Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

29 novembre 2008

Crise économique actuelle: 2 les plans de relance

1re partie: 1 Causes et contexte de la crise.

Prévoir l'avenir, en histoire et particulièrement en économie, revient souvent à tirer à l'aveugle vers une cible mouvante. Mais la crise économique actuelle laisse tellement peu de choix aux gouvernements, qu'il est aisé de deviner au moins les axes généraux du court et moyen terme.
La gravité de cette crise ne permet pas à ceux qui veulent sauver le système économique actuel de choisir entre divers remèdes: il faut les utiliser tous.

En simplifiant, on peut diviser la réponse des classes dominantes et de leurs États en quatre parties:  économique, sociale,  idéologique et politique. La part économique est ce que la presse et les gouvernenements appellent généralement les plans de relance; la part sociale, ce sont les "efforts que nous allons "tous" devoir faire": baisse de salaires réels, coupure dans les dépenses sociales, etc; la part idéologique, c'est la propagande pour convaincre ceux auxquels on demande de faire ces efforts, c'est-à-dire les travailleurs, d'accepter les mesures sociales; et enfin, la part politique, c'est pour forcer ceux qui n'auraient pas été convaincus.

 

1 Economie

Rien d'original à attendre: il s'agira, comme en 1929, comme en 1981, comme en 2001, de créer des marchés artificiels, par l'endettement et l'aide au crédit. Néanmoins l'administration Obama ne donnera sans doute pas la même forme que les administrations républicaines, sous Reagan et Bush Junior, à ces deux types de réponses à la crise.

A L'endettement ne passera pas, dans un  premier temps, par une augmentation radicale des dépenses militaires (même si l'économie américaine restera fondée sur l'économie de guerre), mais par des grands travaux, inspirés du New Deal de Roosevelt. Oubliant que ce "New Deal" n'a sorti l'économie américaine des années trente que durant quelques années. Il a fallu la 2e guerre mondiale pour mettre vraiment fin à la crise de 1929, 2e guerre qui fit entrer les États-Unis dans l'économie de guerre en temps de paix, dont ils n'ont pu sortir.

B La baisse de la fiscalité des entreprises

Une partie de l'endettement servira aussi à couvrir les baisses de prélèvement fiscaux sur les profits des entreprises, baisse des revenus de l'État censée être compensée par l'augmentation des recettes que pourrait permettre la relance de l'économie, aidée par ces mesures. Dans les faits, il s'agit de rendre aux entreprises une part de leur profit, sans aucune contrepartie. Autrement dit, un don de la collectivité au privé.

Cette mesure ne résoudra rien; au contraire. En aidant les entreprises à rétablir leur équilibre financier, on met à mal le mécanisme d'autoprotection du marché, face à la surproduction: la disparition d'une partie de la production suite aux faillites. D'autre part, les investissements supplémentaires que les sociétés pourront réaliser grâce à ce cadeau servira essentiellement à augmenter la productivité, et donc, à terme, à aggraver la crise de surproduction.

C L'aide au crédit passera pour une bonne part par des prêts aux organismes financiers, aux industriels et aux particuliers. mais surtout par des garanties, afin de relancer les mécanismes privés du crédit, l'Etat étant incapable de fournir directement les prêts nécessaire à la relance de l'économie. La différence entre "garantie" et "crédit", surtout au niveau de l'Etat, n'est en pratique pas très différente: c'est, toujours, de l'argent virtuel, une anticipation sur les richesses futures, un pari sur la croissance. Mais ce pari risque fort d'être perdu: aucun nouveau marché réel ne viendra donner corps à ces marchés virtuels.

Mais l'économie américaine, depuis ces vingt dernières années, ne peut plus à elle seule relancer la machine mondiale. Si l'Europe, malgré l'absence de pouvoir politique central, tentera tant que bien que mal de suivre la politique américaine, le sort de l'économie mondiale repose pour une bonne part sur le dilemme de la bureaucratie chinoise, étant donné la très forte imbrication entre économie américaine et chinoise.

Le dilemme de la bureaucratie est le suivant: créer un marché intérieur ou continuer de financer la dette américaine.

Face à l'effondrement des marchés extérieurs, qui constituaient le moteur essentiel de la production chinoise, la bureaucratie, pour sauver son économie, et sa peau, va devoir développer au plus vite son marché intérieur (Sur la situation économique en Chine). Contrairement aux sociétés occidentales, elle en a les moyens, grâce au capital accumulé durant ces vingt dernières années. Là, ce n'est pas de la richesse virtuelle empruntée à un hypothétique avenir, mais la richesse déjà créée. Une telle politique permettrait peut-être d'offrir un répit à l'économie mondiale.

