Divergence

01 février 2009

Sur la décroissance 1

Qu'est-ce que la "décroissance"? Un concept utilisé par de nombreux petits courants idéologiques actuels, de la droite à l'ultra-gauche, en passant par certains écologistes.

Pour l'essentiel, il s'agit de refuser de considérer la croissance économique comme un bien en soi, voire de la considérer comme un mal, cause des crises sociales et écologiques actuelles. Elle va souvent de pair avec une critique radicale des technologies modernes, telle que la développe certains courants anti-industriels.

Il a quelque ironie à voir ce courant se développer au moment où éclate une crise majeure de surproduction: ce que réclament les décroissants, la crise du capitalisme semble en voie de l'appliquer.

Il y a même quelqu'indécence à réclamer moins de consommation à la majeure partie de la population, pour qui il est de plus en plus difficile de simplement payer son loyer, des études pour leurs enfants ou une alimentation convenable, et en cette période de licenciements massifs qui vont mettre des millions de personnes dans l'incapacité de faire face aux exigences les plus élémentaires de l'existence. 

L'idéologie actuelle de la décroissance s'est développée dans la société de consommation occidentale de l'après deuxième guerre mondiale, société de consommation dont elle se veut la critique la plus radicale. Or la crise actuelle signale justement que cette parenthèse est terminée.

Ce que nombre de critiques de la société de consommation ou de "spectacle" ont pris pour un nouveau modèle de société succédant au capitalisme traditionnel, ou forme moderne de celui-ci, n'était qu'un état transitoire et local, quelques décennies dans quelques pays. Ce que la crise actuelle signale, c'est le retour du capitalisme à son fonctionnement normal, nécessaire. La crise siffle la fin de la récréation.

La relative élévation du pouvoir d'achat des masses dans les pays anciennement industrialisés reposait sur un double phénomène: la peur de la révolution, qui obligea les gouvernements bourgeois à limiter l'exploitation en Occident, face aux revendications des travailleurs, et l'incorporation de millions de travailleurs dans la production capitaliste dans le reste du monde, incorporation qui, grâce à une exploitation maximale et à l'accaparement de ce profit par les impérialismes occidentaux, libérait un profit gigantesque dont une partie servit à calmer les mouvements sociaux en Occident, et secondairement, à soutenir une consommation de masse favorable à l'économie de ces pays.

Les décroissants ont en fait pris pour argent comptant la propagande libérale qui faisait de la société de consommation l'avenir radieux du capitalisme. A peine exprimées, les théories de la décroissance sont, sur le plan économique et social, déjà obsolètes. Ces idéologies qui croyaient ringardiser le marxisme ont considérablement plus mal vieilli que lui.

C'est que ces théories, malgré leur apparence "modernes" ont, -comme tous les courants idéologiques actuels- de bien anciennes racines. Des racines qui montrent cependant que, loin d'être une idéologie de "gosses de riches" à laquelle certains de leurs critiques voudraient les réduire, la décroissance est un courant d'opposition constant à la civilisation occidentale, et présent dans toutes les couches sociales.

L'une des racines du courant anti-industriel se trouve en effet dans le mouvement ouvrier, avec le "luddisme", ce mouvement ouvrier anglais du textile du début du XIXe siècle, qui sabotait les nouvelles machines, causes à leurs yeux de l'appauvrissement des travailleurs, et de l'esclavagisme industriel. Ce courant mi-organisé  mi-spontané fut réprimé avec sauvagerie par le gouvernement britannique. Celui-ci imposa et appliqua la peine de mort pour le sabotage. C'est l'impasse à laquelle était conduit ce mouvement qui favorisa le développement des formes plus classiques de luttes qui donnèrent naissance au mouvement ouvrier moderne, d'abord strictement syndicaliste avant d'adopter le socialisme comme idéologie de classe opposée à la société bourgeoise. 

Il est une autre source, que l'on peut trouver dans les nombreuses critiques de la civilisation comme le rousseauisme. De Rousseau, la critique de la civilisation fut reprise par le romantisme (et certains courants socialistes anciens). Dans le milieu artistique, la critique romantique fut à son tour reprise par le surréalisme, et de là, par le situationnisme, qui a nourri de nombreux courants anti-industriels actuels.

A cet égard, les décroissants et les anti-industriels peuvent continuer d'apparaître comme des critiques plus "radicaux" de la société que ne le sont les marxistes, qui partageraient avec la bourgeoisie l'illusion du progrès technique et de la croissance économique infinie.

Ce sera l'objet d'un prochain article.

Posté par charp à 22:35 - Réformisme et révolution - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
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13 décembre 2008

De quoi a peur la LCR?

