Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

30 mai 2009

L’essoufflement des mobilisations en France ... ou la crise de la direction révolutionnaire

C’est à juste titre que les grands organisateurs de défaites que sont les bureaucraties réformistes à la tête des confédérations syndicales françaises ont reçu les félicitations de Fillon, le Premier ministre de Sarkozy. Leur tactique de démobilisation systématique (faite de « journées nationales » à répétition, sans lendemain) a commencé à venir à bout d’une des plus fortes mobilisations ouvrières qu’ait connues ce pays.

Les énormes manifestations centrales des 29 janvier et 19 mars – sur fond de grèves plus locales, dures – ont traduit non seulement la profondeur de la colère et le refus de payer la crise des capitalistes, mais aussi les attentes de la classe ouvrière d’une contre-attaque à l’offensive bourgeoise et d’une alternative au travers des  luttes. Le Premier Mai, éparpillé sciemment par les appareils confédéraux en une multitude de rassemblements locaux, a montré les premiers signes d’une démobilisation. Les deux journées appelées le 26 mai (une journée sans aucune consigne !) et le 13 juin (sans appel à la grève : un samedi, et juste avant les vacances qui, espèrent nos bureaucrates, achèveront toute volonté de lutte) s’annoncent pire encore.

La situation, qui était grosse d’une grève générale bénéficiant, en plus, du soutien actif d’une majorité de la population (et qui objectivement, par elle-même, aurait posé la question du pouvoir non seulement du sieur Sarkozy mais de toute la classe bourgeoise), risque de se retourner dangereusement contre la classe ouvrière et les couches populaires. Et ce, avant tout, de par le sabotage (planifié rien moins que sur six mois !) de ces « lieutenants ouvriers de la bourgeoisie » que dénonçait déjà Lénine et qui ont la mainmise sur les syndicats. Pour nous qui sommes confrontés depuis des années à la politique de collaboration de classes des réformistes à la tête des syndicats et des partis ouvriers, ce n’est aucunement une surprise. Mais il y a des trahisons qui sont pires que d’autres. Dans la situation de crise dramatique, historique, que connaît actuellement le capitalisme en faillite, c’est ouvrir la porte à la plus brutale des offensives réactionnaires.

Déjà, le pouvoir s’engouffre dans les brèches que ses « lieutenants » ont ouvert dans la mobilisation : plus de 70 manifestants électriciens et gaziers (dont des syndicalistes) ont été arrêtés comme de vulgaires malfaiteurs et placés en garde à vue pendant une journée. Mais ce n’est que la partie la plus visible de l’iceberg : la répression policière et judiciaire contre les grévistes, manifestants, militants syndicaux s’est brutalement intensifiée, de concert avec une campagne de dénonciation des « agitateurs d’extrême gauche » (reprise en version soft par les bureaucrates réformistes...) Cette criminalisation du mouvement social, profitant de la trahison réformiste, vise à intimider et briser la résistance aux plans antisociaux de la bourgeoisie. Et il n’est guère étonnant de voir réapparaître aujourd’hui le langage guerrier (et les mesures réactionnaires, et ce dans tous les domaines de la société) que Sarkozy et ses sbires avaient mis provisoirement en veilleuse, le temps de laisser passer l’orage social...

Rien n’est encore joué. Certes, la bourgeoisie et son gouvernement se sentent à nouveau le vent en poupe. Certes, les signes d’une démobilisation sont là. Certes, les forces qui y œuvrent (nos « faux amis ») sont toujours actifs aux commandes. Mais les oppositions à leur politique grandissent au sein même des syndicats, y compris chez les responsables syndicaux. Parmi les travailleurs, la volonté de résistance est probablement entamée mais pas éradiquée. Des luttes dures (peu médiatisées) continuent d’éclater. Mais elles sont pour l’heure isolées, donc plus vulnérables, alors que, partout, ce sont les mêmes préoccupations face à la crise capitaliste : l’emploi et les salaires. La convergence de ces luttes est posée, objectivement. Malheureusement pas « subjectivement » : A nouveau, se pose crûment la dramatique question de la direction de la classe ouvrière. Une direction qui ait un clair programme de lutte de classe et la ferme volonté d’en découdre avec le gouvernement et le patronat.

Les bureaucrates cachent aujourd’hui, comme ils le font régulièrement, leurs trahisons derrière l’argument que « les travailleurs ne sont pas prêts »... Il n’est pas question de mythifier ici, comme ont pu le faire certains gauchistes, la soi-disant « spontanéité révolutionnaire des masses ». Il s’agit de comprendre que la volonté de lutte tout comme la conscience de la grande majorité des travailleurs oscillent, et plus souvent vers le bas que vers le haut. C’est bien pour cela qu’est indispensable en permanence une direction, soi-disant plus consciente, capable de résister à de telles variations de mobilisation et de conscience.

Son rôle n’est certes pas de « décréter la grève générale », comme nous en accusent les bureaucrates ; il est, y compris au cours du travail de défense quotidienne, de convaincre patiemment (par sa propagande, son argumentation, son agitation, ses mots d’ordre,...) de la nécessité, surtout dans les conditions actuelles, de centraliser, unifier, durcir les luttes pour envisager de faire reculer une classe dirigeante bien déterminée à briser la classe ouvrière pour sauvegarder ses profits menacés par la crise ; il est – c’est le b.a. ba, si l’on veut convaincre - d’afficher aux yeux des travailleurs sa volonté d’agir en ce sens ; il est d’organiser, de renforcer et consolider les instruments de lutte que sont les syndicats, d’en créer d’autres plus ponctuels mais plus larges (comité de grève, comité de lutte, etc.) En bref, il est de se préparer et de préparer les travailleurs aux luttes de classe intenses. Et, quand elles éclatent, il est d’agir comme un véritable état-major capable de les diriger vers un affrontement centralisé avec la bourgeoisie, en s’appuyant sur les secteurs les plus mobilisés pour entraîner les autres, en donnant les moyens de gagner en termes de consignes, formes de luttes, revendications, formes d’organisation, d’élargissement des couches sociales susceptibles de se joindre à la classe ouvrière, etc. etc.

Une telle direction n’existe pas dans ce pays ni dans aucun autre pays capitaliste. Nous devons comprendre et expliquer que c’est cette absence non seulement qui hypothèque les luttes actuelles mais qui empêche de s’attaquer sérieusement à la racine de tous nos maux – le capitalisme – pour pouvoir enfin satisfaire réellement et durablement nos revendications en instaurant une société basée non plus sur le profit-roi mais sur les valeurs et besoins humains.

Doter la classe ouvrière d’une telle direction (un parti révolutionnaire) est une tâche primordiale qui s’impose à tous ceux qui veulent véritablement combattre le capitalisme. Comment construire ce parti ouvre un autre débat...


G.G.

Paris, le 25 mai 2009

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11 mars 2009

Sur la Guadeloupe 2: le point de vue du CCI (T)

Article issu du n° 16 de Combattre (CCI(T))

Guadeloupe, Martinique…METROPOLE :

qui a dit que la Grève Générale n’était pas possible ?

Grève générale à la Guadeloupe et à la Martinique

Depuis le 20 janvier 2009, la Guadeloupe est paralysée par une puissante grève générale lancée par le collectif ouvrier Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) ou L’alliance contre l’exploitation outrancière. L'appel des élus locaux – et en particulier ceux du Parti socialiste – lancé le 15 février à « assouplir la grève générale en laissant ouvrir les commerces » a été rejeté massivement par une très large majorité de la population. Les grévistes ont au contraire amplifié leur lutte et ont commencé à ériger de très nombreux barrages routiers.

Toute l’activité économique ainsi que les différents secteurs de l’île sont fortement touchés : secteur du BTP, secteur des transports, secteur industriel composé de petites entreprises (chaudronnerie, mécanique, automobile, …), secteur agro-alimentaire, secteur touristique, secteur pétrolier (SARA filiale de TOTAL), secteur des grandes surfaces commerciales, port, aéroport, éducation nationale, fonction publique, etc… De nombreuses manifestations réunissant l’ensemble des travailleurs de la Guadeloupe et même au-delà, des artisans, des petits patrons, des paysans, des pêcheurs, des étudiants, des chômeurs…témoignent d’une situation pré-révolutionnaire sur cette île des caraïbes.

Le 25 janvier 2009, près de 25 000 personnes ont manifesté à Pointe à Pitre. Le 30 janvier 2009, la manifestation a franchi un nouveau cran en réunissant près de 65 000 personnes (sur 450 000 habitants) dans les rues du chef-lieu. Entre temps, la grève générale s’est étendue à l’île voisine de la Martinique 1 et « menace » désormais la Guyane et l’île de La Réunion2 dans l’Océan Indien. Le 14 février 2009, près du quart de la population de la Guadeloupe, environ 100 000 personnes, a manifesté au Moule. Ce jour là, le leader du LKP, Elie Domota précisait :

« Nous avons rassemblé jusqu’à 100 000 personnes dans la rue, c’est 23 % de la population de la Guadeloupe ! Imaginez une mobilisation de 15 millions de personnes en Métropole ! ».

Chaque jour, depuis le 20 janvier, d’importants meetings syndicaux et politiques organisés par le LKP, réunissant des milliers de travailleurs, ont lieu à Pointe à Pitre devant le palais de la Mutualité, siège du LKP. Au-delà des faits et de l’analyse politique, cette grève générale est le meilleur démenti à tous ceux (et ils sont nombreux) qui, au sein des directions syndicales ou politiques du mouvement ouvrier français, nous répètent à longueur d’année qu’il leur est impossible de déclencher une grève générale3 ou de militer en ce sens sous les prétextes les plus variés : « les travailleurs ne suivraient pas », « la grève générale ne se décrète pas », « on n’appuie pas sur un bouton grève générale », « faisons d’abord converger les luttes, secteur par secteur…après on verra », « avant de lancer le mot d’ordre de grève générale, il faut amplifier les mouvements sociaux », « nous sommes des démocrates et ce mot d’ordre est insurrectionnel ».

Soit dit en passant, ces directions réformistes ne se gênent pas pour décréter ou suivre docilement de nombreuses journées d’actions carrées, coûteuses et inutiles pour les travailleurs (plus d’une vingtaine depuis 2003 !). Par ces combats non centralisés contre le gouvernement, les directions réformistes syndicales émiettent à l’infini les manifestations, grèves et luttes sociales, secteur par secteur, catégorie par catégorie, entreprise par entreprise, territoire par territoire…avec les résultats désastreux que nous connaissons tous.

Ainsi, actuellement, la direction du SNEsup-FSU (principal syndicat de l’enseignement supérieur) et les autres syndicats de ce secteur invitent les enseignants-chercheurs, pour la défense légitime de leur statut, à combattre de façon isolée jusqu’à épuisement. Et pour tous ceux, comme les dirigeants du PS4 ou du PCF, qui, un mois après le déclenchement de la grève générale à la Guadeloupe, s’épanchent sur les ondes pour expliquer que la situation des DOM n’est pas transposable à la métropole sous le prétexte que c’est une situation propre aux «antillais », qui poseraient la question de leur « liberté », la plate-forme du LKP qui sert de base à la mobilisation et aux négociations directes avec le gouvernement apporte un sérieux démenti. Pour preuve les différents points suivants qui pourraient être repris dans le cadre d’un programme de type ouvrier en métropole :

  • Relèvement immédiat et conséquent d’au moins 200 euros, des bas salaires, des retraites et des minima sociaux afin de relancer le pouvoir d’achat, de soutenir la consommation des produits guadeloupéens et plus généralement la demande.