Sauf que cela suppose un désinvestissement vis-à-vis des États-Unis, alors que ce sont les capitaux chinois qui ont financé la dette américaine et rendu possible les plans de relance passés comme ils rendent possibles les futurs plans de la nouvelle administration. Le retrait des capitaux chinois enfonceraient les économies occidentales plus encore dans la crise. Et même la croissance du marché intérieur ne pourrait seule absorber la croissance de la production chinoise: si les marchés des pays occidentaux s'effondrent, la Chine sera entraînée aussi dans le gouffre.


A venir, 3e partie: Les plans de relance 2, la baisse radicale des salaires réels






28 novembre 2008

Dans la presse: situation économique et sociale de la Chine

Dans le cadre de la crise actuelle, l'évolution de la société chinoise est naturellement essentielle.  La Chine a constitué le principal nouveau marché des 20 dernières années, permettant à l'ensemble du système de sortir de la crise de la 2e moitié des années 80.

 

Un article du MondePékin face à un sévère coup de frein économique, commence par relater la révolte d'ouvriers licenciés dans l'industrie du jouet, (voir aussi l'article du Nouvel Obs sur ce sujet) l'un des industries exportatrices chinoises les plus rapidement touchée par la crise : selon l'article, le ralentissement de l'économie chinoise  "s'est traduit par la disparition de la moitié des entreprises exportatrices chinoises de jouets au cours des sept premiers mois de l'année, et par des licenciements massifs dans la province du Guangdong."

 

Il n'est pas besoin d'être économiste pour comprendre que l'éclatement de la crise financière, ajoutant à la perte constante du pouvoir d'achat, facteur objectif,  un facteur subjectif, une crainte dans l'avenir, déjà croissante face à la précarisation de l'emploi, va provoquer une aggravation rapide de la situation dans ce secteur.

L'article poursuit:

 

"Mais le recul des exportations affecte tout autant le secteur textile, l'industrie lourde (acier et ciment) et l'immobilier puisque les prix des logements chinois ont reculé de 3,5 % par rapport au sommet de la fin 2007, selon les statistiques de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

 

A court terme, les perspectives économiques sont sombres en Chine. La Banque mondiale vient, une nouvelle fois, d'abaisser ses prévisions de croissance, qui a culminé en 2007 à 11,7 % et qui reviendra à 9,4 % cette année.

 

[...]

 

A elle seule, la chute des exportations et la poussée des importations - qui pourraient excéder les exportations pour la première fois depuis longtemps - amputeraient la croissance chinoise d'un point. Cela n'empêchera pas les réserves de la Chine, qui sont les plus importantes du monde devant les réserves japonaises, de passer de quelque 1 900 milliards de dollars à 2 550 milliards."

 

 

Et il se conclut ainsi:

 

"Malgré la multiplication des émeutes, les experts de la Banque mondiale contestent la thèse très répandue selon laquelle la Chine a besoin d'une croissance d'au moins 8 % pour donner du travail aux millions de migrants qui se sont déplacés des campagnes vers les zones littorales en expansion rapide. Selon eux, cette thèse n'a pas de base scientifique, et le marché du travail restera tendu.

 

De son côté, l'OCDE est optimiste à long terme, car elle juge que Pékin conduit une politique budgétaire "saine". Ce qui a permis de lancer, le 10 novembre, un plan de soutien à la croissance associant une politique de grands travaux et des dépenses sociales qui ne menacent pas les finances publiques. Elle voit les exportations chinoises repartir à la hausse à partir de 2010, même si l'inexorable montée des coûts salariaux chinois ne permettra plus à la Chine de tailler des croupières aux industriels du reste du monde dans les mêmes proportions qu'au cours des cinq dernières années."

 

Il faut aller dans un article sur le même sujet dans le Figaro, La croissance chinoise au plus bas en 2009, pour apprendre que ce que l'article du Monde appelle vaguement "la thèse très répandue", à propos de la nécessité d'une croissance de 8%  pour absorber l'exode rural vers les villes, est en fait la thèse défendue par l'État chinois. Et cet article du Figaro, contrairement à celui du Monde qui parle des migrants "qui se sont déplacés", donne lui l'évaluation de la migration future: "350 millions de paysans sans travail vont débarquer dans les villes d'ici à 2020".

