Divergence

Pour le réalisme révolutionnaire

15 avril 2009

Grèce: retour sur les événements 4 et fin

6 Le rôle de l'extrême-gauche

Le syndicat GSEE n'avait cependant pas accepté la demande du gouvernement d'annuler la grève générale elle-même: elle aurait risqué de perdre tout contrôle sur le mouvement ouvrier. Ce refus tactique suffit à certains groupes, dont l'organisation-sœur de la LCR, l'OKDE-Spartacos,  pour prétendre que les syndicats avaient « résisté aux pressions du gouvernement».

Un article paru le 9 ou le 10 décembre sur le site du NPA et de Rouge, écrit par l'un des membres de l'OKDE-Spartacos, Andreas Sartzekis, affirmait en plus que « la grève générale de 24 heures sera le meilleur moyen de faire prendre conscience du lien entre la crise capitaliste et la répression policière menée par le gouvernement de la droite libérale». Autrement dit, laissons faire les directions bureaucratiques, elles montrent la voie! Le 18 décembre, un nouvel article évoquait cette fois le « recul des directions syndicales », sans souffler mot de l'occupation des locaux du GSEE qui se déroulait à ce moment-là.

La Grèce compte de nombreuses organisations d'extrême-gauche, essentiellement regroupées autour de trois coalitions, Syriza, (« coalition de la gauche radicale », comprenant entre autres les « eurocommunistes » et qui obtint plus de 5% aux dernières élections) , le MERA(« front de la gauche radicale ») et l'ENANTIA (« Gauche unie anti-capitaliste », comprenant l'OKDE-Spartacos). Vu le peu d'informations dont on dispose, il est impossible d'établir le rôle de chacun.

La presse bourgeoise n'a parlé que de Syriza, qui après avoir un temps voulu maintenir la manifestation du 10 décembre, a cédé aux pressions des grands partis réformistes et aux bureaucraties syndicales et a renoncé à se joindre aux courants plus radicaux. Les informations données dans Rouge montrent que l'OKDE-Spartacos a suivi la ligne habituelle de cette tendance politique:  suivre jusqu'aux limites du possible les bureaucraties syndicales, pour ne les dénoncer que quand leur trahison devient une évidence, et sans jamais proposer d'autre alternative.

Selon un autre groupe trotskiste, l'EEK, membre du MERA, et qui constitue avec les anarchistes et la presse bourgeoise notre principale source d'informations sur les événements, un conflit a opposé l'EEK aux principales autres organisations membres du MERA et à l'ENANTIA quant aux perspectives immédiates, particulièrement lors de la manifestation et de la réunion du 31 janvier.

Alors que la majorité des organisations, repoussant toute continuation des actions spontanées, qui manqueraient de « caractère de classe » et prétendant vouloir offrir une « proposition politique centrale », avec pour seules perspectives des élections anticipées, selon un modèle d'union des révolutionnaires et des réformistes inspirés du NPA français, l'EEK voulait mettre en avant le mot d'ordre de gouvernement ouvrier basé sur la mobilisation des masses, avec pour objectif des mesures transitoires.

7 Le rôle des anarchistes

Il ne fait guère de doutes que les anarchistes, traditionnellement fort dans la jeunesse grecque, ont joué un rôle important dans les événements, comme dans les tentatives de les étendre à d'autres pays. La presse bourgeoise s'est naturellement fait l'écho de ce rôle, pour peindre les diverses actions spontanées des étudiants et des travailleurs comme émanant d'activistes isolés et coupés des masses.

Les anarchistes ne se sont pas contentés de participer aux actions. Sans doute en ont-ils initiés certaines. Selon leur propre témoignages, ils ont aussi tenté d'encadrer, pour les protéger, les plus jeunes lycéens qui partaient affronter avec l'inconscience de leur âge la violence policière. Toute l'information venue d'eux, et largement diffusée par internet insiste sur leur rôle essentiel dans les luttes (se gardant bien, généralement, de mentionner les autres intervenants d'extrême-gauche).