  • Relèvement immédiat du Smic, des salaires du secteur privé, des traitements de la fonction publique, du minimum vieillesse, des minima sociaux.

  • Salaire minimum guadeloupéen calculé sur le coût réel de la vie en Guadeloupe.

  • Création d’un bureau d’études ouvrières, chargé de calculer l’évolution des prix des produits réellement consommés par les travailleurs.

  • Réductions d’impôts fondées sur la justice fiscale.

  • Baisse significative de toutes les taxes et marges sur les produits de première nécessité et sur les transports.

  • Baisse des taux de la taxe sur les carburants.

  • Suppression de la taxation des produits locaux.

  • Transparence sur la fixation des prix de l’eau, des transports, des carburants, des loyers, du gaz, de l’électricité, des nouvelles technologies de l’information et de communication

  • Contamination des terres par la chlordécone : mesures sanitaires et indemnisations des victimes.

    (La plate-forme complète est disponible sur http://ugtg.org/article_700.html)

Une crise sociale et économique qui touche l’ensemble de la population

Les travailleurs guadeloupéens font face depuis plusieurs décennies à un véritable appauvrissement général, conséquence directe d’une exploitation capitaliste liée pour partie aux structures sociales établies dans le cadre des rapports coloniaux avec la métropole.

Ces dernières continuent à perdurer 60 ans après la départementalisation : très faible développement industriel de l’île au profit quasi exclusif de la filière touristique – et même depuis les années 80, forte désindustrialisation liée à la fermeture des usines de canne à sucre – montée en puissance des entreprises de distribution (les grandes surfaces) qui déversent des tonnes de marchandises importées (80 à 90 % des produits consommés sont importés de la métropole) au détriment des producteurs locaux, main mise d’une infime minorité de descendants d’esclavagistes sur l’économie de l’île : les békés.

Les plus jeunes dénoncent, à raison, les discriminations dont ils sont victimes sur un marché du travail saturé qui réserve les postes d’encadrement et les responsabilités aux métropolitains, dans le secteur privé comme dans les administrations publiques. Ainsi, le taux de chômage officiel, très largement sous estimé selon l’UGTG 5, s’établit à 27 % de la population active (avec des pointes à 60 % dans la jeunesse). L’île compte près de 60 000 allocataires du RMI, 20 % de la population vivent au-dessous du seuil de pauvreté…et des centaines de milliers de guadeloupéens s’expatrient en métropole pour trouver du travail.

En un mot, toute la population de l’île est concernée directement par la misère sociale. En outre, la violence de la crise du capitalisme que nous connaissons actuellement a fortement déstabilisé les maigres revenus des travailleurs antillais. L’inflation, renforcée par une politique des marges pratiquée par les grands groupes capitalistes des secteurs de la distribution adossés aux familles Békés, a rongé considérablement les revenus des travailleurs de l’île. A la faiblesse des salaires (largement inférieurs à ceux de la métropole à l’exception de ceux des fonctionnaires) s’ajoute la crise du logement, l’augmentation sans précédent des loyers, les prix prohibitifs des carburants pratiqués par la filiale de TOTAL, l’explosion du prix de la bonbonne de gaz, etc…

Le LKP, un cadre de front unique ouvrier face à la crise

Face à cette réalité sociale dramatique, la poussée des masses a obligé les dirigeants syndicaux et politiques du mouvement ouvrier guadeloupéen à s’unir. C’est en novembre 2008, que le principal syndicat ouvrier de la Guadeloupe, l’UGTG (l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe) a lancé un appel de type front unique à l’ensemble des syndicats ouvriers et paysans de l’île (CGTG, CTU, FO, UNSA, FSU, CFDT…), aux partis politiques ouvriers et progressistes (PCG, CO, Cercasol etc..) – à l’exception notable du PS qui dirige le conseil général et régional – ainsi qu’aux diverses associations de défense des travailleurs, de l’environnement, de consommateurs, de chômeurs, culturelles, etc...

Par delà sa composante ouvrière fortement liée à la lutte des classes (l’UGTG), cet appel a très rapidement englobé tous les syndicats insulaires (99,15 % des suffrages exprimés aux élections prud’homales), en particulier les dirigeants des syndicats ouvriers réformistes prompts précédemment aux négociations et au dialogue social sur le terrain exclusif du gouvernement et du patronat. L’appel, sous la poussée des masses, s’est rapidement transformé en Collectif ouvrier de lutte contre la vie chère qui n’est ni plus ni moins qu’un comité central de grève. C’est donc un cadre de Front Unique Ouvrier qui est apparu à la Guadeloupe dès novembre 2008. Le collectif a rapidement rédigé une plate-forme, véritable plan d’urgence avec certaines insuffisances néanmoins et même des points de co-gestion, étrangers aux revendications ouvrières. Cette plate-forme reprend 152 points environs sous dix grandes thématiques :

  • Niveau et conditions de vie (salaires, augmentation de 200 euros, logements, environnement, transports)

  • Education

  • Formation professionnelle

  • Emploi (dont une partie pour l’interdiction des licenciements)

  • Droits syndicaux et libertés syndicales

  • Services publics (transparence sur la fixation des prix, eau, santé)

  • Production (volet agricole et volet pêche)

  • Aménagement du territoire et infrastructures

  • Culture

  • Arete Pwofitasyon

Il est à noter que la question coloniale, ou indépendantiste, qui est régulièrement agitée par les tenants de l’ordre établi (dont Sarkozy lui-même) ou par les forces autonomistes, ou indépendantistes minoritaires en Guadeloupe est reléguée à l’arrière plan par cette plate-forme ouvrière.

Début janvier 2009, le LKP, pour faire appliquer sa plate-forme et prenant ses responsabilités de direction ouvrière conséquente, a lancé pour le 19-20 janvier un appel à la Grève Générale illimitée, avec le succès que l’on sait.

Les différents évènements…et les manœuvres en recul de Sarkozy

Le gouvernement Sarkozy-Fillon a mis du temps à prendre en compte la gravité de la situation en Guadeloupe.

Dans un premier temps, il a tenté de manœuvrer de façon traditionnelle dans le cadre d’une négociation retransmise à la télévision (RFO) regroupant le patronat local, le LKP, les élus locaux et le préfet. Le représentant de l’Etat et le patronat ont dès le départ sous-estimé la puissance de cette grève générale et la détermination du comité de grève qui s’est constitué. Rapidement, le préfet, dépassé par les évènements, a rendu son tablier en direct à la télévision devant des centaines de milliers de guadeloupéens médusés.

Il a transmis le dossier à Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre mer. Ce dernier, sur instruction de Sarkozy et de Fillon, a décentralisé son ministère à Pointe à Pitre pour reprendre la négociation et tenter d’enrayer la grève. Or, non seulement la mobilisation n’a pas faibli mais elle a pris un caractère de déferlante. Le secrétaire d’état a tenté de tergiverser lors de la reprise des négociations, montrant au passage la crainte du gouvernement d’un embrasement aux travailleurs de métropole suite à la puissante journée d’action du 29 janvier. Mais peu à peu, le rapport de force aidant, il a cédé politiquement face à la détermination du Collectif LKP.

Toutes les revendications de la plate-forme du collectif ont fait dans un premier temps l’objet d’un pré-compromis que le secrétaire d’Etat a cosigné le 8 février. A partir de cet instant, le gouvernement, en la personne de François Fillon, a sifflé la fin de la partie. Il a, de ce fait, établi l’acte de décès de ce processus de négociation. rompant lui-même les négociations en rappelant son secrétaire d’état qui donnait d’inquiétants signes de faiblesse.

A Paris, Yves Jégo fut recadré par le chef du gouvernement avec un seul objectif : face à la puissance de la grève générale guadeloupéenne, ne rien céder sur le fond qui pourrait donner des idées aux travailleurs de métropole. A l’issue de cette réunion ministérielle de crise, qui s’est déroulée le 10 février à Paris, Fillon a expliqué et justifié cette rupture par un laconique et très jospinien :

« L’Etat ne saurait à l’évidence se substituer aux partenaires sociaux dans les responsabilités qui leur reviennent6 ».

Malgré ce nouveau virage dans la gestion de la grève générale guadeloupéenne, l’affolement a envahi l’ensemble de la classe politique de l’île qui, par l’intermédiaire du président (PS) du Conseil régional de Guadeloupe, reconnaît elle-même que les élus institutionnels sont face à une situation de type pré-révolutionnaire :

« C'est une crise politique, c'est une crise institutionnelle, et on est au bord de la sédition. » (Victorin Lurel, sur France Infos le 17 février 2009).

Le 19 janvier, nouveau changement de ligne : Nicolas Sarkozy en personne, a reçu l’ensemble des élus des DOM et a annoncé un plan d’urgence de 580 millions d’euros pour l’ensemble des DOM dont une prime de 200 euros. Il a aussi précisé qu’il se rendrait en Guadeloupe « dès le calme revenu » pour ouvrir une série d'Etats généraux, afin de débattre « des grands enjeux » dans chacune des collectivités ultra-marines, mais en proposant de le faire sur une durée de trois mois.

Ce faisant, il tente de revenir à la case départ, celle des négociations avec le LKP mais avec un sérieux temps de retard. Le gouvernement Sarkozy-Fillon semble courir dans tous les sens sans véritable stratégie.

En fait, pour la première fois, Sarkozy et son gouvernement sont contraints de manœuvrer en reculant fortement. Face à la détermination et à l’organisation des travailleurs de Guadeloupe – mais aussi de Martinique – en grève générale, ils viennent, le 26 février, de concéder d’importantes augmentations de salaires tout en essayant de limiter au maximum leur portée.

Le gouvernement tente d’isoler la grève générale

et joue le pourrissement…sans succès

La grève générale qui a commencé à la Guadeloupe et s’est prolongée à la Martinique est un scénario de cauchemar pour le gouvernement français : il craint comme la peste la possible extension d’un tel mouvement aux autres DOM mais surtout à la métropole où la situation sociale rappelle par bien des aspects celle de la Guadeloupe.

En effet, en dépit de la différence de situation entre la France et les DOM, les mêmes causes produisent les mêmes effets : la politique en défense de la bourgeoisie française de Nicolas Sarkozy dans le cadre de la violente crise du capitalisme suscite le même rejet massif tant à Paris qu’à Pointe à Pitre. Et rien n’y fait ! même pas le sommet social où les dirigeants syndicaux de métropole se sont précipités le 18 février 2009 pour tenter d’enrayer le mouvement des masses.

C’est pour cette raison que les travailleurs de métropole suivent de façon très attentive, et avec un fort courant de sympathie et de solidarité, la grève générale aux Antilles et en particulier en Guadeloupe. Ainsi, selon un sondage IFOP réalisé par le quotidien régional Sud Ouest (15/02/09), 63 % des français estiment qu’un mouvement social du même type que celui qui se développe outre-mer pourrait également voir le jour. Près de 25 % de la population de métropole estime inévitable une situation de grève générale. Il convient de préciser que dans le cadre de ce sondage, l’anticipation d’un scénario antillais est plus forte chez les jeunes actifs (72 %) et dans les familles ouvrières (72 %). De même, près de 78 % de la population de la métropole trouvent justifié le mouvement social qui dure depuis plus d'un mois en Guadeloupe, selon un sondage BVA pour L'Express et France-Inter présenté mardi 24 février.