Comme je l'écrivais en fin d'article sur le licenciement, les responsables du forum du NPA viennent de me virer du site.

Le fait, est, comme en témoignent les articles ci-dessous:

Le NPA : couvrir ou affronter les organisations syndicales

La gauche archaïque et la droite moderne

que je n'ai pas épargné politiquement sur ce forum les tenants de la ligne de la direction de la LCR.

Mais que s'agit-il de construire,  dans ces "comités NPA" et ce forum? La LCR ou le NPA?

Et depuis quand de véritables révolutionnaires - au contraire de leurs caricatures bureaucratiques-  ont-ils peur du débat? D'autant qu'en ce qui me concerne, cela se sera réduit à quelques interventions, et discussions parfois très ouvertes et enrichissantes avec d'autres camarades, aussi bien "écosocialistes" que "libertaires" ou tenants d'une ligne révolutionnaire.

J'interviens seul sur ces forums, et ne peut intervenir dans les comités, puisque je milite en Belgique. Je ne constituais donc aucun "danger sérieux", je n'insultais pas les intervenants et contrairement à certains des défenseurs de la ligne de la direction de la LCR, j'ai préféré des réponses politiques à  des insinuations et procès d'intention.

Il semble que la LCR, relativement ouverte vers les opinions plus à droite, soit décidée à maintenir une ligne ultra-sectaire face à l'opposition de gauche.

Au besoin, l'on déformera les positions des adversaires.

Comment déformer les positions de ses adversaires en tablant sur la faible culture politique des intervenants

Il est intéressant de revenir sur un type de déformation, fréquent de la part de cette tendance, pour en démonter le mécanisme.

Si la plupart des organisations révolutionnaires caractérisent la LCR plutôt comme une organisation "hésitant entre la révolution et le réformisme", il est par contre fréquent de qualifier de réformiste telle ou telle de ses positions particulières.

Comme on peut le lire dans le texte "Le Réalisme révolutionnaire face à l'utopie réformiste", le terme de réformiste n'est nullement pour moi une insulte, ni le signe d'un passage du côté de la bourgeoisie. C'est une erreur, ou une faiblesse.

Mais il est vrai que le PS fut un parti réformiste,(ce qu'il n'est même plus)  que la social-démocratie dont il est l'expression actuelle en France,  est passée du côté de la bourgeoisie depuis sa trahison de 1914, où elle approuva le carnage des soldats dans la guerre impérialiste, et n'a cessé depuis d'être du côté des oppresseurs contre les opprimés.

Je parle là de l'organisation politique social-démocrate, non de ses militants, qui comptent  parmi eux(de moins en moins quand même) de sincères alliés de la classe ouvrière, de sincères défenseurs des opprimés.

A mes yeux, leur engagement dans le PS est une erreur, pas une trahison. Et il en va de même pour tout réformiste sincère, comme mon texte le souligne. De nombreux défenseurs des droits de l'homme,des prisonniers, des SDF, des immigrés et de nombreux mouvements associatifs sont politiquement des réformistes. Mais clairement dans leurs actes des alliés des travailleurs et des opprimés.

Il n'est venu à personne de sérieux dans le mouvement trotskiste  l'idée de prétendre que la LCR, le POI ou LO sont passés du côté de la bourgeoisie! Nous laissons ce genre de délire sectaire à l'ultra-gauche antitrotskiste comme les CCI.

Mais comme pour un militant de la Ligue, qui ignore généralement nos positions,  réformiste = PS, seul parti réformiste aux yeux de la LCR (la Ligue ajoute éventuellement le PCF et les Verts, mais sans insister) et que le PS, tout le monde est d'accord là-dessus, le PS compris d'ailleurs, défend le capitalisme,  cela va permettre la manipulation suivante, effectué par un des intervenants à l'intention de militants du CRI:

" On a d'un côté nos "purs révolutionnaires"  du CRI qui vomissent à longueur de page [souligné par moi] (sur leur site) sur la LCR en déformant ses positions.

Le terme réformiste implique de la part du CRI que la LCR est de l'autre côté de la barrière de classe, qu'elle défend le capitalisme et empêche l'émergence d'un parti révolutionnaire.

De l'autre côté, sur ce forum, et vis à vis du NPA, le CRI  se présente comme voulant faire "avancer le débat", demandant à ce que l'on discute gentiment du fond"

Le tour de passe-passe est joué: les militants qui critiquent les positions réformistes de la direction de la LCR sont des sectaires délirants qui nous rangent dans le camp de la bourgeoisie. Nous, direction de la LCR et apparentés, ne répondrons pas à leurs propositions politiques. Ne les écoutez pas, et suivez dans l'unité. Silence dans les rangs.