Mais en même temps, ils ne cessaient de proclamer, en accord avec la doctrine anarchiste, qu'ils ne voulaient pas jouer le « rôle d'avant-garde »! Mais encadrer, initier, jouer un rôle important dans les luttes, qu'est-ce sinon jouer, fut-ce très mal, un rôle d'avant-garde? C'est là la contradiction inhérente à toute intervention anarchiste dans les luttes sociales.

Le courage, la détermination, l'efficacité immédiate parfois, ne leur manquent pas. Mais leur refus d'assumer leur rôle d'avant-garde prive le mouvement de masse de toute perspective, et les entraîne dans l'impasse.  Ils participent ainsi au découragement général. Ils nourrissent la division entre les masses laissées au mains des directions bureaucratiques et les individus radicalisés qui n'ont d'autres perspectives que des affrontements de plus en plus violents avec les forces de police et des actions ponctuelles contre les « symboles » du pouvoir économique et politique.

Tandis que les anarchistes s'attaquent aux symboles du pouvoir bourgeois, la réalité de ce pouvoir, elle, peut s'affermir, avec la complicité des réformistes, des bureaucrates et des pseudo-révolutionnaires timorés.

9 Conclusions

Tandis que les organisations de la gauche radicale ergotent sur le « caractère de classe » des luttes, les gouvernements bourgeois, tout en blâmant les « éléments incontrôlés », ont bien compris la nature des événements grecs, directement liées à la politique néolibérale que le capitalisme tente d'imposer à travers le monde, poussé dans le dos par la crise de surproduction qu'il traverse.

Sans l'aide déterminée des bureaucraties syndicales, appuyées idéologiquement par les organisations politiques réformistes, la jeunesse grecque aurait pu accomplir l'union avec les luttes des travailleurs et menacer ainsi l'État bourgeois.

La gauche radicale a d'abord couvert aussi longtemps que possible  la volonté et l'action des bureaucrates, qui mettaient tout en œuvre pour défendre l'État bourgeois et visaient à dénier tout contenu de classe à la lutte. Cette même « gauche de la gauche », prend ensuite cette volonté des bureaucrate pour un fait objectif inéluctable, sur lequel elle base ses perspectives réformistes et électoralistes, selon le vieux principe de la lutte par étapes: les réformes d'abord, la lutte pour la prise du pouvoir plus tard. Beaucoup plus tard. Trop tard.

Les affrontements directs contre l'État bourgeois, non pas des seuls éléments « incontrôlés », mais de toute la jeunesse et des courants les plus déterminés des travailleurs, la déconsidération de l'État bourgeois aux yeux de larges couches de la population, la répression ouverte et les menaces d'état d'urgence, la quasi-banqueroute de l'État, tout cela mettait au centre des luttes dès les premiers jours la question du pouvoir.

Le mot d'ordre de « gouvernement ouvrier », appuyé par le mouvements des masses, avec pour programme les mesures transitoires essentielles, comme l'expropriation des banques et la nationalisation des entreprises qui licencient, le tout sous contrôle ouvrier; la répudiation de la dette internationale; la sortie de l'OTAN; et des mesures immédiates comme la libération des détenus; le  refinancement de l'enseignement, des retraites, des soins de santé, tout cela devait être mis en avant dès le 10 décembre, avec l'entrée en scène du mouvement ouvrier et les premières tentatives de jonction entre jeunesse et travailleurs, soit au début de l'offensive. Et non, pas comme semble l'avoir fait l'EEK, le 31 janvier, quand le mouvement est en plein recul.

Et pour que ce mot d'ordre ait un sens, il fallait lutter pour l'union entre jeunesse et mouvement ouvrier, en initiant, sur le modèle de ce qui s'ébauchait spontanément, les assemblées conjointes et les déclarations communes. Il fallait lutter ouvertement contre les manœuvres des directions syndicales et se battre dans les syndicats pour imposer la grève générale illimitée, qui aurait mis la classe ouvrière à la tête de la lutte. De tels développements n'auraient pas manqué de faire du combat des ouvriers et de la jeunesse un pôle d'attraction pour les couches populaires victimes aussi de la politique néolibérale, comme les petits paysans, qui étaient prêts à se battre contre le gouvernement.

