ce type d'arsenal répressif.

 

En effet, ces mesures sont en elles-mêmes de peu d'importance par rapport à l'évolution sociale et politique qu'elles révèlent, et par le fait qu'elles constituent avant tout un instrument de propagande idéologique.

 

La première raison, élémentaire et fondamentale, est qu'il s'agit d'utiliser tous les prétextes pour renforcer l'appareil répressif, auquel les gouvernements vont faire usage de plus en plus systématiquement, à mesure que les effets de la crise se feront sentir dans la société et que les actes de révoltes et les luttes se multiplieront.  Et la jeunesse, toujours au premier rang face à l'oppression,  sera la cible privilégiée des pouvoirs en place.

 

Ces mesures viennent en complément d'un climat d'insécurité continuellement entretenu par les différents organes de presse,  la peur étant le meilleur atout des dictatures.  Une propagande est d'autant plus efficace qu'elle prend racine dans des faits réels: il y a augmentation de la délinquance, vraisemblablement (quoiqu'il y a 2 ans curieusement, le ministre de l'intérieur, un certain M. Sarkozy, affirmait que les chiffres étaient en baisse, grâce à sa politique ..). Mais cette délinquance est pour une part croissante le produit de la crise économique, et de ses conséquences sociales et culturelles.  C'est là tout le cynisme de cette propagande sécuritaire: la destruction du tissu social par le système poltique et économique, cause fondamentale de l'augmentation de la criminalité,  en vient à servir de prétexte pour renforcer ce système. Au nom de la lutte contre le crime, on perfectionne la machine à crimes.

 

La violence psychologique et sociale exercée contre les travailleurs au sein des entreprises, et particulièrement ceux qui viennent de milieux culturellement fragilisés, se propage, entre autres, à travers des relations familiales où certains travailleurs et chômeurs expriment leur frustrations ou leurs impuissance, influençant la jeunesse de ces milieux, une jeunesse sans alternative éducative sérieuse, vu la destruction du système éducatif par le sous-financement, une jeunesse privée d'avenir,  et donc de raisons de respecter un monde qui ne veut pas d'elle, et le lui répète sur tous les tons, à travers la presse, les regards croisés dans la rue, les interpellations policières, les échecs scolaires.

 

Une part de la délinquance, et surtout de la délinquance juvénile,  part croissante en période de crise, est une expression inconsciente et maladroite de révolte contre l'ensemble de la société. C'est moins par "besoin" que ces jeunes commettent des délits, que par rage et mépris.

 

C'est avant tout contre la part de révolte de ces actes que les gouvernements bourgeois veulent se prémunir en renforçant l'appareil répressif contre les jeunes. Les travailleurs, eux, peuvent lutter contre cette criminalité en se prémunissant contre la part inconsciente et maladroite de cette révolte, en l'intégrant dans un mouvement conscient et efficace: le meilleur moyen de limiter la délinquance est la lutte contre les inégalités. 

 

Il faut en effet rappeler que les victimes de cette délinquance sont essentiellement aussi de milieux populaires ou petits-bourgeois. L'accent mise sur cette délinquance permet aux gouvernements là encore, de diviser les travailleurs, ici sur la base de l'âge, comme ailleurs sur la base de la nationalité ou de la religion.

 

Il est un cas particulier, auquel on veut souvent réduire le problème de la délinquance juvénile, et qui par conséquent joue un rôle non négligeable dans l'argumentaire de ce genre de criminalisation de la jeunesse. On sait que des bandes organisées, essentiellement dans le trafic de produits technologiques (portables, ordinateurs, etc..), utilisent pour commettre les vols des jeunes mineurs, sensés échapper à l'appareil répressif.

 

Plutôt que de s'en prendre à ces jeunes, instrumentalisés par des criminels organisés, le gouvernement, s'il avait vraiment l'intention de diminuer ce type de criminalité, devrait augmenter les moyens d'investigation des polices chargés de traquer le crime organisé. Or il n'en est rien, et les mafias, ces bourgeoisies illégales, peuvent exploiter le travail de ces jeunes que la bourgeoisie légale enfermera ensuite: avec la crise qui vient, elle ne risque pas d'être en manque de main d'oeuvre.



Addenda:

1re remarque:  Depuis l'écriture de cet article, l'ensemble du projet est désormais connu, et un résumé se trouve ici.

Et bien évidemment, la lecture de l'ensemble donne une toute autre impression que les mesures lâchées dans le public. On y "parle" beaucoup d'éducatif, et de gradations de peines.  Les défenseurs du projet vont donc pouvoir, comme d'habitude, et comme prévu plus haut, crier à la caricature. Reste, d'une part que la mesure la plus ignominieuse, l'enfermement des gosses de 12 ans, est bien là, et que surtout il y a bien évolution vers la criminalisation et la répression de la jeunesse, mais parfois de manière subtile: bon nombre des mesures proposées se disent de type éducatif, mais, en l'absence de moyens financiers adéquats, se transformeront naturellement en instrument de répression. Or non seulement la crise actuelle pousse à limiter ce genre de dépenses, mais si en plus ce manque de moyens permet d'adopter les projets politiques réels du gouvernement... Le sous-financement est un sintrument politique de plus en plus utilisé.

2e remarque, à la relecture de ce texte: le problème, quand on cherche à comprendre la délinquance juvénile,  et donc à l'expliquer, c'est que l'on donne l'impression d'être en désaccord avec le pouvoir sur les causes, mais non sur les faits. Or ceux-là mêmes sont des plus sujets à caution. Malgré ce projet, malgré la peur répandue dans les médias, certaines sources donnent des chiffres de baisse, absolue ou relative par rapport à la criminalité adulte, de la délinquance juvénile. Et lorsqu'il y a augmentation, c'est avant tout des petits délits, plus expression de révolte justement, que de scrimes graves.

3e remarque: il n'y a pas que les enfant que l'on cherche à criminaliser, mais les parents.  Les responsabiliser paraît porteur du plus élémentaire bon sens.  Mais dans ce contexte de criminalisation et de répression acrrue, tant sur le plan idéologique que juridique, il s'aigit plutôt de leur faire porter tout le poids de la culpabilité avec leurs enfants, et donc, de laver le système social de tout soupçon, une fois encore.

Posté par charp à 12:18 - Actualités - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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