Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

03 avril 2009

La Révolution Permanente - 2

Introduction aux "Lectures"

La Révolution Permanente 1

 

3 La méthode transitoire

La théorie de la révolution permanente est à la base de la méthode transitoire, dont le Programme de transition, texte fondateur de la Ive internationale est l'expression première. 

Cette méthode où « chaque étape est contenue en germe dans l'étape précédente » régit en fait, ou devrait le faire, toute intervention quotidienne des trotskistes dans la lutte des classes. Ceux-ci doivent lutter pour que toute revendication immédiate (par exemple, la hausse des salaires, la limitation du temps de travail, la protection sociale, etc) soit liée à des mesures transitoires, (contrôle ouvrier, nationalisation des banques, mot d'ordre de « gouvernement ouvrier », etc) elles-mêmes contenant en germe la prise  du pouvoir de la classe ouvrière, qui ouvre sur la construction continue du socialisme. Cette méthode de lutte distingue clairement les trotskistes, non seulement des réformistes de droite qui se contentent des revendications immédiates, mais aussi des réformistes « radicaux » qui séparent ces revendications, seules défendues dans l'action, des mesures transitoires, évoquées seulement dans les « programmes » ou en interne) et des gauchistes qui considèrent que les revendications immédiates sont un obstacle à la révolution.

Agir ainsi permet de lier dans la lutte même, les actions défensives spontanées de la classe ouvrière à la volonté révolutionnaire de l'avant-garde, comme à la prise de conscience révolutionnaire incarnée par le parti révolutionnaire.

Cette méthode, contrairement à ce que voudraient faire croire les adversaires de la révolution, ne consiste pas à « tromper les travailleurs » sur les vrais buts de l'intervention des révolutionnaires, qu'ils « cacheraient » derrière leur défenses des revendications immédiates. Le fait que chaque étape  contiennent « en germe » la suivante n'est pas le fruit d'une volonté politique, mais un fait nécessaire, lié à la nature même de la société de classe: aucune revendication immédiate ne pourra être satisfaite de manière sérieuse et durable sans être liée à des mesures transitoires.

"La IV° Internationale ne repousse pas les revendications du vieux programme "minimum", dans la mesure où elles ont conservé quelque force de vie. Elle défend inlassablement les droits démocratiques des ouvriers et leurs conquêtes sociales. Mais elle mène ce travail de tous les jours dans le cadre d'une perspective correcte, réelle, c'est-à-dire révolutionnaire. » (Programme de transition)

"La Révolution Permanente", écrit dans la lutte contre la théorie stalinienne du « socialisme  dans un seul pays » et pour la lutte dans les pays où la paysannerie joue encore un rôle essentiel, ne traite donc pas directement de la méthode transitoire, qui lui est postérieure, et qui constitue son extension au cas des pays industrialisés. Mais déjà, en soulignant que la théorie de la révolution permanente s'applique aussi après la prise du pouvoir par le prolétariat, Trotsky montre que la révolution ne se résume pas à la prise du pouvoir et  constitue non pas un fait, mais un processus continu de transformation de la société.

" Sous son deuxième aspect, la théorie de la révolution permanente caractérise la révolution socialiste elle-même. Pendant une période dont la durée est indéterminée, tous les rapports sociaux se transforment au cours d'une lutte intérieure continuelle. La société ne fait que changer sans cesse de peau. Chaque phase de reconstruction découle directement de la précédente. Les événements qui se déroulent gardent par nécessité un caractère politique, parce qu'ils prennent la forme de chocs entre les différents groupements de la société en transformation. Les explosions de la guerre civile et des guerres extérieures alternent avec les périodes de réformes " pacifiques ". Les bouleversements dans l'économie, la technique, la science, la famille, les mœurs et les coutumes forment, en s'accomplissant, des combinaisons et des rapports réciproques tellement complexes que la société ne peut pas arriver à un état d'équilibre. En cela se révèle le caractère permanent de la révolution socialiste elle-même." (p.43) ou ici.