Pendant ces quelques semaines de climat insurrectionnel généralisé, l'État bourgeois n'a pas été mis en danger, comme le prouve la non-application de l'état d'urgence, brièvement envisagé. La révolution n'était pas à l'ordre du jour. Pourquoi? Les conditions économiques et sociales étaient réunies. L'État bourgeois était faible. Les directions réformistes et bureaucratiques ont pu empêcher la radicalisation des masses en restant à la tête du mouvement ouvrier parce qu'aucune force importante ne s'est sérieusement dressée contre elles. La gauche de la gauche a refusé le combat par opportunisme, les anarchistes par principe.

Ce qui a manqué, c'est un parti révolutionnaire fort, capable d'affronter directement les directions syndicales, de donner un caractère de classe à la lutte, de proposer des perspectives claires et déterminées et de relier les luttes grecques aux luttes dans les autres pays contre la même politique ultralibérale.

Construire un parti révolutionnaire est aujourd'hui plus que jamais la nécessité première dans la lutte contre le capitalisme et ses alliés. Cette construction ne pourra se faire qu'à travers l'intervention dans les luttes existantes, lutte contre les bureaucraties syndicales et les organisations réformistes, lutte pour des perspectives politiques et sociales révolutionnaires.

C'est en ce sens que les récents événements en Grèce ne sont pas spécifiques à ce pays, mais exemplaires de la situation historique actuelle, marquée par la crise de direction du mouvement ouvrier.

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12 avril 2009

Grèce: retour sur les événements 3

4 La répression et la tactique du gouvernement bourgeois

 

On a souvent parlé dans la presse de la soi-disant retenue des forces policières face aux émeutes. Si effectivement, la police a tenté d'éviter les affrontements directs et si le gouvernement a peut-être espéré un temps que le vandalisme des éléments les moins contrôlés ne désolidarisent la population du mouvement étudiant, la répression n'a pas tardé de s'abattre, soit par de nombreuses arrestations, soit en utilisant de temps à autres les services d'organisations paramilitaires d'extrême-droite.

 

Très rapidement, le gouvernement a envisagé l'instauration de l'état d'urgence. Mais cette mesure, qui risquait de mener à un conflit plus général et servait plus les intérêts spécifiques de ce gouvernement décrédibilisé que celle de l'État bourgeois lui-même, a été refusée par l'opposition social-démocrate et les syndicats. Très vraisemblablement, la majorité de la bourgeoisie grecque et l'impérialisme n'en voulait pas, ou du moins pas encore.

 

Dès lors, la seule tactique laissée au gouvernement était de tenir jusqu'aux vacances d'hiver, espérant ainsi une démobilisation du mouvement étudiant. Cette tactique explique la très relative « modération » de la répression ouverte. Face au risque de son échec, les étudiants et lycéens scandant « Noël est reporté, la révolte non » aux premiers jours des congés, le gouvernement a joué de la menace: le 22 décembre, il se donne les moyens institutionnels d'une intervention sur les campus, au mépris de la tradition d'inviolabilité, tandis que des tirs inconnus sur une voiture de police le même jour lui donnent un alibi idéal.

 

Lorsque la mobilisation reprend en janvier, bien qu'affaiblie, la « retenue » policière a cessé: les manifestations sont réprimées violemment, on arrête les avocats et les journalistes.

 

Mais cette tactique aurait immanquablement échoué si le gouvernement n'avait su empêcher la jonction entre la révolte de la jeunesse et le mouvement ouvrier. Pour cela, il lui fallait l'appui inconditionnel de la gauche et des bureaucraties syndicales. Il l'a eu.