Le gouvernement fort inquiet de la tournure des évènements en Guadeloupe a dépêché de très importants renforts de gardes mobiles (corps de gendarmerie spécialisé dans la répression et pouvant faire usage des famas à la différence des CRS) pour réprimer le cas échéant. Dans le même temps, le gouvernement parie sur un isolement de la grève générale, favorisé par l’attitude criminelle des dirigeants politiques et syndicaux du mouvement ouvrier français. Il parie aussi sur un pourrissement de la situation afin de pouvoir jouer au mieux sa carte de la répression.

D’ores et déjà, au bout d’un mois de grève générale, d’importantes émeutes impliquant des jeunes exaspérés ont eu lieu et se sont soldées par la mort, dans des conditions fort suspectes 7, d’un délégué syndical de la CGTG membre de la direction du LKP. Cette solution, pourrissement-répression faisant suite à la faillite de la séquence de négociation, fait partie de l’arsenal de la bourgeoisie française pour tenter d’éradiquer cette grève et de protéger in fine les intérêts des capitalistes. Cette fuite en avant a déjà été choisie à plusieurs reprises dans le passé par la classe dirigeante française pour réprimer d’importantes grèves ouvrières en particulier en Guadeloupe. Ce fut le cas en 1952 et surtout en 1967 où 87 travailleurs guadeloupéens furent tués par la répression de l’Etat français.

Cependant, 2009 n’est pas 1967 : en 2009 la situation est différente ne serait-ce que par la puissance de la grève générale et l’existence d’une direction ouvrière combative mais en outre, le choix de la répression, compte tenu de la gravité de la crise du capitalisme et de la réalité des rapports entre les classes tant en métropole que dans les DOM, pourrait s’avérer être une grave erreur politique pour le gouvernement. Elle entraînerait de fait une forte radicalisation de la classe ouvrière et de la jeunesse en métropole.

En clair, actuellement, le gouvernement n’a pas les moyens de réprimer le mouvement social en Guadeloupe, ce qui peut expliquer le retour d’un nouveau cycle de négociation promu par Sarkozy le 19 février et les premiers reculs du 26 février.

Les perspectives politiques en Guadeloupe…

Comme nous l’avons vu précédemment, suite aux annonces de Sarkozy du 19 février, le LKP a de nouveau entamé un cycle de négociation qui a abouti à un important accord salarial le 26 février entre lui-même, le gouvernement, les collectivités territoriales et une partie du patronat – à l’exception notable du MEDEF et de la CGPME qui ont refusé de parapher cet accord.

Cette signature marquera peut être la fin de la grève générale en Guadeloupe. En effet, même si le LKP n’a toujours pas levé son mot d’ordre de grève générale une suspension est à l’ordre du jour. C’est indéniablement une victoire économique pour la classe ouvrière et le prolétariat de cette île avec l’augmentation d’environ 200 euros de l’ensemble des bas salaires (ainsi que par la signature d’autres mesures contenues dans la plate-forme du LKP).

Ceci dit, nombre de travailleurs et de jeunes s’interrogent : certes les travailleurs de Guadeloupe ont gagné économiquement mais après plus d’un mois de grève générale ! Est-ce le prix à payer pour un résultat que les capitalistes vont s’empresser de rogner jour après jour par tous les moyens possibles ? Cette question reste tout entière. Alors certes, comme nous l’avons vu, le LKP n’est pas le parti révolutionnaire même s’il est allé très loin dans sa lutte8 en tant que direction ouvrière pour la défense des revendications contre l’Etat et le patronat.

En fait, au sein du LKP, un parti ouvrier révolutionnaire s’appuyant sur la force constituée par ce collectif aurait avancé des mots d’ordre de nature révolutionnaire comme l’occupation des usines, des centres commerciaux, des stations services, du port, de l’aéroport, des différentes entreprises de l’île, etc… comme la création de comités de grève locaux élus et révocables, seuls à même de commencer à gérer les besoins de la population – et même au-delà – comme l’expropriation sans indemnités de la filiale pétrolière de TOTAL, l’expropriation sans indemnités des békés au profit des masses guadeloupéennes, l’expropriation de la propriété foncière, le contrôle ouvrier directe des banques de l’île. Dans ce cadre là, l’ouverture des livres de compte des entreprises serait une nécessité tout comme l’affirmation du LKP à prendre le pouvoir contre les institutions politiques liées à la départementalisation de 1946.

et en METROPOLE

De même, un parti révolutionnaire en métropole aurait mis au premier plan la nécessité du combat pour le front unique comme il a été réalisé en Guadeloupe et pour organiser la grève générale se fixant l’objectif de chasser Sarkozy et le gouvernement des capitalistes.

En effet, dans les DOM, la vie politique, comme les mouvements revendicatifs sont étroitement déterminés par les échéances, les mesures gouvernementales et les mobilisations dans la métropole. Dès lors, il est de la responsabilité des dirigeants des organisations du mouvement ouvrier français (syndicat et partis) de ne pas laisser les mouvements de grève générale guadeloupéens et martiniquais isolés. Il est de leur responsabilité de cesser toutes négociations avec le gouvernement sur ses plans et d’appeler sans délai à la grève générale illimitée9 pour chasser Sarkozy et son gouvernement en ouvrant la perspective d’un comité central de grève à l’image du LKP, pour le gouvernement ouvrier. Bien entendu, les dirigeants réformistes du mouvement ouvrier font tout le contraire et tentent par la voie de la « solidarité » nécessaire avec les travailleurs en lutte des DOM d’esquiver cette question centrale.

Mais par la constitution et l’existence même du LKP, par leur grève générale, les travailleurs de Guadeloupe ont montré la voie à tous les travailleurs de France.

 

1 La grève générale dure depuis une vingtaine de jours à la Martinique sous la direction du « Collectif du 05 février » qui est aussi un cadre de front unique ouvrier rassemblant les principaux syndicats de l’île et l’ensemble des forces politiques ouvrières.

 

2 A la Réunion, une grève générale de 24h00 est prévue le 5 mars 2009. Elle sera organisée par le COSPAR (Collectif d’organisations syndicales, politique et associatives de la Réunion) qui est aussi un cadre de front unique regroupant l’ensemble des syndicats de l’île dont la CGTR et l’ensemble des forces politiques ouvrières dont le PCR.

 

3 « Un spectre hante la France. Au vrai, c'est plus qu'un spectre, c'est explicite, tout le monde en parle, les médias, les gens ordinaires, les partis politiques, tout le monde, sauf les dirigeants syndicaux nationaux : on n'a jamais autant parlé de grève générale qu'aujourd'hui. S’il en est question, c'est que l'on se dirige vers une crise du pouvoir et du régime. La grève générale pose la question du pouvoir. » (Vincent Présumey in Lettre de Liaison – Le Militant n°49, 17 février 2009)

 

4 Martine Aubry, principale dirigeante du PS dit sans ambages « craindre une propagation des événements qui agitent les Antilles » en métropole et qu’ «il faut tout faire pour que cela n’arrive pas ». (Le Parisien du 13/02/09). Quant aux dirigeants du NPA, du PG, de LO et du PCF, la manifestation parisienne (le 16/02/09) de solidarité à la grève générale à la Guadeloupe a été éclairante. Besancenot, Mélenchon et Autain n’ont cessé d’avancer le facteur colonial qui est étranger à la mobilisation des travailleurs des DOM. Et les mots d’ordre de ces partis ont tourné à l’unisson sur le fait que « Les Antillais nous montrent la voie pour les salaires et pour l’emploi! ». Une véritable couverture des appareils syndicaux de métropole !…Rien, bien entendu, sur la grève générale illimitée en métropole pour chasser Sarkozy !

 

5 Dont la combativité rappelle la CGT-U des années 20 et 30. Ce syndicat ouvrier est la principale confédération de l’île (52 % des voix aux élections prud’homale de 2008). C’est la force dirigeante du LKP. Il a été fondé en 1973 par des militants ouvriers ayant vécu les grèves et la répression de 1967 et estimant avoir été trahis par les dirigeants syndicaux. Il est à noter que l’UGTG n’est pas liée à la CGT comme la CGTG guadeloupéenne.

 

6 La revendication d’une augmentation de 200 euros net des salaires, retraites et minima sociaux constitue le motif essentiel de rupture du gouvernement. Cette demande qui faisait figure de première mesure de la plate-forme du LKP avait été acceptée dans un premier temps par Yves Jégo et le patronat guadeloupéen. Le coût économique de cette mesure était chiffré à 128 millions d’euros, soit un coup relativement faible. Par contre le coût politique était beaucoup trop élevé pour la bourgeoisie française…. Mais le 26 février, le gouvernement concédait cette augmentation, ce qui est un recul important.

 

7 Jacques Bino, militant de la CGTG, du LKP et d’Akiyo est décédé dans la nuit du mardi 17 février : selon le 1e communiqué du LKP édité après sa mort, il a été atteint non pas par une arme de gros calibre, mais par une arme de guerre. En outre, fonctionnaire des impôts, il travaillait depuis quelque temps sur un dossier mettant en cause des personnalités ayant des fortunes mal acquises ou non déclarées.

 

8 De fait, actuellement, quelques éléments de double pouvoir existe à la Guadeloupe comme la gestion des transports par le LKP, des marchés, de la sécurité publique, etc…

 

9 Pour tenter d’enrayer le mouvement des masses en métropole qui a explosé le 29 janvier 2009, les dirigeants syndicaux ont convoqué une nouvelle journée d’action, le 19 mars 2009 soit 2 mois après la précédente. Bien entendu, à l’instar de Martine Aubry, les Thibaut, Achieri, Mailly, Chèreque and Co craignent une situation à la Guadeloupéenne et mettent tout en œuvre, en défense du gouvernement Sarkozy-Fillon, pour que cela n’arrive pas.

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Sur la Guadeloupe 1: Le point de vue de la tendance CLAIRE du NPA

Contribution de la Tendance CLAIRE du NPA (Tendance pour le Communisme et la Lutte Auto-organisée, Internationaliste et RévolutionnairE) pour la discussion et l’action du NPA

 

Après six semaines de grève générale en Guadeloupe et quatre en Martinique


LES TRAVAILLEURS ET LES PEUPLES DES ANTILLES NOUS MONTRENT LA VOIE À SUIVRE : CELLE DE LA GRÈVE GÉNÉRALE, PRÉPARÉE ET APPELÉE PAR UN FRONT D’ORGANISATIONS SYNDICALES ET POLITIQUES SUR LA BASE D’UNE PLATE-FORME REVENDICATIVE, CONSTRUITE PAR DES PIQUETS DE GRÈVE SOLIDES ET DES MANIFESTATIONS DE MASSE.

 

LE MEDEF NE VEUT TOUJOURS RIEN CÉDER, MAIS SARKOZY ESSAIE DE METTRE FIN À LA GRÈVE GÉNÉRALE PAR QUELQUES CONCESSIONS, CAR IL N’A PAS RÉUSSI À LA BRISER ET IL CRAINT SON EXTENSION AUX AUTRES COLONIES ET EN FRANCE MÊME. MAIS LA GRÈVE GÉNÉRALE SE POURSUIT !


C’EST LE MOMENT DE SE BATTRE POUR LA GRÈVE GÉNÉRALE EN FRANCE ! LES TRAVAILLEURS D’ICI SOUTIENNENT LES GRÈVES GÉNÉRALES ANTILLAISES, CAR LEURS REVENDICATIONS CONVERGENT ET LEURS PRINCIPAUX ENNEMIS SONT LES MÊMES : LE MEDEF ET SARKOZY !