Avant de commencer véritablement la « lecture », on abordera dans le prochain article le contexte de son écriture, et l'influence de ce contexte sur la présentation de cette théorie.

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25 mars 2009

La Révolution Permanente 1

La rubrique (« catégorie ») Lectures marxistes commence donc par « La Révolution permanente »(1928-1931) de Léon Trotsky.
Note: les n° de pages renvoient à l'édition de poche, chez Idées-NRF-Gallimard, 1964. L'ouvrage (sans la préface de l'édition française) et consultable en ligne ici.

Dans cet ouvrage, Léon Trotsky expose la théorie de la révolution permanente, qu'il avait développé, après Parvus, dès avant 1905.
« La révolution permanente, au sens que Marx avait attribué à cette conception, signifie une révolution qui ne veut transiger avec aucune forme de domination de classe, qui ne s'arrête pas au stade démocratique mais passe aux mesures socialistes et à la guerre contre la réaction extérieure, une révolution dont chaque étape est contenue en germe dans l'étape précédente, une révolution qui ne finit qu'avec la liquidation totale de la société de classe. » (introduction p.40)

Raison du choix de ce livre:
1 Histoire
Cet ouvrage est essentiel pour les deux domaines développés dans ce blog, la lutte politique et l'analyse historique.

La question des stades historiques, et des conditions de passage d'un stade à l'autre est un élément essentiel d'une théorie générale de l'histoire. Bien que chez Trotsky, elle ne concerne que le passage du capitalisme au socialisme, il est intéressant de l'étendre, sous certaines conditions, à d'autres périodes de l'histoire. Ce sera abordé plus tard, dans les textes relatifs à une approche générale de l'histoire.

2 Validité générale de la théorie
Ici, on abordera surtout le versant politique.
Comme l'indique Trotsky lui-même, cette théorie ne vaut pas pour la seule Russie, mais aussi pour tous les pays « arriérés »:
« D'après le schéma de l'évolution historique élaboré par le " marxisme " vulgaire, chaque société arrive, tôt ou tard, à se donner un régime démocratique ; alors le prolétariat s'organise et fait son éducation socialiste dans cette ambiance favorable. Cependant, en ce qui concerne le passage au socialisme, les réformistes avoués l'envisageaient sous l'aspect de réformes qui donneraient à la démocratie un contenu socialiste (Jaurès) ; les révolutionnaires formels reconnaissaient l'inéluctabilité de la violence révolutionnaire au moment du passage au socialisme (Guesde).
Mais les uns et les autres considéraient la démocratie et le socialisme, chez tous les peuples et dans tous les pays, comme deux étapes non seulement distinctes, mais même très écartées l'une de l'autre dans l'évolution sociale. Cette idée était également prédominante chez les marxistes russes qui, en 1905, appartenaient plutôt à l'aile gauche de la II° Internationale. Plekhanov, ce fondateur brillant du marxisme russe, considérait comme folle l'idée de la possibilité d'une dictature prolétarienne dans la Russie contemporaine. Ce point de vue était partagé non seulement par les mencheviks, mais aussi par l'écrasante majorité des dirigeants bolcheviques, en particulier par les dirigeants actuels du parti. Ils étaient alors des démocrates révolutionnaires résolus, mais les problèmes de la révolution socialiste leur semblaient, aussi bien en 1905 qu'à la veille de 1917, le prélude confus d'un avenir encore lointain.
La théorie de la révolution permanente, [...] ,déclara la guerre à cet ordre d'idées et à ces dispositions d'esprit. Elle démontrait qu'à notre époque l'accomplissement des tâches démocratiques, que se proposent les pays bourgeois arriérés, les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l'ordre du jour. Toute l'idée fondamentale de la théorie était là. Tandis que l'opinion traditionnelle estimait que le chemin vers la dictature du prolétariat passe par une longue période de démocratie, la théorie de la révolution permanente proclamait que, pour les pays arriérés, le chemin vers la démocratie passe par la dictature du prolétariat. Par conséquent, la démocratie était considérée non comme une fin en soi qui devait durer des dizaines d'années, mais comme le prologue immédiat de la révolution socialiste, à laquelle la rattachait un lien indissoluble. De cette manière, on rendait permanent le développement révolutionnaire qui allait de la révolution démocratique jusqu'à la transformation socialiste de la société.
» (pp 41-43)
3 La méthode transitoire
La théorie de la révolution permanente est d'autre part à la base de la méthode transitoire, dont le Programme de transition, texte fondateur de la Ive internationale est l'expression première.  Nous l'aborderons dans le prochain article.