 

5 Le rôle des syndicats et des partis de gauche

 

Le parti social-démocrate grec, le Pasok, était déjà l'initiateur, sous le gouvernement Simitis , des nouveaux développements de la politique néo-libérale. C'était seulement sous la mobilisation des étudiants qu'il avait retiré son soutien initial au projet de réformes des universités du gouvernement  réactionnaire en 2006. Au plus fort des événements de décembre, deux importants représentants de ce parti appelle à un « gouvernement d'unité nationale », pour faire face à la banqueroute financière.

 

Quant au parti communiste grec (KKE), qui ne renie rien des crimes staliniens passés, il n'a cessé d'utiliser les « bonnes vieilles méthodes » de  calomnies face au mouvement de la jeunesse, traitant les manifestants d'hooligans, de trafiquants de drogue et d'agents de la CIA, refusant régulièrement de se joindre aux diverses manifestations.

 

Mais face au danger d'une jonction entre travailleurs et jeunesse, c'était au principal syndicat, le GSEE, que revenait le premier rôle dans la défense de l'État bourgeois.

 

Face à la montée du mécontentement social, les bureaucraties syndicales grecques avaient eu recours à la tactique universelle de diversion, la « grève générale d'un jour », pour tenter de ne pas perdre le contrôle, tout en interdisant toute lutte ouverte contre la politique du gouvernement. Ce que n'avait pas prévu la bureaucratie, c'est que le jour depuis longtemps fixé de cette grève, et de la manifestation nationale dans les rues d'Athènes, coïnciderait avec l'éclatement des émeutes. Ils s'empressèrent aussitôt d'annuler la manifestation qui devait passer dans les rues en proie aux émeutes, la remplaçant par un meeting de défense de la démocratie. Par la suite, ils refusèrent toute extension du mouvement, limitant les grèves à des mouvements sectoriels de quelques heures.

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10 avril 2009

Grèce: retour sur les événements 2

2 Causes

Avec la guerre civile de 1942-1949 et la lutte contre la dictature dite « des colonels » (1967-1974), la Grèce est l'un des pays d'Europe qui a connu les luttes les plus radicales contre l'Etat bourgeois et ses alliés.
Cette tradition de lutte a eu un impact important dans les événements récents: la forte tradition de radicalité politique dans la jeunesse; la sanctuarisation des universités (interdiction pour la police d'y intervenir) est un acquis des luttes passées; l'Etat bourgeois jouit d'une moins grande légitimité populaire; dans le quartier Exarchia d'Athènes, lieu des premières émeutes, et de la faculté polytechnique se côtoient la jeunesse artistique et les nombreux mouvements anarchistes et radicaux, rendant le quartier difficilement contrôlable par la police.
Mais ces dernières années, c'était la bourgeoisie qui menait l'offensive, la Grèce étant l'un des pays en pointe pour l'application des mesures dites « néo-libérales ».  Cette situation n'est pas due seulement à la relative faiblesse et à la nouveauté des acquis sociaux, mais aussi à une nécessité économique urgente: la Grèce est en quasi-faillite, et les divers organismes internationaux du capitalisme (FMI, Union européenne, zone euro) n'ont cessé de faire pression pour que soient accélérée la mise en œuvre de ces mesures.
Une telle politique est d'autant plus violemment ressentie que la société grecque se caractérise par des inégalités maximales, entre une forte paupérisation des classes populaires et une bourgeoisie enrichie par son rôle moteur dans la zone balkanique et la dérégulation financière. Ce sont particulièrement les retraites, l'éducation et la santé qui sont victimes de cette politique ultralibérale.
Les dépenses des ménages pour l'éducation sont les plus élevés d'Europe, alors que le budget de l'État pour l'éducation est l'un des plus faibles. Les salaires très bas des enseignants les amènent à chercher des compléments ou des substituts dans des activités privées (écoles, soutiens scolaires, etc..).
La seule réponse du gouvernement face à cette situation fut de lancer en 2006 une réforme des universités, favorable à la privatisation de l'enseignement. Cette réforme, les problèmes chroniques de l'éducation, et la difficulté pour les jeunes diplômés de trouver un emploi, ce qui les amène à un endettement croissant, n'ont cessé de provoquer ces dernières années des mouvements de luttes, et des affrontements réguliers avec la police grecque, héritière de la dictature des années 70. L'assassinat du jeune  Grigoropoulos était donc l'étincelle qui ne pouvait tôt ou tard manquer d'enflammer la jeunesse et la société grecque.