COMME EN GUADELOUPE ET EN MARTINIQUE, LES DIRECTIONS DU MOUVEMENT OUVRIER EN FRANCE DOIVENT ÉTABLIR UNE PLATE-FORME REVENDICATIVE UNIFIANTE, PRÉPARER ET APPELER DANS LES PLUS BREFS DÉLAIS À LA GRÈVE GÉNÉRALE, SEULE SOLUTION POUR QUE SOIENT SATISFAITES LES REVENDICATIONS D’ICI ET DES COLONIES, TOUT EN EMPÊCHANT LA RÉPRESSION


EN GUADELOUPE ET EN MARTINIQUE, IL APPARTIENT AUX GRÉVISTES EUX-MÊMES DE DÉCIDER DES SUITES DE LA GRÈVE. MAIS L’ATTITUDE DU MEDEF ET DU GOUVERNEMENT PROUVE QUE LA VÉRITABLE SATISFACTION DE LEURS REVENDICATIONS EST IMPOSSIBLE SANS RADICALISATION DE LA LUTTE :

LA RESPONSABILITÉ DU LKP EN GUADELOUPE ET DU MOUVEMENT DU 5 FÉVRIER EN MARTINIQUE EST D’APPELER LES TRAVAILLEURS À OCCUPER LES ENTREPRISES, À PRENDRE EUX-MÊMES LE CONTRÔLE DE LA PRODUCTION ET À CONSTITUER PARTOUT DES COMITÉS DE GRÈVE ÉLISANT DES DÉLÉGUÉS MANDATÉS ET RÉVOCABLES POUR UN COMITÉ CENTRAL DE GRÈVE !


ALORS QUE L’ÉTAT FRANÇAIS COLONIALISTE EST DISCRÉDITÉ, LE LKP ET LE MOUVEMENT DU 5 FÉVRIER ONT LA CONFIANCE DES MASSES : ILS SONT LÉGITIMES POUR SE PORTER CANDIDATS  AU POUVOIR, POUR CONSTITUER DES GOUVERNEMENTS AU SERVICE DES TRAVAILLEURS, APPUYÉS SUR LA MOBILISATION, EXPROPRIANT SANS INDEMNITÉS NI RACHAT LES GRANDES ENTREPRISES ET ASSURANT LE DROIT À L’AUTO-DÉTERMINATION !

 

 

La grève générale de six semaines en Guadeloupe et de quatre semaines en Martinique est une leçon pour tous les travailleurs. Elle repose sur la combativité des travailleurs sous la direction du LKP et du Collectif du 5 février, fronts d’organisations syndicales, politiques et culturelles. La grève générale s’est développée et maintenue grâce à des piquets de grève nombreux et bien organisés, permettant la paralysie totale de l’activité, des marches de grévistes allant convaincre les autres travailleurs et de nombreuses manifestations massives1.

 

Le gouvernement et le patronat, l’UMP et le PS,

s’efforcent par tous les moyens d’en finir avec la grève générale

 

Après avoir tenté de privilégier l’arme de la répression contre les travailleurs guadeloupéens les 16 et 17 février, l’État colonial français a dû reculer temporairement face au renforcement de la grève générale, à la multiplication des barrages routiers, à la riposte armée des jeunes, qui menaçait de faire exploser la situation, et à la mort d’un syndicaliste tué par balles dans des conditions encore obscures, dont le gouvernement français porte la responsabilité.

 

Sarkozy est intervenu en personne le 18 au soir pour annoncer la reprise des négociations avec le LKP. Si cela a permis de désamorcer provisoirement le risque d’une explosion généralisée, ce n’est en aucun cas une solution : aujourd’hui encore, le MEDEF refuse toujours de céder quoi que ce soit, tandis que le gouvernement, s’appuyant sur une partie du petit et du moyen patronat, essaie de mettre fin à la grève générale tout en préservant les intérêts des capitalistes. Certes, la proposition d’accord est d’augmenter les salaires de 200 euros pour ceux compris entre 1 et 1,4 fois le SMIC (soit 45 0000 — la majorité — des salariés), de 6% pour les salaires compris entre 1,4 et 1,6 fois le SMIC et de 3% pour les salaires supérieurs). Mais, pendant trois ans, les patrons ne paieront qu’une part mineure de ces augmentations (50 euros par salarié) : les collectivités territoriales financeront 50 euros supplémentaires par des cadeaux fiscaux aux patrons et l’État prendra en charge les 100 euros restants par des exonérations de « charges », donc sur le dos de la Sécurité sociale. L’accord en cours en Martinique a un contenu analogue. De plus, en Guadeloupe, le projet d’accord n’est signé que par une minorité de patrons, employant environ 17 000 salariés sur 85 000, car le MEDEF et la CGPME le refusent ! Le LKP a donné son accord de principe, mais les négociations avec le préfet et les patrons se poursuivent : c’est pourquoi il appelle à la poursuite de la grève générale, en exigeant l’extension de l’accord aux autres salariés et en annonçant sa volonté d’aller d’entreprise en entreprise pour imposer aux patrons de signer. En Martinique, le Collectif du 5 février se divise entre ceux qui veulent signer tout de suite et ceux qui veulent continuer la grève générale ou en tout cas consulter les grévistes…

 

Le MEDEF reste ferme car il sait qu’une vraie victoire des travailleurs antillais ouvrirait la voie à une radicalisation de la mobilisation dans les autres colonies et en France même. Le gouvernement, quant à lui, essaie de briser la grève générale en divisant les grévistes et essaie de donner du grain à moudre au LKP pour qu’il appelle à la reprise du travail des salariés couverts par l’accord, puis secteur par secteur. Le gouvernement espère ainsi préparer l’« opinion publique » à accepter la répression contre les militants du LKP qui veulent aller d’entreprise en entreprise chercher la signature des patrons : le préfet a annoncé le déploiement de gendarmes mobiles pour les empêcher d’entrer dans les entreprises, ce qui annonce des affrontements violents. Cette fermeté du patronat et du gouvernement est fondée sur leur analyse lucide de la situation en France. En effet, les travailleurs se sont puissamment mobilisés le 29 janvier, la grève reconductible des enseignants-chercheurs dure depuis le 2 février et est rejointe par un nombre croissant d’étudiants qui commencent à bloquer les universités, la mobilisation des hospitaliers contre la loi Bachelot promet d’être puissante le 5 mars et la colère des travailleurs monte dans tout le pays, comme en témoignent, selon les sondages eux-mêmes, les 78% de la population de France qui soutiennent la grève antillaise — et même 90% des sympathisants de gauche. En un mot, une véritable défaite du patronat et du gouvernement en Guadeloupe et en Martinique ferait surgir très concrètement le spectre d’une grève générale qui toucherait au cœur le capitalisme français et aurait dès lors, au moment où le monde s’enfonce dans une crise de plus en plus violente, d’énormes conséquences internationales. Mais, s’ils ne trouvent aucun accord avec le LKP et le Collectif du 5 février, ils prennent le risque d’un durcissement de la grève générale, car les travailleurs ne peuvent pas accepter d’avoir fait quatre à six semaines de grève générale pour rien. Or, plus la grève dure, plus le risque de contagion à la France est grand, malgré la politique délibérée des directions syndicales pour laisser nos frères des Antilles isolés en repoussant la prochaine journée d’action au 19 mars et en ne lui donnant aucune perspective.

 

C’est cette situation extrêmement dangereuse pour la bourgeoisie française qui explique la fébrilité et les divisions mêmes du patronat et du gouvernement, mais aussi l’intervention d’une Ségolène Royal exigeant (de façon si peu habituelle !) que le patronat guadeloupéen octroie les 200 euros d’augmentation pour les salaires les plus bas (le président du MEDEF guadeloupéen a failli s’en étrangler de rage, lui demandant de « se casser »). Le PS, en effet, dirige la « région » Guadeloupe et a donc bien conscience que la poursuite de la grève générale risquerait de mettre en cause son propre pouvoir, identifié à juste titre par les travailleurs et le peuple comme une simple variante « de gauche » de la politique coloniale mise en œuvre depuis toujours par l’État français2. De plus, le PS représente ce secteur de la bourgeoisie qui, pour éviter la grève générale en France et sauver le capitalisme, demande à Sarkozy d’appliquer son prétendu « plan de relance » en faisant un peu plus de concessions aux travailleurs et un peu moins aux banques. Son soutien aux revendications salariales des travailleurs les plus pauvres ne relève donc que d’une divergence tactique avec Sarkozy.

 

La résistance du patronat et de l’État colonial à six semaines de grève générale montrent que

les travailleurs ne peuvent remporter une véritable victoire qu’en radicalisant la grève

et en commençant à poser la question du pouvoir

 

L’intervention du PS montre donc bien, à sa façon, que c’est bien la question du pouvoir qui commence à se poser en Guadeloupe et en Martinique. En effet, le mépris dont a fait preuve Sarkozy depuis le début de la grève générale, son refus de satisfaire les revendications et le début de la répression policière ont achevé de discréditer l’État français. La légitimité de l’État colonial, ouvertement au service des patrons et des « békés », est déjà contestée depuis longtemps par une partie importante des travailleurs et du peuple, comme le prouve depuis des années le succès de l’UGTG, syndicat indépendantiste, et des organisations autonomistes ; mais il était parvenu à entretenir jusqu’à présent l’illusion d’un lien entre sa présence et les acquis sociaux dont bénéficient les travailleurs des colonies — alors que ces acquis ont en réalité été imposés à la bourgeoisie et à son État par la lutte de classe en France et dans les colonies, notamment de l’après-Seconde Guerre mondiale — les travailleurs des colonies y ayant sans doute perdu le plus de sang. Or, en démantelant les acquis sociaux depuis des années, en laissant se développer un chômage et une misère considérables dans les colonies, en refusant aujourd’hui de satisfaire des revendications élémentaires, l’État français achève de se discréditer totalement et de déchirer le voile « républicain » qui masquait sa tutelle coloniale.

 

De plus, si les dirigeants réformistes du LKP et du Collectif du 5 février ont conçu la grève générale comme une grève essentiellement économique, centrée avant tout sur les revendications immédiates, la profondeur, la durée et la dynamique de la grève tendent à déborder ce cadre trop étroit. En particulier, les grévistes sont obligés, pour limiter les privations des masses et ne pas perdre leur soutien, de décider au cas par cas la production et la distribution de certains biens et services, notamment de l’essence, du gaz, de l’électricité… C’est donc la logique de la production et de la distribution contrôlées par les travailleurs eux-mêmes qui est en train de se faire jour spontanément. De même, les marches grévistes et les piquets de grève organisés d’une main de fer par les dirigeants et cadres du LKP et du Collectif du 5 février incluent par eux-mêmes une logique d’auto-organisation, même si les dirigeants font tout pour éviter le débordement du cadre qu’ils ont fixé.