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15 mars 2009

Lectures marxistes - Introduction

sommaire du blog

Pour reprendre l'écriture de ce blog, il m'a semblé utile d'ouvrir une des seules rubriques prévues à l'origine qui n'aient pas encore été abordées, la lecture critique des « classiques » du marxisme. Par « classiques », on entend ici essentiellement les œuvres de Marx, Engels, Lénine et Trostki, mais d'autres auteurs devraient aussi être abordés.

 

Tous les développements théoriques et les discussions stratégiques menées autour des tâches révolutionnaires ont été menées par des hommes ayant lu ces ouvrages, qui servent d'indispensables références sans lesquels on ne peut souvent prendre la mesure des enjeux. Lire ces textes, c'est assimiler les armes théoriques nécessaires au combat.

 

La méconnaissance et le travestissement de la pensée des théoriciens du marxisme a aussi été, et est toujours la base aussi bien de la critique du marxisme par ses adversaires, que celle des errements opportunistes ou gauchistes. Combattre les premiers, éviter les deuxièmes suppose de revenir sur ces ouvrages, non pour en faire l'éloge ou se contenter de les paraphraser, mais comme outils pour comprendre la situation actuelle et la dynamique fondamentale du marxisme au-delà de ses formes circonstancielles. 

 

Le marxisme n'est pas une idéologie totale et intangible. Irrévocablement lié à l'analyse de l'évolution historique et à l'action politique, il n'a lui-même cessé d'évoluer au gré de son histoire, y compris dans l'œuvre même de ses fondateurs et de ses principaux continuateurs. Expression de la conscience de classe du prolétariat, il s'est sans cesse nourri des expériences concrètes des luttes ouvrières.

 

Ces auteurs ne sont pas des porteurs d'une vérité définitive. Comme tout être humain, et particulièrement lorsqu'il se confronte à la tâche de comprendre le monde, ils se sont parfois trompés. Il leur est arrivé d'ailleurs de vivre des événements qui les ont amenés à le reconnaître, ouvertement ou implicitement. Rarement néanmoins, non qu'ils n'en furent pas conscients, mais qu'ils craignaient l'usage que leurs adversaires pourraient faire de ces auto-critiques. Il n'est qu'à voir comment les staliniens se sont servis de la déclaration de Trotsky, reconnaissant que sur tous ses points de divergence avec Lénine, c'est ce dernier qui avait eu raison, pour comprendre le danger de ce genre de déclaration. Cela rappelle encore que le marxisme reste avant tout une pensée de combat, insérée dans les luttes, et que cela n'est pas sans conséquence, souvent favorable parfois défavorable, sur son développement.

 

Mais la principale raison est que « l'auto-critique » leur apparaissait vraisemblablement dépourvue d'intérêt face à la nécessité d'adapter et de faire évoluer leurs idées lorsque la réalité l'exigeait, (mais jamais pour les adapter à l'environnement idéologique ambiant), ou lorsque le développement de leur pensée et des discussions idéologiques faisaient apparaître des faiblesses, alors même que les fondements du marxisme ne cessaient à leurs yeux d'être confirmé dans les faits.

 

La principale erreur qu'ils firent concernent indiscutablement les rythmes de l'histoire. Marx, Lénine, Trotsky, furent tous convaincus que la révolution socialiste était à portée de main. Plus d'un siècle et demi après le Manifeste, près d'un siècle après octobre, nous n'en sommes toujours pas là.