Voilà les militants du NPA prévenus.

Le miroir des sectaires

Sans doute faudrait-il lier cela à l'exclusion des comités de 2 militants du CRI, exclusions dont je sais peu de choses, mais que, dans le cadre du forum, personne n'a été capable de justifier. Sauf par le type d'arguments ci-dessus.

Comme j'ai défendu, dans la discussion dont est extrait cette intervention, les propositions du CRI (tout en soulignant que c'était à première lecture, je ne les ai pas analysées dans le détail) et que j'ai réagi à ces accusations sans fondements qui avaient surtout pour objet d'empêcher un débat politique sur le fond, ces accusateurs du CRI m'ont pris pour un membre du CRI: il ne pouvait leur venir à l'idée qu'un militant révolutionnaire puissent se déclarer en accord avec certaines positions d'un autre groupe que le sien, et les défende contre des accusations infondées. Vous avez dit sectarisme?

Sectaire, voilà justement une des accusations préférées des tenants de la direction de la LCR à l'égard de son opposition de gauche. Ils prennent appui sur le fait que ces organisations sont petites. Le problème est que le caractère sectaire n'a rien à voir avec la taille de l'organisation.

Des petits groupes sectaires considérant tous les autres comme des traîtres et des contre-révolutionnaires, il en existe. Ils enverront quelques poignées de militants à l'échec, et c'est déjà regrettable.  La LCR, elle, risque d'envoyer des milliers de militants et de sympathisants de la cause révolutionnaire à l'échec, par sa politique opportuniste, par la confusion de ses positions, par son attitude sectaire vis-à-vis de l'opposition de gauche. Elle risque de semer le découragement, et la division. Car c'est un paradoxe que cet apparent effort vers l'union qu'est le NPA risque fort, dans les conditions où il est initié, de conduire à plus de divisions encore.

Le NPA est mal parti.

Espérons que ses militants sauront éviter les écueils vers lesquels l'entraîne la direction de l'ancienne LCR. Mais pour cela, il faut que les militants sortent du sous-développement politique dans lequel les maintient la direction de la LCR (je reviendrai sur ce point) et il faut surtout qu'en son sein le combat soit sans relâche pour le respect des règles démocratiques de toute organisation révolutionnaire, pour l'encouragement à l'esprit critique, et à une réfelxion personnelle sérieuse.

(NB: à noter que la suppression de mon compte a entraîné l'illisibilité de mes interventions (visibles, mais avec le code HTML): la mesquinerie et le sectarisme ont toujours fait bon ménage. Le sectaire a remplacé par la hargne la colère du révolutionnaire)

Posté par charp à 20:05 - Réformisme et révolution - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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07 décembre 2008

La gauche archaïque et la droite moderne

(texte repris d'une intervention sur le forum du NPA)


C'est devenu un lieu commun du débat politique: toute personne située à ma gauche est archaïque, dépassée ou conservatrice.

Ainsi, pour l'UMP, le PS est archaïque.

Pour les "royalistes", les Aubrystes et consorts défendent le "vieux" parti contre le "nouveau", et ne sont que des éléphants" bons pour le cimetière.

Pour les réformistes de toutes les tendances, du PS et des Verts, le marxisme est dépassé.

Au sein du mouvement trotskiste, toute personne qui défend la ligne fondamentale liée au "Programme de transition", [c'est-à-dire la liaison entre revendications minimales -défense des salaires, droits démocratiques, refus des licenciements, mesures de protection de l'environnement,énergies renouvelables, etc. -  et revendications révolutionnaires - gouvernement ouvrier, république des conseils ouvriers, étatisation sous contrôle ouvrier des grandes banques privées, etc.., en liant les deux par la dynamique de la lutte (appel à la grève générale, lutte contre les directions syndicales) ] est considérée comme "archéotrotskiste" par les défenseurs d'une ligne opportuniste qui refusent d'affronter clairement les réformistes, et cherchent de "nouvelles" voies à la lutte révolutionnaire, voies qui n'étant fondées sur aucune réalité, finissent en impasses

Et ici encore, dans ce forum, ce même type d'arguments sans contenu politique (ou plutôt dont le contenu politique est masqué ou non perçu) est utilisé par ceux qui veulent que l'on abandonne la référence immédiate à la révolution , à la lutte ouvrière comme élément central de la lutte contre le capitalisme, au mot d'ordre de gouvernement ouvrier, etc..