3 Spécificité et exemplarité de la Grèce

Aux premiers jours des émeutes, la presse bourgeoise européenne, lorsqu'elle daignait en parler, se plaisait à souligner les spécificités de la Grèce: non seulement son histoire récente et sa situation économique catastrophique, mais aussi la déliquescence de l'État, pris dans des scandales de corruption à répétition, et une incapacité à assumer son rôle lors des incendies du Péloponnèse en 2007.
Ces traits spécifiques peuvent en effet expliquer, comme pour la Guadeloupe un mois plus tard, pourquoi la lutte contre la politique ultralibérale a commencé là, et pas ailleurs, pourquoi elle a pris aussi rapidement un tournant radical.  Les spécificités nationales expliquent le rythme et le moment des luttes, mais les vraies causes sont générales et non spécifiques.
La cause fondamentale est  l'opposition à cette politique ultralibérale menée par tous les gouvernements bourgeois européens. Ceux-ci le savent bien. Ils n'ont manqué de voir dans les événements grecs un risque de « contagion », et ont exigé le 12 décembre, lors du sommet de l'Union Européenne, que le gouvernement Karamanlis « arrête immédiatement les responsables du chaos ». Le recul apparent du gouvernement français face aux revendications des lycéens et étudiants s'explique en partie par la crainte de voir les mêmes événements gagner la France, comme toutes ses hésitations face aux divers mouvements revendicatifs. Loin d'être spécifiques, et liés à « l'archaïsme de la société grecque », ces événements ont donc une valeur exemplaire pour les luttes à venir.

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09 avril 2009

Grèce: retour sur les événements 1

Articles précédents sur la Grèce

Avec un certain recul dû à l'interruption du blog en janvier-février, je vais revenir dans une série d'articles sur les événements  de décembre en Grèce.
Premier mouvement d'ampleur en Europe contre les nouvelles politiques libérales, la lutte de la jeunesse et de fractions de la classe ouvrière annonce les luttes à venir ailleurs, et permet de tirer des leçons essentielles pour le développement de celles-ci.

Pour commencer, le plan de ces articles, et le rappel des faits essentiels:

Plan des articles:

1 Les événements
2 Les causes
3 Spécificités et exemplarité des événements grecs
4 La répression et la tactique du gouvernement
5 Le rôle des syndicats et des partis de gauche
6 Le rôle de l'extrême-gauche
7 Le rôle des anarchistes
8 Conclusions

