Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

28 novembre 2008

De l'intérêt commun de se détester

Dans un article d'un blog de Libé, Hexagone,  est reprise une déclaration du cardinal français Jean-Louis Tauran: "«Comment a fait Dieu pour revenir dans nos sociétés?",  se demande-t-il. "C'est le grand paradoxe: grâce aux musulmans. Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l'espace pour Dieu dans la société».

 

On ne pourrait mieux dire combien, alors que tout est fait pour opposer les peuples les uns aux autres, entre autres par la religion, et afin qu'ils ne s'occupent pas de leurs oppresseurs, les dirigeants de ces mêmes religions ont parfaitement conscience de leurs intérêts communs. Intérêt qui consiste d'ailleurs essentiellement à entretenir ces oppositions, grâce à quoi les religions, redevenues identité sociale et refuge, peuvent servir leurs maîtres bourgeois.

 

Avoir pour intérêt commun de se haïr n'est pas une position psychologique commode, propagandiste encore moins. Chaque religion engendre en son sein un partage des tâches, entre œcuménisme bon enfant, dont le cardinal Tauran, s'opposant à la thèse de Huntington sur le "choc des civilisations"  se veut là l'interprète, et affirmation identitaire, comme l'exigence d'une référence au caractère "chrétien" de l'Europe dans la constitution européenne par l'Église catholique. En faisant croître d'un côté  "l'espace pour Dieu dans la société", et de l'autre en favorisant le repli identitaire, la division entre les peuples est assurée, sans qu'il soit nécessaire de l'entretenir ouvertement: en ce sens, la thèse de Huntington, n'est plus vraiment nécessaire aux clergés chrétiens.

 

Pour autant, il n'a pas suffit aux musulmans  "de demander de l'espace pour Dieu dans la société" , comme dit le cardinal, pour qu'ils l'obtiennent. D'abord, ce ne sont pas "les" musulmans, mais le clergé musulman qui a exercé ce genre de demande.

 

Ensuite, c'est la politique des États européens, fondée sur la bonne compréhension de leurs intérêts propres, qui a conduit à la "communautarisation" de la société, en instituant, qu'il y ait demande ou pas d'ailleurs, les divers clergés comme représentants auprès des États de prétendus intérêts communs de leurs fidèles ou supposés tels. En imposant ainsi aux immigrés venus des pays dits musulmans, privés des droits politiques leur permettant de s'intégrer, comme de structures communautaires laïques, des représentants religieux choisis par les États européens, ce sont ces États qui ont permis à "dieu de revenir dans nos sociétés". Favorisant ainsi la manifestation communautariste et religieuse au sein des diasporas des pays musulmans, les États ont favorisé, par réaction, et dans un climat entretenu de racisme et de peur, la résurgence de la prétendue "identité chrétienne".  C'est en ce sens que le retour du religieux, commencé par l'islam, se propage aux autres religions.

 

En Europe comme ailleurs, la montée des fondamentalismes religieux, musulmans comme chrétiens est d'abord le fait des États Occidentaux, qui se trouvent être chrétiens, mais qui sont surtout, avant tout, capitalistes, préférant que les peuples se déchirent entre eux plutôt que de prendre leur destin en main.

Posté par charp à 21:36 - Dans la presse et les blogs - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,


« Accueil  1