 

En effet, les principaux dirigeants du LKP et du Collectif du 5 février sont combatifs, mais non moins réformistes3. C’est pourquoi ils cherchent une  « sortie de crise » a minima. Les travailleurs et le peuple de Guadeloupe et de Martinique accepteront-ils de mettre fin à une puissante grève générale de quatre à six semaines pour un résultat aussi maigre ? C’est à eux de le décider, mais rien n’est moins sûr, comme l’ont montré les 17-18/02 les premiers débordements par les jeunes et certains grévistes du cadre fixé par le LKP, les émeutes en Martinique le 26/02 ou les 30 000 manifestants qui, réunis le 1er mars à Pointe-à-Pitre pour entendre les dirigeants du LKP, ont exercé une pression telle que ceux-ci n’ont pas pu annoncer leur signature de l’accord sans garanties du préfet. De plus, l’appel à la grève générale sur l’île de la Réunion pour le 5 mars, qui sera massivement suivie, ouvre la possibilité d’une reconduction qui pourrait suivre la voie antillaise, débordant le cadre sans perspective fixé par les dirigeants du front réunionnais. Et, en France même, les travailleurs sont de plus en plus nombreux à vouloir leur emboîter le pas…

 

En Guadeloupe et en Martinique, la preuve est faite désormais que la véritable satisfaction des revendications est impossible sans radicalisation. En effet, le refus de céder du MEDEF et du gouvernement montre mieux que de longs discours l’impasse du réformisme : même une grève générale de six semaines ne suffit pas pour imposer la satisfaction des revendications les plus élémentaires ! Il appartiendra aux travailleurs de décider la poursuite ou non de la grève si le LKP et le Collectif du 5 février appellent à la reprise du travail. Mais il est clair que la seule façon de gagner vraiment est d’aller plus loin, de radicaliser la grève générale et l’auto-organisation. C’est pourquoi il faut, en s’appuyant sur la puissance même de la grève générale, proposer aux travailleurs de continuer, mais sur la base d’un nouveau plan de lutte, avec de nouvelles méthodes et en exigeant des directions du LKP et du Collectif du 5 février qu’elles les reprennent et les mettent en œuvre :

 

Pour la mise en place d’Assemblées générales dans toutes les entreprises en grève, élire des comités de grève et les fédérer à tous les niveaux, par des délégués mandatés et révocables (syndiqués ou non par ailleurs), jusqu’à un Comité central de grève réalisant la démocratie ouvrière combattante. C’est la condition pour que les grévistes puissent contrôler leur propre grève, décider eux-mêmes ce qu’ils sont prêts à accepter de la part de l’État et du patronat et notamment comment ils vont poursuivre leur mouvement, qui ne doit de toute façon pas s’arrêter car la plupart des revendications ne seront évidemment pas satisfaites par le patronat et Sarkozy.

 

Pour que les AG et les comités décident d’occuper les entreprises et de les faire fonctionner eux-mêmes pour satisfaire les besoins de la population, en décidant ce qui doit être produit et distribué et comment cela doit l’être. C’est la condition pour empêcher le pourrissement de la grève générale, garder le soutien de la population et développer le sens ultime, révolutionnaire, de l’auto-organisation.

 

Pour combattre de façon centrale pour le retrait de toutes les forces de répression de l’État français, dont la présence même est une menace pour toute poursuite du mouvement. Pour leur faire face, les travailleurs et le peuple en lutte ne peuvent compter que sur eux-mêmes et doivent donc développer les moyens de leur autodéfense : c’est la seule solution pour imposer collectivement un rapport de forces dissuasif aux forces de répression, pour éviter le piège d’initiatives isolées et pour limiter les effets incontrôlables de la profusion des armes de contrebande, innombrables dans les Antilles.

 

Il n’y a pas d’autre solution pour que la grève générale se poursuive et se revigore, en débordant le cadre du réformisme et en évitant le piège de la division tendu par le gouvernement. C’est ce que les révolutionnaires doivent expliquer aux travailleurs, en toute indépendance à l’égard des dirigeants réformistes qui veulent mettre fin à la grève alors que les revendications ne sont pas satisfaites. C’est ce que devraient dire clairement, en particulier, les dirigeants de Combat ouvrier, groupe lié à LO et qui joue un rôle dirigeant dans la CGTG, ceux du CERCASOL et du GRS (liés au NPA) et ceux de Travayé é Péyizan et de l’Alliance ouvrière et paysanne (liés au POI et occupant des postes importants dans plusieurs syndicats, dont FO et l’UGTG). En même temps, la situation montre elle-même clairement qu’une grève générale ne suffit pas, mais se heurte à la question centrale du pouvoir politique. Face à l’État colonial français et à ses valets de l’UMP et du PS, qui ont toujours servi les « Békés » et tous les gros patrons des Antilles, il n’y aura en dernière analyse pas d’autre solution que la prise du pouvoir par les travailleurs eux-mêmes. À ce stade, les travailleurs antillais ne formulent pas encore consciemment cet objectif, mais ils vomissent depuis longtemps le pouvoir colonial, l’UMP et le PS et font confiance au LKP en Guadeloupe et au Collectif du 5 février en Martinique. C’est pourquoi il est légitime d’exiger des dirigeants ouvriers de ces fronts qu’ils se déclarent candidats au pouvoir et se battent pour constituer un gouvernement provisoire alternatif à celui, discrédité, de l’État français, de ses forces de répression, de ses préfets, de ses conseils régionaux et généraux et de tous ses représentants.

 

Cela provoquerait évidemment la rupture avec les partis ouvertement bourgeois qui participent à ces fronts, mais qui sont marginaux. Mais la majorité des travailleurs et du peuple appuieraient un tel gouvernement pour la satisfaction de leurs revendications sociales et démocratiques. Ce gouvernement aurait à exproprier sans indemnités ni rachat les grandes entreprises et les grandes fortunes des Békés, à centraliser la planification de la production et de la distribution contrôlées par les travailleurs eux-mêmes. Pour mobiliser toutes les catégories de travailleurs (ouvriers et employés du privé et du public, mais aussi petits paysans, commerçants et artisans, étudiants…) et pour assurer le droit à l’autodétermination du peuple guadeloupéen opprimé depuis des siècles par l’État français colonial, un tel gouvernement aurait à convoquer une Assemblée constituante des travailleurs et du peuple opprimé, qui décideraient ainsi librement du statut du pays, de ses structures, de ses lois, et notamment de la redéfinition radicale, sur une base égalitaire, de ses liens avec la France. Il établirait librement les relations qu’il jugerait utiles avec les pays voisins, notamment Cuba et les autres îles des Caraïbes, le Venezuela et les pays d’Amérique centrale. Enfin, un tel gouvernement devrait s’adresser aux travailleurs et aux peuples des autres colonies et aux travailleurs de France même pour les appeler à le soutenir et engager la même lutte contre l’État français.

 

Pour soutenir la lutte des travailleurs des Antilles et pour nos propres revendications,

combattons pour l’extension de la grève générale en France

 

Mais il ne s’agit évidemment pas d’attendre ou de rester spectateurs : c’est tout de suite que nous, les travailleurs de France, devons nous montrer solidaires avec les travailleurs et les peuples de Guadeloupe et de Martinique. Ce ne doit pas être une solidarité abstraite, mais la meilleure aide concrète que nous puissions leur apporter immédiatement, c’est de combattre pour l’extension de la grève générale en France. Car c’est la seule solution pour créer un rapport de forces obligeant le patronat et Sarkozy à renoncer à la répression dans les colonies et à céder sur les revendications là bas comme ici. C’est pourquoi nous devons :

 

convaincre nos collègues de travail de participer massivement aux manifestations de soutien à la grève générale en Guadeloupe et en Martinique, et nous battre pour que nos organisations y appellent, mobilisent réellement en ce sens et apportent tout le soutien nécessaire aux grévistes des colonies ;

 

tout faire pour le développement des luttes en cours, comme la grève illimitée dans l’enseignement supérieur, la mobilisation des hospitaliers contre la loi Bachelot, les grèves à la Poste, dans le privé pour les salaires ou contre les licenciements, etc.

 

mettre en place dans les entreprises et les établissements des  comités de préparation de la grève générale, sans attendre la nouvelle « journée d’action » sans perspective des directions syndicales. Il s’agit ainsi d’aider concrètement les travailleurs à aller le plus possible dans leurs mobilisations, jusqu’à la grève reconductible. Il s’agit aussi de créer par l’auto-organisation un rapport de forces politique permettant d’imposer aux directions syndicales qu’elles cessent leurs « concertations » avec le gouvernement, qu’elles imitent les dirigeants syndicaux de Guadeloupe et de Martinique en préparant et appelant dans les plus brefs délais à la grève générale et aux piquets de grève, sur la base d’une plate-forme qui reprenne les principales revendications des travailleurs :

  • Satisfaction des revendications des travailleurs de Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion ;

  • Non à la répression, retrait immédiat des forces de répression de l’État français de toutes les colonies ;

  • 300 euros d’augmentation mensuelle pour tous ;

  • Aucun licenciement, aucune fermeture d’entreprise ;

  • Ouverture des livres de compte et publication des comptes des grands groupes et des dirigeants capitalistes ;

  • Annulation de toutes les suppressions de postes dans la Fonction Publique ;

  • Suppression du bouclier fiscal ;

  • Retrait de toutes les contre-réformes en cours du gouvernement : Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), changement de statut de la Poste, réforme des lycées, décrets modifiant le statut des enseignants-chercheurs et les concours de recrutement des enseignants, loi LRU, projet de loi Bachelot contre l’hôpital public, fermetures et délocalisations des services publics utiles à la population, etc. ;

  • Régularisation collective de tous les sans-papiers, arrêt immédiat des rafles et des expulsions.



Le NPA et les autres organisations qui se réclament de l’anticapitalisme et de la grève générale peuvent et doivent combattre pour la mise en œuvre de cette orientation, en prenant résolument les initiatives concrètes. Ils ont déjà appelé à plusieurs manifestations de solidarité avec les travailleurs des Antilles. En revanche, le PS les a boycottées, tandis que le PCF et les principales directions syndicales n’y ont appelé, dans certains cas, que du bout des lèvres, parce qu’ils craignent par dessus tout l’extension de la grève générale en France. Le NPA et les autres organisations qui se réclament de l’anticapitalisme et de la grève générale doivent prendre maintenant, ensemble, à l’encontre de la politique des principales directions syndicales, des initiatives concrètes audacieuses pour préparer les conditions politiques de la grève générale : ils ont une responsabilité décisive dans la situation.

 

Site : http://tendanceclaire.npa.free.fr — Contact : tendanceclaire.npa@free.fr ou 06 64 91 49 63

 

1 Cf. notre précédente Contribution (20/02) sur la grève générale aux Antilles et le combat pour son extension en France : http://tendanceclaire.npa.free.fr

 

2 Cf. le portrait au vitriol de Victorien Lurel, membre du secrétariat national du PS, président de la « région » Guadeloupe, valet du patronat et de l’État colonial, dressé par P. E. Rouyard dans un article publié sur le site de l’UGTG, sous le titre « De quoi Lurel est-il le nom ? », cf. http://ugtg.org/article_758.html

 