1 Rappel des faits:
6 décembre 2008:
Un jeune homme de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, est abattu par la police dans le quartier Exarchia d'Athènes
7 au 10 décembre:
Des émeutes éclatent, d'abord à Athènes, ensuite dans toute la Grèce. Des manifestations regroupent des dizaines de milliers de jeunes protestant contre la violence policière. Les facultés de droit, d'économie et de polytechnique sont occupées. Des assemblées s'y déroulent pour organiser le mouvement et préparer de nouvelles actions. Les rumeurs d'une déclaration d'état d'urgence se répandent.
10 décembre:
Jour prévu de longue date d'une grève générale de 24 h contre la politique du gouvernement Karamanlis, et d'une manifestation nationale. Les directions syndicales, sous pression du gouvernement et par craintes d'une jonction entre les jeunes et la classe ouvrière remplace la manifestation par un meeting « de soutien à la démocratie parlementaire ».
La seule manifestation, regroupant, plus de 20 000 manifestants, est organisée par plusieurs organisations d'extrême-gauche, anarchistes, maoïstes, trotskistes, et rejointe par certaines sections syndicales du service public.
A la faculté de droit, deux assemblées générales se déroulent, l'une regroupant des centaines de syndicalistes, l'autre la plupart des syndicats étudiants. Une déclaration est proclamée, réclamant entre autres l'abolition de la législation anti-syndicale, l'augmentation des salaires, certaines nationalisations sous contrôle ouvrier. Un appel à une grève générale illimitée est lancé, ainsi qu'à la désobéissance civile contre les projets d'état d'urgence ou d'exception.
10 -  16 décembre:
Les manifestations et émeutes s'étendent, et les lycéens de 12 à 15 ans y jouent un rôle grandissant, affrontant régulièrement les forces de police. Quasiment toutes les écoles et universités de Grèce sont fermées ou occupées. Des routes sont bloquées par les manifestants; Des stations de télévisions sont régulièrement occupées, pour faire entendre les revendications, et demander la libération des personnes emprisonnées.
16 décembre:
Devant le refus des bureaucrates du syndicat GSEE de transformer la grève de 4 h du secteur public prévue pour le 18 en grève générale illimitée, des syndicalistes, des militants d'extrême-gauche et anarchistes occupent le siège du principal syndicat grec.
18 décembre:
50 000 lycéens, étudiants, syndicalistes marchent à Athènes, rejoint par les travailleurs du secteur hospitalier, en grève de 24 h.
Une assemblée générale des travailleurs et étudiants se tient dans les bureaux occupés du syndicat GSEE.
Le sport et la culture sont gagnés par la contestation:  de nombreuses organisations de supporters de foot crient et arborent leur solidarité avec la lutte, dénoncent les violences policières, et scandent le slogan « policiers, cochons, assassins », affrontant à plusieurs reprises les unités anti-émeutes. L'inauguration du nouveau bâtiment du Théâtre National d'Athènes, rassemblant toute l'élite politique, culturelle et sociale de la capitale, est annulée, suite à l'intervention de plus de cent acteurs, réclamant la libération des personnes emprisonnées, et dénonçant le gouvernement. C'est toute la société grecque qui bascule dans le climat insurrectionnel.
21 décembre:
L'occupation du siège du syndicat GSEE est levée.
22 décembre:
La police se prépare à intervenir sur le site de l'université polytechnique, accusée d'être au centre des actions, cela au mépris du droit grec qui garantit le « droit d'asile » dans tous les espaces universitaires.
Les occupations sont levées aux facultés de droit et polytechnique jusqu'à la reprise des cours début janvier, mais celle de la faculté de droit continue.
23 décembre:
Une nouvelle marche de milliers d'étudiants, lycéens et travailleurs a lieu à Athènes.
9 et 17 janvier:
De nouvelles manifestations ont lieu, encore largement suivies, et qui doivent faire face à une brutalité accrue de la police, ainsi que diverses provocations
25-27 janvier:
Des manifestations des petits paysans provoquent le blocus de la plupart des grandes routes et frontières grecques, protestant essentiellement contre l'effondrement des prix des produits agricoles, au profit de la grande distribution et de l'industrie alimentaire.
31 janvier:
Un meeting regroupant la plupart des forces de la gauche radicale se tient dans un stade sportif d'Athènes, où s'opposent partisans d'une « union de la gauche radicale » en vue des prochaines élections, et partisans de la continuation de la lutte, sous le mot d'ordre du « gouvernement ouvrier ».

   

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12 janvier 2009

Gaza: la stratégie du massacre

Sommaire du blog

A Gaza, l'on tue, encore et encore. Des centaines de morts, civils, femmes et enfants. Face à l'horreur, face à l'écrasement d'un peuple, à son humiliation, la colère monte. De la colère peut naître le combat. Et par le combat, l'espoir.

Mais cet espoir ne pourra venir de la colère que si celle-ci prend conscience non seulement des faits, mais des causes, au-delà des trop rapides évidences. Et si elle ne se mue pas en rage vaine, ni ne s'éteint en résignation.

La tragédie de Gaza ne suscite pas que colère. Elle engendre aussi un faux sentiment d'impuissance.

David et Goliath...