Que ce gimmick de la propagande bourgeoise se retrouve ici marque déjà que l'on cède à la pression idéologique de la bourgeoisie. De manière inconsciente, bien sûr, je ne doute pas de la volonté sincère de tous ici de lutter contre la société bourgeoise!

Mais il y a plus: ces prétendus modernes n'apportent rien de nouveau, ils se contentent d'enlever un peu d'ancien, c'est-à-dire d'abandonner une partie des instruments de la lutte.

Les révolutionnaires n'ont pas à avoir honte de leur passé, ni intérêt à le ranger dans les armoires dans l'attente de jours meilleurs.  C'est aujourd'hui et maintenant que nous devons utiliser les acquis des luttes passées.

Ceux qui, avec raison, insistent pour que le NPA, ne soit pas une organisation strictement hiérarchisée où tout viennent d'en haut, ne soit pas une organisation pourrie par les manoeuvres d'appareil, mais un organe vivant qui se nourrisse des actions et des initiatives des militants de base, doivent se poser cette question: qu'est-ce que ce passé que l'on veut parfois bien rapidement repousser  à l'arrière-plan, ces acquis de la lutte révolutionnaire, sinon justement ce qu'a apporté à la pensée marxiste révolutionnaire la lutte quotidienne des travailleurs, et le combat quotidien des militants de bases?

La démocratie dans le parti, ce n'est pas seulement le droit de l'ouvrir.

Ce n'est pas seulement exiger le droit à la critique (j'attends toujours les explications sur l'exclusion de camarades du CRI)

Ce n'est pas seulement former les militants à un esprit critique et autonome, les aider à maîtriser les moyens et les techniques de communication et d'intervention pour que le débat ne soit pas monopolisé par les spécialistes de la parole et par l'appareil.

C'est aussi respecter les acquis des luttes des militants et des ouvriers. Les conseils ouvriers, les revendications transitoires, la mise en avant du mot d'ordre de grève générale et de gouvernement ouvrier dès que la situation le permet -et c'est sûrement le cas aujourd'hui-  sont les traces laissées dans le programme révolutionnaire par l'action des masses et l'activité démocratique au sein du parti.

Bien sûr, il ne sert à rien de répéter mécaniquement les mots d'ordres passés. Bien sûr, il n'y a dans le passé aucune recette toute prête à appliquer telle quelle aujourd'hui. Mais adapter les acquis de la lutte aux situations présentes est parfaitement compatible avec la fidélité aux acquis, fidélité qui n'est en fait que le refus d'abandonner sous la pression de l'idéologie bourgeoise les armes forgées dans la lutte ouvrière et révolutionnaire.

Il y a d'ailleurs une certaine ironie de la réalité dans cette opposition entre "modernes" et "archaïques": les seuls arguments sérieux des soi-disant modernes reposent sur la période des décennies d'après-guerre, où la situation matérielle des masses s'est en moyenne améliorée dans les pays impérialistes, ce qui a amené les théories sur l'embourgeoisement du prolétariat, entre autres, et sur l'impossibilité d'une révolution fondée sur les luttes ouvrières, la recherche vaine de nouvelles voies et de nouvelles avant-gardes.

Cette période est finie et n'était qu'une parenthèse locale. Ce sont les prétendus modernes qui sont dépassés par la réalité, et non ceux qui ont refusé de tourner avec le vent. Nous sommes revenus au mode fondamental de fonctionnement de la société capitaliste, et il est important que les révolutionnaires reviennent eux aussi aux éléments fondamentaux, s'ils ne veulent pas être complètement déconnectés de la réalité économique et sociale.

Il faut absolument résister à l'offensive idéologique de la bourgeoise , et je crains que cet emploi de l'argument de "modernité" pour déposer les armes de la révolution (je me doute bien que les militants qui emploient ces termes ne le voient pas ainsi, mais c'est à cela que cela revient) ne soit, le plus souvent le signe d'une faiblesse face à cette pression idéologique.

Et un parti faible est un parti inutile.

Le NPA doit clairement exprimer sa résistance à la pression idéologique bourgeoise s'il veut incarner les espoirs qui sont mis en lui par nombre de ses militants.

Cela passe par un programme qui intègre les mots d'ordres transitoires d'aujourd'hui, dont la question du gouvernement ouvrier, la mention des conseils ouvriers et la lutte dans les syndicats contre les directions pour une grève générale illimitée, entre autres. (je donne, à titre d'exemple seulement, car je ne suis pas ici en leur nom: le programme d'action d'Initiative marxiste pour montrer ce que peut être un programme de transition modernisé - ni archaïque ni opportuniste)

Cela passe par un nom qui affirme son caractère révolutionnaire.