3 Le soutien à une lutte et même à ses dirigeants quand ils ont victimes du mépris ou de la répression des patrons et du gouvernement ne doit nullement empêcher la critique de leur orientation. En l’occurrence, la plate-forme revendicative du LKP, qui regroupe presque tous les syndicats, des partis politiques réformistes (comme le PCG) et d’« extrême gauche » (notamment Combat ouvrier, lié à LO), mais aussi bourgeois (comme Les Verts), ainsi que des associations culturelles, contient une longue liste de revendications élémentaires très justes, notamment sur les salaires, l’embauche des contractuels, les transports, les conditions de vie, le droit à la formation, le droit syndical, la défense des identités culturelles, etc., mais aussi un grand nombre de revendications très contestables, car typiquement réformistes, qui constituent une impasse dramatique pour les travailleurs et le peuple guadeloupéens. Par exemple, le LKP justifie ainsi la revendication de hausse des salaires non par les besoins vitaux des salariés, mais par une prétendue nécessité de relancer « la demande ». Il se prononce pour la « participation des représentants des salariés dans les instances dirigeantes de l’entreprise avec voix délibératives », c’est-à-dire pour l’association des syndicats à la mise en œuvre des stratégies patronales. Il ne se prononce pas pour l’interdiction ou même pour empêcher les licenciements et les fermetures d’usines, mais pour un « plan social » en cas de licenciements, avec « reclassement et formation obligatoire ». Il ne se prononce pas contre les aides publiques aux entreprises privées, mais seulement pour leur « remboursement (…) en cas de licenciement économique ». Il ne se prononce pas contre le travail du dimanche ou même seulement contre son extension, mais pour l’« obligation d’un Accord de Branche ou d’Entreprise avant toute autorisation de travail le dimanche » Alors que la lutte contre les « masters d’enseignement » se développe en France, le LKP demande un « moratoire de 4 ans en ce qui concerne la réforme du recrutement des enseignants, le temps de permettre la mise en place par l’U.A.G. [Université des Antilles-Guyane] des masters de professionnalisation et les sorties des premières promotions ». Il se prononce unilatéralement pour l’« exonération de la taxe foncière au profit des exploitants agricoles sur l’ensemble du territoire », sans distinguer entre les gros et les petits paysans. Il ne se prononce pas pour l’expropriation sans indemnités ni rachat des grandes entreprises, mais ne revendique presque rien au sujet de celles-ci et se prononce pour le « rachat par les Collectivités du patrimoine foncier de Kalenda en vue de la création d’une unité hôtelière de luxe et du reclassement des salariés licenciés d’Anchorage et Kalenda » — alors que ces entreprises se sont enrichies par le pillage et la surexploitation et ont en outre licencié massivement ! Enfin, il ne dit rien contre l’État français et ne se prononce pas pour le droit à l’autodétermination du peuple guadeloupéen, alors même que l’UGTG, syndicat indépendantiste, est la force hégémonique du LKP, dont le porte-parole, Élie Domota, est son secrétaire général. Mais, au-delà de compromis imposés par le cadre d’un front, l’UGTG elle-même, malgré son orientation anti-colonialiste et par là progressiste, est une organisation réformiste. C’est ce que prouve son soutien à l’UNSA-Police, dont elle publie sur son propre site un communiqué qui, sous prétexte de protester contre les faveurs dont bénéficient, de la part des chefs de la police en Guadeloupe, les migrants clandestins riches, se livre à un vibrant hommage… aux « fonctionnaires de la Police aux Frontières » dont l’« action contre l’immigration clandestine est sans exclusive, parce qu’ils sont des professionnels respectueux des lois de la République » (sic ; cf. http://ugtg.org/article_759.html).

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04 février 2009

Commentaires sur les luttes en France

Je reprends ici les commentaires que m'a envoyé un lecteur de France sur les luttes actuelles:

Une grosse mobilisation ouvrière en France à l'occasion de la « journée nationale d'action  interprofessionnelle et intersyndicale » du 29 janvier a redonné une certaine confiance à la classe ouvrière dans ses capacités et reflète une profonde et large volonté de lutte face à la crise et à la politique réactionnaire du gouvernement.
Une volonté de lutte mais également le sentiment, plus ou moins explicite, que les actions de protestation syndicales habituelles ne suffiront pas à faire reculer un pouvoir bien décidé à faire payer la crise aux travailleurs et aux couches populaires (et qui renforce son autoritarisme), qu'il faudra donc mettre le paquet et « tous ensemble ».

Difficile de prévoir le cours à venir de la lutte des classes ici... Car si le sentiment largement répandu parmi les travailleurs les plus avancés qu'il faut engager une épreuve de force générale avec un ennemi de classe prêt à en découdre est un sentiment « positif », il peut faire aussi hésiter les travailleurs à s'engager dans une telle lutte face au manque de détermination de leurs directions.

D'un autre côté, les bureaucraties confédérales, quelle que soit leur volonté de collaborer avec la bourgeoisie et son gouvernement, peuvent difficilement ne pas répondre (de façon certes déformée et partielle) à la volonté de leur base, telle qu'elle s'est exprimée le 29 janvier. La nouvelle réunion intersyndicale de ce soir va donner une indication. Il faut s'attendre, à un moment ou un autre, que la division syndicale joue à nouveau un rôle démobilisateur, les plus «combatifs », « lutte de classe » en paroles, se servant des trahisons les plus ouvertes des plus ouvertement pourris (la direction Chérèque de la CFDT, pour ne pas les nommer) pour justifier leur propre refus d'engager le combat nécessaire. Autre élément démobilisateur : les élections européennes.
Déjà, ici, les grandes manœuvres ont commencé à gauche. PS, Verts, PCF, PG sont entrés en période électorale, et le NPA est déjà courtisé... Ça recommence à manœuvrer ! Il faut craindre que la combativité ouvrière soit détournée du terrain des luttes vers le terrain électoral. En tout cas, la « pression » est telle à la base qu'une « journée nationale d'action » ne suffira probablement pas à évacuer toute la « vapeur » ! Les directions syndicales sont prises entre deux feux. La contradiction bien connue des bureaucraties réformistes, mais exacerbée dans la situation actuelle. Cela ouvre quelques brèches potentielles.

De son côté, le gouvernement bourgeois a lui aussi des marges de manœuvre restreintes. Avec pour arrière-fond la Grèce et une situation tendue dans bon nombre de pays européens, il craint une nouvelle explosion sociale qui, dans les conditions actuelles, risque de prendre assez vite un caractère pré-révolutionnaire, et peu contrôlable vu l'état de la gauche réformiste.

De l'autre côté, Sarkozy doit maintenir son cap des contre-réformes «libérales » (à l'origine de la mobilisation) dont a encore plus besoin le capitalisme français avec la crise qui vient d'éclater. Et il a peu de « grain à moudre » à donner aux bureaucraties syndicales pour qu'elles brisent la mobilisation sociale sans trop de casse pour elles. Mais, même s'il a la volonté pour cela, jusqu'à quel point est-il prêt à engager une épreuve de force, comme celle que Thatcher a engagé en  Grande-Bretagne pour briser le mouvement ouvrier ? Plutôt un mélange de « bâton » et « carotte », en jouant à fond la division ? En tout cas, on s'avance certainement vers un « bras de fer » assez prolongé, dont il est à craindre que sans victoire même partielle il aboutisse à une démoralisation globale qui ouvrira les portes au rouleau compresseur de la réaction sociale et politique. Mais, pour le moment, la période actuelle reste relativement favorable à la fois pour redonner une certaine confiance aux travailleurs dans leur capacité de lutter, y compris dans l'unité, et pour développer plus largement le programme révolutionnaire du marxisme, regrouper autour de ce programme et préparer ainsi les échéances à venir, plus dures encore.

Jean, lundi 2 février

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25 décembre 2008

L'épidémie de l'impuissance?

Sommaire du blog

Divergence est un blog personnel, non le site d'une organisation. Par conséquent, il reste ouvert à l'expression d'autres courants politiques que celui auquel appartient l'auteur, des courants ayant en partage le refus de l'ordre des choses, le refus du capitalisme. J'y reviendrai souvent: il est essentiel, plutôt que de s'ignorer ou de chercher une unité factice, que les divers courants d'opposition s'écoutent,et si possible se parlent, sans craindre ni critiques ni débat.

Ayant reçu hier soir par mail cette déclaration signée par "des parisiens", (source bien vague qui la plupart du temps me pousserait à refuser la publication), et la demande de la diffuser, j'ai jugé cela tout à fait compatible avec ce blog, malgré d'évidentes divergences.  De ces divergences, il est fait état dans le titre, et elles seront expliquées plus loin.

Bonjour,
Le texte  ci-dessous commence à apparaître en affichage sauvage à Paris. Il est libre d'utilisation, transformation, amélioration...
Nous comptons sur vous pour le diffuser, si vous estimez cela nécessaire.
Cordialement,
   Des Parisiens

DES ÉVÉNEMENTS EN GRECE

Ces émeutes, à distance, ont déjà fait reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments, blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’Etat et ses sbires. Ce n’est que lorsqu’il parle tout seul qu’un ministre peut évoquer « un dialogue serein » (les mots du ministre de l’éducation nationale il y a quelques jours). Ici, comme en Grèce, la discussion ne peut commencer que par la contestation en actes des forces répressives. Leur existence est déjà une insulte.
La liberté fait ses premiers pas quand on n’a plus à trembler devant des flics, des vidéo-surveillants et le fichage généralisé. Les lois sont faites pour nous apeurer, nous décourager et plus généralement nous interdire de faire quoi que ce soit. En Grèce la peur et la résignation changent de camp
(« Aujourd’hui, le peuple est en colère contre tout, contre la mort d’Alexis, contre la police, contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes le bouclier. (…) Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village, où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille. Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge », un policier grec dans le Figaro du lundi 22 décembre 2008) :

L’INSURRECTION CONTINUE. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points : il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien de toute une population, de gens sans revendications ni représentants, mais dont nous partageons certainement les intentions (disparitions de tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts, journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire pour s’y insérer, et autres « aides » de l’Etat quand on s’en éloigne).
En cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures années et celles qui suivent ; ils continuent.
Saisissons chaque occasion de rappeler la lutte exemplaire qui se déroule en Grèce. Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos sur internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs, les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour un monde qui nous empoisonne.

FAISONS MIEUX.

En région parisienne, le mardi 23 décembre 2008.

***

Il y a dans ce texte des accents qu'il fait plaisir de retrouver: sur la peur qui change de camp, sur la profondeur de la révolte, sur les premiers pas de la liberté, sur le refus des fausses solutions et des fausses directions, sur cette conclusion que rien ne peut être pire que de travailler pour construire sa propre prison, et enfin sur cet appel à faire mieux.

Faire mieux, justement. C'est là que je ne suis plus en accord avec l'orientation qui parcourt ce texte, et qui, par ses contours vagues et anti-organisés,  rappelle ce en quoi les événements grecs ne sont pas exemplaires, et ne doivent pas être reproduits: l'incapacité à s'organiser derrière une orientation claire, à se donner des moyens efficaces de changer le monde, à  lier la révolte des jeunes aux luttes des travailleurs, à transformer une révolte en une force réelle de changement. S'agiter n'est pas agir, et ce texte n'invite guère plus qu'à une agitation désordonnée, qui ne pourra que manquer son but.

C'est André Breton qui disait, je crois, que les gens de quarante ans ou plus n'ont guère de leçons à donner aux plus jeunes, étant donné le monde inacceptable qu'ils leur lèguent. Des leçons, non. Mais une invitation à rester fidèle à la révolte, au refus de la résignation, qui s'exprime à travers les événements grecs comme à travers des textes comme celui-ci, oui.

Etre fidèle, ce n'est pas se singer, singer les autres: être fidèle à la révolte suppose que l'on ne se contente pas de l'exprimer, par des textes ou des actes, mais que l'on cherche à lui donner corps, à la réaliser.

Ceci implique des réactions peut-être moins exaltantes que l'affrontement direct, comme l'analyse de la société pour comprendre comment on est arrivé là et surtout comment on peut vraiment en sortir; comme la tentative patiente d'enraciner cette révolte dans les mouvements qui traversent cette société et qui seuls peuvent l'amener à se réaliser, et en premier lieu, les luttes ouvrières contre l'exploitation et la misère; comme la construction patiente et obstinée d'instruments de lutte pour abattre  la société actuelle et empêcher la perpétuation de ses crimes, en premier lieu une organisation révolutionnaire qui oriente et unit la lutte vers cet objectif central: renverser les gouvernements bourgeois et établir une société fondée sur la justice sociale et le libre développement de l'individu.

Réfléchir, s'organiser, construire : la fidélité est exigeante. Mais elle est bien là, et non dans l'imitation servile et immédiate d'actes passés, qui en l'absence de vrais efforts pour réaliser leurs objectifs, ne deviendront plus que des poses, qui sous couvert d'intransigeance, trahiront de fait la révolte qui les animait à l'origine.