 

A l'époque où nous nous trouvons, entrés de plain pied dans la crise sans doute la plus grave qu'ait connu le capitalisme, c'est une erreur à ne pas perdre de vue, sans pour autant que la peur de se tromper ne doivent nous entraîner dans une plus grave erreur: ne pas saisir les opportunités qui se présenteront.

 

D'autre part, ces livres sont d'autant moins capables d'apporter telles quelles les réponses aux problèmes actuels que leurs auteurs n'ont pu prévoir tous les développements historiques qui ont suivi leur époque. La réalité sera toujours plus complexe que n'importe quelle théorie.

 

La lecture de ces anciens textes a un autre intérêt: l'époque à laquelle ils furent écrits. Marx et Engels ont développés l'analyse du capitalisme alors que celui-ci se développait dans toute sa crudité, sans fard ni peur, convaincu de son triomphe. L'évolution ultérieure du capitalisme consiste pour une bonne part, à l'exception essentielle de l'impérialisme, à adapter celui-ci face aux variations circonstancielles, et surtout face à la résistance constante des travailleurs. Ces adaptations ont rendu le capitalisme plus complexe, cette complexité masquant les fondements de ce système social que les fondateurs du marxistes ont pu observer en toute clarté, à l'état naissant.

 

Quant à Lénine et Trotsky,  ils ont développés leurs analyses et leurs propositions à une époque inégalée de luttes révolutionnaires dont Octobre n'est que la pointe la plus visible. Ce bouillonnement social et politique engendra une grande richesse idéologique au sein du marxisme. En étudiant leur livres, on ne doit pas perdre de vue qu'ils ne sont pas seulement le produit de la réflexion et de l'action de ces deux auteurs, mais le produit de discussions vives et profondes qui traversaient le marxisme alors, et l'enrichirent. Le rôle jouée par eux dans la révolution tient entre autres, et même essentiellement à leur capacité à intégrer dans leur propre cheminement les analyses d'autres marxistes. 

 

Cette lecture se doit donc d'être critique, non pour jouer au « cherchez l'erreur » cher à nos adversaires et plus encore à ceux qui veulent se justifier d'abandonner partiellement ou totalement le marxisme, mais pour adapter ces textes anciens aux exigences de la lutte présente, et comprendre les risques d'erreurs actuelles. C'est aussi l'occasion de rappeler que, tout en reconnaissant la valeur de ces auteurs, comme dans les organisations celles des militants plus expérimentés ou mieux formés, aucun militant ne doit abandonner une de ses tâches essentielles: se former un esprit indépendant et critique.

 

Ce n'est pas là une concession à l'individualisme, mais une exigence même de la lutte. L'esprit critique et libre de chaque militant est une arme essentielle pour pouvoir adapter la lutte aux circonstances, comme pour éviter les dérives toujours possibles de son organisation. Loin d'être un obstacle à la nécessaire unité dans l'action, il en est une composante essentielle. On l'a dit, le marxisme a évolué et doit continuer d'évoluer en relation avec l'évolution historique et les événements singuliers. Le contenu concret  de cette relation, ce sont les militants. Si ceux-ci se contentent de répéter les formes acquises, le double mouvement entre théorie et pratique se trouve réduit au seul mouvement de la première vers la deuxième. On coupe là les racines mêmes du marxisme, ce qui ne peut conduire à son assèchement. Ce fut là, et ce sera toujours l'une des causes essentielles des échecs.

 

Il est trop tôt pour dire quelle sera la forme prise par ces lectures dans ce blog. La préparation de la première semble montrer qu'elle alternera au gré des articles entre une lecture serrée, avec citations, et des développements extérieurs où l'ouvrage ne sera presque plus que le prétexte pour s'attarder sur des éléments jugés essentiels. Une telle souplesse dans la lecture fera sans doute que ce type d'articles deviendra l'un des axes majeurs du blog.

 

D'ici quelques jours, cette rubrique commencera donc, avec la lecture de l'ouvrage de Trostki  "La révolution permanente".

Posté par charp à 13:01 - Lectures marxistes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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