Cela implique que l'on n'ait pas honte de son passé, que l'on ne repousse pas le passé au nom du présent, mais que l'on transforme le passé en présent, que l'on ne dépose pas les armes de la lutte.

Posté par charp à 12:30 - Réformisme et révolution - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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05 décembre 2008

Le réalisme révolutionnaire face à l'utopie réformiste

Les révolutionnaires veulent tout, tout de suite. Les réformistes, plus raisonnables, veulent avancer petit à petit vers plus de justice.

 

Voilà, grossièrement, à quoi se résume souvent l'un des arguments opposés aux révolutionnaires par les réformistes sincères (sincères par opposition aux arrivistes dirigeant les partis de la gauche institutionnelle, dont le réformisme n'est que de façade). La modération est tenue pour plus réaliste que le radicalisme. C'est confondre réalisme et soumission à la réalité présente. On réduit la réalité à un état, à une situation, en ignorant ses dynamiques et ses contradictions. Sous couvert de réalisme, on cache la vérité.

 

Le vrai réalisme repose sur l'analyse de ces dynamiques et fonde son action sur l'utilisation de ces contradictions. La dynamique capitaliste conduit à l'augmentation constante du profit, donc de l'exploitation des travailleurs, et à la destruction de toute protection sociale et de toute solidarité envers les victimes de cette dynamique, ce qui la rend incompatible avec toute réforme réelle et durable.

 

L'augmentation du pouvoir d'achat et de la protection sociale dans  les pays occidentaux durant les décennies d'après-guerre a paru contredire cette dynamique, mais n'est qu'une parenthèse locale dans l'évolution générale du capitalisme (voir le mythe de l'âge d'or dans le 4e article sur la crise économique et le 1er article de cette série).

 

Le capitalisme sera forcé de détruire peu à peu toutes les maigres avancées sociales des décennies précédentes, avancées cédées aux masses en lutte par peur de la révolution. C'est pour lui une nécessité, non la marque d'un aveuglement ou d'une méchanceté innée des dirigeants bourgeois. Car l'une des différences fondamentales entre réalisme révolutionnaire et utopie réformiste tient aussi à  la vision moralisante et idéaliste de cette dernière, opposée à la réflexion analytique matérialiste du marxisme.

 

Les réformistes sincères fondent leurs espoirs sur la raison, la bonne volonté et la solidarité. Il est évident que sans cela, aucune avancée vers la justice sociale n'est possible. Mais ce n'est pas suffisant. Tout changement doit s'appuyer sur la réalité, sur la dynamique même du capitalisme: en étant obligé d'augmenter le profit et l'exploitation des travailleurs, en unifiant dans le même sort d'opprimés la grande majorité des la population, le capitalisme lui-même fournit le combustible de l'action révolutionnaire: il va pousser les travailleurs à lutter et à s'unir par réflexe d'autodéfense. 

 

L'insistance des révolutionnaires pour les luttes ouvrières est vue par certains réformistes comme un archaïsme, une illusion "ouvriériste".  Ils croient que d'autres groupes sociaux ou idéologiques peuvent jouer un rôle moteur dans le changement. Ils oublient ce fait, ce simple fait: le travail seul est créateur de valeur. Et c'est l'accaparement de cette valeur créée qui est à la base du système capitaliste. Par leur nombre, par leur rôle central dans la société, parce qu'ils seront unis dans l'exploitation et l'oppression par les politiques bourgeoises, les ouvriers constituent le moteur du changement social et c'est à leur luttes que tous ceux qui refusent l'exploitation, la misère et les guerres doivent se joindre.

 

L'espoir des révolutionnaires reposent sur l'analyse des faits: le déclenchement des luttes pour le changement ne sera pas  la bonne volonté et la solidarité, mais la nécessité et l'égoïsme. Ce n'est que dans la lutte pour la justice sociale, devenue nécessaire pour la majorité, que peuvent vraiment se développer et se répandre la solidarité et la bonne volonté. En prétendant que le manque de solidarité ou l'égoïsme entre les hommes serait la cause des injustices, les réformistes aident les bourgeois à innocenter le système social (voir le paragraphe "l'homme est fondamentalement mauvais" dans le 4e article sur la crise).

 

Les réformistes croient que les petites actions isolées s'additionneront pour faire un grand changement. Elles ne s'additionnent pas, elles divisent. Seule une action unifié visant à briser la dynamique capitaliste par la prise du pouvoir des travailleurs et le contrôle ouvrier des grands moyens de production peut enclencher un mécanisme véritablement réformiste, qui est la construction progressive d'une société sans classe.

Posté par charp à 19:18 - Réformisme et révolution - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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