La révolte grecque, dans les voies qu'elle s'est donnée, ou plutôt qu'elle ne s'est pas donnée, ne pourra qu'aller à l'échec. Faut-il vraiment une épidémie de l'échec? Ne nous laissons pas tromper par la peur des gouvernements: si ceux-ci reculent, ce n'est pas par peur de ce qui se passe en Grèce, mais par peur de ce que pourraient devenir de telles révoltes: des révolutions. Passer de la révolte à la révolution implique bien autre chose que la contagion de l'exaltation: sa tranformation en volonté révolutionnaire.

***

Voir les événements en Grèce sur Divergence.

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20 décembre 2008

4000 manifestants à Douai pour la grève générale

Sommaire du blog

Je reproduis ici le communiqué du COLLECTIF UNITAIRE POUR UN FRONT SYNDICAL DE CLASSE. Elle montre la détermination des ouvriers, d'une part à s'allier avec les lycéens, d'autre part à affronter le gouvernement capitaliste, malgré l'opposition des directions syndicales:

Manif_du_18_D_cembre_010

4000 MANIFESTANTS DANS LES RUES DE DOUAI CE 18 DECEMBRE 2008 

A L'APPEL DE L'UL DES SYNDICATS CGT DU DOUAISIS REJOINTE PAR LA CFTC, LA FSU, LA CONFEDERATION PAYSANNE...


Les travailleurs des entreprises douaisiennes, pour la plupart en congés forcés ou en chômage technique, comme Wagon ,Afr, Faurecia Somain, Aldi, Renault, St Gobain, Agc Automotiv, Auchan, Inoplast, Siac, les Retraités, etc, etc (excusez, la  liste est trop longue pour les citer tous) ont fait la jonction avec les lycéens en grève contre les projets contre l'enseignement public de Sarkosy et les siens.

Des délégations de toutes la Région, Seclin, Valenciennes, Arras, Lillers, Avesnois, etc, etc étaient venues manifester avec eux. Les travailleurs de Dunkerque avec leur UL manifestaient à la même heure dans leur ville.   Pendant 1h30, dignement, jeunes et travailleurs côte à côte, avec les mêmes slogans contre la misère, le capitalisme, l'Europe, ont battu les pavés douaisiens. La manif s'est achevée et tous, TOUS ENSEMBLE, ont décidé de relancer l'action et préparer la grève générale dès le début janvier. Un des principaux slogans était : "CONTRE LE CAPITALISME LA GREVE GENERALE !!!"
A DOUAI, la centaine de syndicats fidèles à leur UL, travaillent pour créer les conditions de la grève générale seul moyen de mettre à genoux patrons et gouvernement.   Il est à noter que les les dirigeants des UD du Nord et du Pas de Calais et de la Région avaient ordonné à leurs UL et à certains syndicats de ne pas se joindre à la manifestation de Douai ce 18 décembre. Le motif officiel est que l'UL CGT de Douai serait illégitime (alors qu'elle regroupe l'écrasante majorité des bases organisées et de masse) mais le fond est d'essayer de casser qui luttent et résistent au réformisme à la sauce CES.

Quel camouflet pour ces briseurs de grève !!!

Qu'importe pour CES GENS LA, le sort des milliers de travailleurs qui souffrent dans notre arrondissement et dans la région avec la crise de l'automobile. leur objectif unique est en finir avec ces syndicats et UL qui résistent à la dérive syndicale de notre  CGT. Thibault, le patron, dimanche dernier sur RTL appelait à la grève générale immédiate, et le lendemain il s'aliénait aux autres centrales syndicales pour une journée d'action le... 29 JANVIER PROCHAIN (aucun des thèmes retenus pour cette journée pour la mobilisation ne s'en prend d'ailleurs au patronat et au capitalisme). 

POUR LES TRAVAILLEURS ET LES JEUNES DU DOUAISIS, PAS QUESTION D'ATTENDRE LES CALENDES GRECQUES C'EST MAINTENANT QU'IL FAUT AGIR ET TOUS ENSEMBLE DANS LA GREVE GENERALE. ILS SE SONT DONNES RENDEZ VOUS DES LE DEBUT JANVIER POUR ORGANISER D'AUTRES INITIATIVES COMMUNES. 

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18 décembre 2008

Grèce : dernières nouvelles (18 décembre)

18/12; 17 h 30

"La grosse manifestation étudiante est en train d’être violemment attaquée au gaz lacrymogène. Les flics utilisent un gaz d’un nouveau type, plus puissant. La plupart d’entre nous nous sommes réfugiés dans l’Ecole Législative. Un camion blindé de transfert de fond est en train de brûler. Des personnes sont rentrées dans une église avoisinante, sonnant les cloches à chaque tir de gaz lacrymogène, ajoutant une touche un peu plus irréelle à la scène." (info trouvée sur "on the Greek riots" (voir plus bas)

18/12; 10 h

Il semble que la situation en Grèce évolue encore,  et nécessiterait de la suivre de près.
Mais les informations manquent. (et le temps pour l'auteur de ce blog aussi!)

manif__tudiante_Ath_nes_10_d_cembre

manifestation lycéenne du 10 décembre

Un autre site signalé par "Futur rouge" (site riche en informations sur les luttes et que je vous engage à aller voir), le site "Emeutes et amour" consacré aux luttes actuelles en Grèce (selon un point de vue apparemment anarchiste) donne des nouvelles qui, si elles se vérifient, pourraient être importantes quant à l'avenir du mouvement.

Des travailleurs, depuis le 16 ou le 17, occuperaient le bâtiment du principal syndicat grec (GSEE) et un site de la télévision d'Etat.

[EDIT, 12 h 00: Le journal "Le Monde" confirme cette occupation:  "Quelque 70 personnes s'autoproclamant "travailleurs révoltés" avaient auparavant envahi le siège athénien de la plus importante centrale syndicale, la Confédération des travailleurs grecs (GSEE). Le bâtiment restait occupé en début de soirée, a indiqué le bureau de presse du syndicat. Selon le comité de coordination des lycéens, cette poursuite de la mobilisation est doublée d'occupations de quelque 600 lycées et collèges, mais le ministère de l'Education réduit ce chiffre à une centaine". Par contre, l'occupation de la télévision serait une action brève d'une vingtaine d'étudiants mardi]

A ce niveau d'information, tout ce que l'on peut dire est que cette orientation serait très encourageante, mais que l'absence probable de direction claire dans la lutte, d'objectifs politiques bien définis, bref, l'absence d'un véritable parti révolutionnaire ouvrier, pourraient fragiliser fortement cet enthousiasme, cette prise de conscience et cette radicalisation des mouvements ouvriers et étudiants grecs. Mais on ne peut rien conclure avec si peu d'informations, sinon affirmer tout son soutien aux travailleurs et aux étudiants qui luttent avec courage et détermination contre la violence de l'État bourgeois et la dictature capitaliste.

Donc, comme d'habitude, si des lecteurs ont des informations à me transmettre, par mail ou par commentaires sur le blog, qu'ils n'hésitent pas. En ce compris, à propos d'actions de solidarité en Europe.

Policier_solitaire

_colier_devant_le_feu

Je reprends  la "DECLARATION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS INSURGES DE ATHENES" publiée sur le site "Emeutes et amour" (mais dans une autre page, pour maintenir la lisibilité de l'ensemble)

D'autre part, des manifestations lycéennes sont prévues aujourd'hui au centre d'Athènes.

Tout ce que les directions syndicales proposent, c'est "3 h d'arrêt de travail jeudi" (ADEDY) et un "rassemblement" vendredi devant le parlement (GSEE). Juste que quoi sauver les apparences en continuant d'empêcher autant que possible l'union des travailleurs et des étudiants.

Maintenant, il est clair qu'une action comme l'occupation du site de la GSEE, si elle s'est faite isolément (ce qui reste à voir) sans coordination avec les autres formes de luttes, bien que légitime face à la trahison des directions syndicales, ne facilitera sûrement pas cette union.

Même s'il ne faut pas perdre de vue que la manifestation de mercredi, organisée par la plupart des organisations d'extrême-gauche, et rejointe par des fractions syndicales montrent que les directions syndicales sont déjà débordées par leur base (à quel degré, voilà qui est évidemment difficile à estimer d'ici!), et que l'occupation peut avoir été bien vue par les ouvriers les plus radicalisés, voire au-delà.

Pour un retour sur des informations plus anciennes et des analyses de la situation en Grèce, voir les articles de la rubrique "actualités"

**

Etudiants_face___la_police

_tudaints___fleurs

Un autre site en anglais On the Greek riots , très proche apparemment de "Emeutes et amour", mais plus complet.

Ce genre de sites souffrent de la vision "autonome" ou anarchiste, de la lutte, mettant l'accent sur les actions spectaculaires dont ils exagèrent très vraisemblablement l'importance, ne parlant que du rôle des anarchistes, sans aucune mention des autres groupes, ni des luttes au sein des syndicats, refusant tout organisation de la lutte au-delà des "comités de base", et donc toute coordination sérieuse, etc.

Mais des informations, même biaisées ainsi, restent très utiles, face à la désinformation de la presse bourgeoise.

Et il est plus que regrettable, et sans doute pas innocent au regard de leurs positions vis-à-vis des directions syndicales, (voir: Le NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales?)  que ni la LCR ni LO, organisations qui en ont les moyens, ne diffusent aucune information alternative sur leur site!

***

Des infos par AlJazeera English, forcément axées sur le spectaculaire. Mais des images parfois permettent de mieux faire sentir ce qui se passe. Même si je suppose qu'il y a mieux que ceci.

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15 décembre 2008

Grèce : nouveaux éléments

Par la lecture du site du "EEK" , une organisation trotskiste grecque partie prenante des événements actuels, on peut avoir d'autres éléments que ceux qui furent mentionnés dans les articles précédents: Grèce, radicalisation des luttes et NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales.

Les informations données par les camarades de l'EEK confirment le rôle décrit précédemment par les syndicats dans l'annulation de la manifestation initialement prévue. Par contre il apparaît que les directions réformistes de Syriza, dont les eurocommunistes,  n'ont pas résisté beaucoup plus longtemps aux pressions conjointes du gouvernement, du Pasok et du parti stalinien KKE.

Ce dernier n'a pas hésité à traiter les jeunes manifestants de "talibans", "trafiquants de drogue", agents de la CIA, bref du stalinisme pur sucre,  et a dénoncé les eurocommunistes du  Synaspimos et leurs alliés dans Syriza de "protéger les hooligans et les provocateurs". Si dans un premier temps, Syriza, comme je l'indiquais dans les articles précédents, a voulu maintenir la manifestation initiale, cette organisation réformiste qui tentait de jouer les intermédiaires entre l'État et les manifestants a finalement cédé aux pressions et a appelé  aussi à un  meeting en remplacement de la marche.

Celle-ci a cependant eu lieu, organisé par un certains nombre d'organisations d'extrême-gauche: le MERA (front de la gauche radicale  dont est membre l'EEK), l'ENANTIA (gauche anticapitaliste unie) deux organisations maoïstes et le mouvement anti-autoritaire (anarchistes). Certaines sections syndicales, particulièrement du secteur public et des enseignants, se sont jointes à la marche, qui a regroupé près de 25 000 personnes, chiffre exceptionnel pour l'extrême-gauche.