 

Quelques remarques: l'article du Nouvel Obs, contrairement au Monde, souligne à propos de l'émeute au Guandong, que des chômeurs se sont joints aux travailleurs licenciés. Un exemple parmi tant d'autres du "risque social" créé par cet exode rural dans un contexte de crise.

 

Je n'ai plus la référence, mais j'ai récemment noté l'appel, par les autorités centrales chinoises à l'intention des autorités locales, de modérer la répression contre les manifestations des travailleurs qui, disait l'article, ne manqueront pas de se produire à cause de la crise.  Que les autorités chinoises, généralement peu scrupuleuses en matière de répression, fassent une telle demande montre que leur crainte actuelle est, non pas l'éclatement d'émeutes ci et là, mais leur contagion, et leur transformation en un mouvement plus général, contagion qu'une répression trop brutale risquerait de provoquer ou d'accélérer. Il s'agit de ne pas mettre le feu aux poudres.

 

Pour revenir à l'article du Monde, des chiffres sur l'économie chinoise y sont joints:

 

"Demande domestique : + 11,4 % en 2007, + 9,4 % en 2008, + 8,1 % en 2009 et + 9,2 % en 2010.

 

Excédent budgétaire (en % du PIB) : 2,1 % en 2007, 2 % en 2008, 0,8 % en 2009 et 1 % en 2010.

 

Balance des opérations courantes (en milliards de dollars) : 371 milliards en 2007, 398 en 2008, 437 en 2009 et 472 en 2010.

 

Vente de logements en 2008 (sur huit mois) : - 12,7 %. A Pékin : baisse de 50 % des transactions immobilières. La construction résidentielle a cru de 30,5 %. Mais il y a un déficit de logements à bas prix"

 

On remarquera que la situtation actuelle montre une nette chute de la demande, mais prévoit une remontée en 2010. C'est là "l'optismisme à long terme" de l'OCDE, lui-même fondement de la critique de Banque mondiale de la thèse du plancher des 8%.

 

Or, il convient de remarquer que ces derniers mois, les prévisions économiques de ces "experts" ne cessent d'être révisées, de semaine en semaine, dans le sens négatif, la durée supposée de la crise ne cessant, au gré de ces corrections de s'allonger. La situation sociale en Chine n'est pas prête de s'améliorer, menaçant l'ensemble de la société chinoise, et par elle l'ensemble du sytème mondial, la Chine étant à la fois un marché essentiel et, comme l'indiquait l'article du Monde, la réserve de capital la plus importante du monde, réserve qui constitue, par l'achat de bons du Trésor américain entre autres, l'un des piliers de la politique de déficit budgétaire des Etats-Unis, espoir principal de relance de l'économie américaine, et par là de l'économie mondiale.

 

Un dernier point sur les chiffres donnés dans le Monde: on y voit très bien les contradictions de l'immobilier: la construction augmente, les transactions diminuent. Même si le premier chiffre concerne seulement le résidentiel, alors que l'autre intègre l'ensemble, il est clair que cela ne peut que provoquer une chute plus forte des prix de l'immobilier. Ce que souligne, de manière plus marginale que le laisse entendre le titre cet autre article du Monde: La crise redonne aux classes moyennes l'espoir d'accéder à la propriété immobilière. Cet "espoir d'accéder" grâce à une baisse des prix signifie bien cette crise de l'immobilier et de l'industrie lourde (ciment et acier) dont parle l'article.

 

Mais comme le souligne la dernière remarque du tableau de chiffres du Monde, "il y a déficit des logements à bas prix". Autrement dit, pour les travailleurs, et plus encore les travailleurs licenciés et surtout les migrants venus des campagnes, la crise du logement va s'aggraver, constituant un autre facteur de désordre social.

 

Un autre article sur la crise en Chine, "La Chine n'abdique pas", qui montre que l'une des voies du gouvernement chinois pour faire face à la crise est l'endettement et la croissance du marché intérieur au détriment du marché extérieur, ajouté à une baisse des taux. C'est-à-dire, en gros, la politique déjà appliquée par les Etats-Unis, et qui a permis des relances provisoires, au prix d'une fragilisation accrue.  Avec ce point essentiel: une telle politique suppoosera un rapatriement des capitaux investi aux Etats-Unis, entre autres dans les Bons du Trésor. Voir cet autre article:  Et si les chinois cessaient de financer l'Amérique ?

 

Autre article sur des émeutes en Chine, liées cette fois aux expropriations des paysans chinois:  Affrontements entre paysans et policiers sur fond de crise sociale.


 

Posté par charp à 13:56 - Dans la presse et les blogs - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1