Dans la faculté de droit occupée, des assemblées d'étudiants et de travailleurs ont organisé la coordination de leurs luttes, en formant le Centre d'Action Indépendante. Une déclaration y a été votée (qui, si je ne me trompe, est celle que reproduit le n° 15 du bulletin du CCI (T) ) et que l'on retrouve en anglais sur le site d'une autre organisation trotskiste, l'OKDE.

Dans les jours qui ont suivi, l'"intifida grecque", selon les termes de l'EEK, s'est poursuivie dans tout le pays. Quant à la répression, après que le gouvernement de droite ait tenté en vain de convaincre les autres organisations parlementaires de déclarer l'Etat d'urgence, a envisagé (ou envisage encore) un "état d'exception". On remarque parmi ceux qui chargent les manifestants des groupes paramilitaires d'extrême-droite, dont le "Golden dawn".

Je renvoie à ceux qui connaissent l'anglais au site de l'EEK .

policier_en_feu

Par ailleurs "Futur rouge" publie l'interview d'un dirigeant anarchiste Yannis Androulidakis, secrétaire international du syndicat grec ESE (anarchosyndicaliste) .

Cet interview confirme, quoique de manière plus vague quant au rôle de chaque organisation, ce qui a été dit plus haut, en insistant, comme le fait l'EEK, et que j'ai omis de mentionner, sur le rôle de pointe dans certains affrontements des jeunes de 15 ans et moins, trop peu conscients du danger. 

Il rappelle aussi, de manière circonstanciée,  la violence de la répression policière, alors que l'on voit la presse internationale s'interroger sur la soi-disante "permissivité" de la police!

Il insiste aussi fortement sur le rôle selon lui central des anarchistes dans le déclenchement du mouvement. Et signale le refus de lutter pour le renversement du gouvernement de la part des anarchistes, parce qu'ils croient "qu'un changement de gouvernement ne peut pas changer nos vies..."

Autrement dit, au nom d'un radicalisme anticentralisateur, les anarchistes refusent d'orienter la lutte dans un sens révolutionnaire, abandonnent le terrain du pouvoir à l'Etat bourgeois, se contentant de suivre les décisions des assemblées sans rien proposer pour "ne pas jouer le rôle d'une avant-garde". Effectivement, aucun risque. Mais on se demande alors à quoi servent les organisations anarchistes, en tant que telles, au-delà du courage et de la détermination des éléments individuels aux côtés des étudiants, et qui est indéniable. 

Il ya quand même une incroyable contradiction entre ces affirmations du "rôle important des anarchistes" et le refus d'être une "avant-garde". De deux choses, l'une: ou ils suivent le mouvement, sans rien proposer, et ils ne peuvent prétendre jouer un rôle "important"; ou ils avancent des propositions, et se placent dans le rôle d'une avant -garde, qu'ils le veuillent ou non, même si c'est une avant-garde confuse et incapable d'assumer son rôle.

Une autre source d'informations sur la Grèce, que m'a signalée Futur Rouge: Info-Grèce.




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10 décembre 2008

Guyane, Guadeloupe, Réunion: que s'est-il passé?

Plus encore que la situation en Grèce, le silence sur la situation en Outre-mer dans les médias français a été hallucinant.

Un article dans rue 89 d'abord. Le silence s'est un peu brisé, sans doute parce que les informations circulaient sur le net, et que le mouvement s'est terminé. Quand c'est trop tard, ce n'est plus dangereux.

Une source un peu curieuse, mais finalement, sur Yahoo QR, des témoignages de première main,

Je reprends ici les témoignages les plus intéressants:

"il s'agit d'une coordination de citoyens avec les associations de consommateurs et de professionnels avec tous les commerçants et les transporteurs routiers, pour faire baisser significativement le prix des carburants.
De plus que le même mouvement de citoyens et de professionnels a été couronné de succès il y a quinze jours dans le département de l'île de la Réunion, avec une baisse immédiate de 10 centimes pour les particuliers et de 20 centimes pour les professionnels
."

"Je vis à Cayenne, au centre, donc je suis à l'intérieur de la zone bloquée. Ici, plus une seule épicerie ouverte, certaine servent les clients à travers leurs grilles mais elles sont rares, plus un seul magasin, plus d'essence (de toute façon nous ne pouvons pas bouger...) plus d'administration, plus de cours (je suis à l'IUFM). Les émeutes ont effectivement eu lieu cette nuit, la cité Brutus (en ce qui nous concerne, je ne sait pas pour le reste de la ville) a été le théâtre de barrage sur la route, fait de carcasses de voitures et d'ordures qui ont été mises à feu. Je pense que les forces de l'ordre sont intervenues. On m'a déconseillé de sortir en fin d'après midi. Malgré tout ça, je suis solidaire des manifestants qui ont le courage d'ouvrir leur g... pour que nous tous nous en profitions, car le carburant est utile à tous à différents niveaux."

Avant la Guyane, il y a eu la Réunion, et un mouvement, peut-être limité aux transporteurs, en Guadeloupe.

Des informations sur la Guadeloupe sur le Post

Le mouvement y est limité aux petits patrons, surtout du transport et autour du prix de l'essence. Mais ce qui s'est passé en Guyane montre que le mouvement peut s'étendre.

Les petits patrons ont des intérêts communs avec la grande bourgeoisie (cotisations sociales, entre autres) mais aussi avec les travailleurs (coût de la vie, dont le carburant, justement)/ C'est aux travailleurs à faire de cette lutte corporatiste une lutte générale contre la politique du gouvernement en Guadeloupe.

Les révolutionnaires doivent lutter dans les syndicats, (ou peut-être dans des associations de "consommateurs" (voir ce qui s'est passé en Guyane) pour que les syndicats rejoignent le mouvement.

Suite plus tard

Comme pour la Grèce si vous avez des infos, les comms sont là pour ça aussi.

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Grèce: radicalisation des luttes

08/12:

On est en manque d'infos, comme d'habitude, la presse bourgeoise française ramenant cela aux émeutes des banlieues de 2005. Or, on se trouve en Grèce dans un mouvement clairement politisé, essentiellement étudiant. Les anarchistes et le mouvement de la gauche radicale Syriza entre autres, (seuls noms cités par la presse) y jouent un rôle de premier plan. Et parallèlement à cela, il y a une montée des luttes sociales, contre les privatisations, entre autres.

La violence policière d'un État héritier du régime fasciste des colonels est un élément déclencheur. Les incidents semblables à celui qui a causé la mort d'un jeune garçon de 15 ans se multipliaient ces derniers temps. Mais c'est la politique d'attaque frontale du gouvernement de droite contre les classes populaires (entre autres retraites et enseignement ( salaires au niveau du smic) qui est visée.

Les scandales financiers à répétition impliquant l'église orthodoxe jouent sans doute un rôle mineur dans ces événements, mais affaiblissent le soutien de l'Etat dans les classes moyennes.

Mercredi doit avoir lieu une grève générale décidée par les organisations syndicales, tandis que les protestations étudiantes contre la violence policière se multiplient.

Avec ce peu d'informations, il est encore difficile de déterminer quels devraient être l'action d'un parti révolutionnaire, mais les grandes lignes peuvent être esquissées:

Il me semble clair qu'il faut tout faire pour unir les deux mouvements, étudiant contre la violence policière et social des ouvriers La mouvance autonome, très active, du moins selon la presse bourgeoise et ces autonomes eux-mêmes préfèrera sans doute continuer des actions isolées. Cependant l'union des deux mouvements se fera sans doute, mais de manière ponctuelle et désorganisée.  Le rôle d'un  parti révolutionnaire est de chercher à construire des relations organiques entre les deux, le mouvement étudiant devant soutenir les ouvriers dans sa lutte contre le gouvernement , mais aussi contre le sabotage des luttes par les syndicats, en appelant à une grève générale illimitée, et non à cette farce que sont les " grèves de 24 h".

Vu la radicalisation, il faut mettre en avant la chute du gouvernement, l'ensemble des revendications minimales et maximales, et l'appel à un gouvernement ouvrier. Si on ne le fait pas dans de telles circonstances, on ne le fait jamais!

Toute information plus précise sur la situation, son évolution et ses mécanismes est bienvenue.

Le journal bourgeois le plus précis sur le meurtre d'un étudiant qui a déclenché les luttes est la Tribune de Genève:

"Andreas, 15 ans, était le fils d’un ingénieur et d’une bijoutière du quartier huppé de Kolonaki. Ce n’était ni un extrémiste ni un marginal. Samedi soir, il se trouve pourtant parmi le groupe qui jette des pierres contre un véhicule des «gardes spéciaux» qui circule dans le quartier universitaire d’Exarchia près du centre d’Athènes. Un acte de défiance vis-à-vis de policiers qui ont la réputation d’être embauchés sur favoritisme politique? Le véhicule s’arrête, un policier sort et tire à trois reprises en direction d’Andreas. Mortellement touché à la poitrine l’adolescent s’écroule."

(source : anthopologie du présent)

Suite (10/12):

En vitesse: je viens de lire une dépêche AFP, qui souligne combien l'unité des deux mouvements, étudiant et ouvrier, est une clé du débat.

Le Premier ministre a lancé un appel "à renoncer à toute manifestation dans la capitale. M. Caramanlis avait souhaité mardi, dans un discours à la Nation, qu'il n'y ait pas de confusion entre les combats des travailleurs et la mort de l'adolescent." Autrement, dit, il a bien vu le danger. Et en particulier, la jonciton entre les éléments les plus politisés et le mouvement de masse.

 

Mais la suite est plus instructive encore:

Les directions syndicales n'ont pu évidemment répondre à cet appel. Ils auraient été complètement déconsidérés. Mais

"les syndicats ont cependant pris en compte la situation: ils ont annulé un grand défilé prévu dans le centre d'Athènes et appelé les travailleurs à un rassemblement "paisible" devant le parlement, sur la place Syntagma, à 12h00 (10h00 GMT)"

Un exemple de plus de la collaboration entre directions syndicales et Etat bourgeois, et qui justifie une lutte sans relâche, au sein des syndicats, contre ces directions, et un appel à la grèce générale illimitée contre la politique anti-populaire du gouvernement, et contre la répression policière.

17 h 00 :

Enfin un article, assez bien sur le plan informatif, sur le site du NPA .

Mais sur le plan politique, l'article, en première page du site est plutôt mince.

Le minimum est donné:

- l'alliance nécessaire entre les deux mouvements est mis en avant, c'est très bien, mais comment cette alliance peut-elle prendre forme? Voilà qui serait intéressant.

- Et l'exigence, qui est déjà celle des partis sociaux-démocrates, de démission du gouvernement, ok. Mais sans offrir la perspective simple, et évidente en de telles circonstances (pour des révolutionnaires, s'entend) de "gouvernement ouvrier".

Rien sur la grève générale illimitée, rien sur l'auto-organisation des luttes: bon, ok, c'est un premier article écrit dans l'urgence. On peut espérer qu'il sera corrigé pour être plus complet. Car c'est la "vitrine" du site, et donc du NPA sur Internet.

Mais surtout rien sur l'attitude inacceptable des directions syndicales qui ont déplacé les manifestations pour éviter la jonction. Et par conséquent rien sur la lutte indispensable des travailleurs contre ces directions.

LE NPA est encore en formation, on peut espérer que ce discours évoluera. Mais  il faudra beaucoup d'énergie aux militants révolutionnaires en son sein: car cela rappelle terriblement la LCR, et ses habitudes de "faire pression" sur les directions existantes,sans proposer d'alternative ni faire de critiques réelles. Il faut que le NPA évite cet écueil s'il ne veut pas, dans les luttes à venir, s'embourber dans l'impuissance, et rester sur le bord de la route pendant que ses militants se battent et s'exposent à la répression .

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