Il y a l'immense déséquilibre militaire entre les forces en présence : d'un côté, une des armées les plus puissantes du monde, soutenue par tous les États européens et américains; de l'autre un peuple presque désarmé, laissé seul par  ceux qui se prétendent ses alliés ou ses représentants, mais ne rêvent que de s'entendre avec ses assassins. Le Hamas ne tue pas des civils israéliens pour défendre la Palestine, mais pour augmenter son poids dans les négociations à venir, comme les Occidentaux cherchent à travers ces crimes à renforcer leurs positions avant de traiter avec l'Iran et la Syrie.

Ce déséquilibre des forces donne à beaucoup un sentiment d' impuissance, renforcé par l'image véhiculée par la presse d'une situation inextricable, enracinée dans des particularités locales et historiques, et condamnée à se répéter sans cesse. Sentiment d'impuissance qui peut engendrer la résignation ou les actes de désespoir violents (ces actes que par un retournement cynique les terroristes d'Etats qualifient de "terrorisme"). Résignation ou violence aveugle, en terme d'avenir, c'est la même impasse.

Mener les peuples à ces impasses, c'est le premier objectif des assassins de Gaza et de leurs alliés.

La Terreur contre les peuples

C'est une stratégie globale de la terreur qui sous-tend les massacres de la population civile perpétrés par ce délégué proche-oriental de l'impérialisme occidental qu'est le gouvernement israélien. Elle est en parfaite continuité avec les centaines de milliers de morts civils en Irak et en Afghanistan provoqués par les armées américaines et européennes. Il ne s'agit pas seulement d'écraser le peuple palestinien, d'éteindre tout espoir de paix juste, mais aussi de rétablir la peur qui fige les peuples, peur qui s'était affaiblie après l'échec de la dernière invasion israélienne du Liban, et le retrait annoncé des Américains d'Irak.

Ce n'est pas le Hamas seul, ni même principalement, qui est visé par l'armée istraélienne. Les victimes civiles ne sont pas des victimes "collatérales", mais les véritables cibles, et à travers elles, tous les peuples du Proche-Orient, cette région si stratégiquement et économiquement essentielle pour les impérialistes, et si difficile à dominer. Il s'agit à tout prix d'ôter tout espoir de liberté et de dignité, et de signifier aux peuples à quoi ils doivent s'attendre s'ils ne se soumettent pas. Gaza est un exemple.

Au-delà de la Palestine

Cependant, la signification de ce qui se passe à Gaza va bien au-delà du Proche-Orient : c'est tout peuple qui se dresserait contre ses oppresseurs qui peut se sentir légitimement visé. Loin d'être un cas particulier, l'écrasement du peuple palestinien pourrait bien annoncer ce qui attend d'autres peuples, si les seules forces capables de s'opposer aux guerres impérialistes continuent à se taire et à laisser faire. Seuls les travailleurs disposent d'une force sociale et politique potentiellement capable de mettre fin aux guerres, de faire taire les armes et d'établir une vraie paix, juste et durable.

Car la guerre n'est pas seulement une action politique, mais aussi une issue économique: c'est par la seconde guerre mondiale que l'économie capitaliste a pu sortir de la crise économique commencée en 1929. C'est seulement par des guerres qu'elle pourra s'en sortir, car les guerres détruisent le surplus productif qui était cause de la crise.Ce ne sera sans doute pas une autre guerre mondiale, mais une épidémie croissante de guerres locales, mieux contrôlables. Gaza est un terrain d'essai.

L'inéluctable aggravation de la répression

De même, la montée des révoltes contre l'aggravation de la misère et de l'exploitation suscitera la peur et la violence croissante des gouvernements bourgeois. Ils le savent. Ils s'y préparent. La guerre de Gaza n'est qu'un des visages, parmi les plus affreux, de la répression qui ne va cesser d'empirer contre tous ceux qui refuseront de se soumettre. Gaza est un prélude.

La seule manière pour les peuples d'éviter que se perpétue la société de terreur capitaliste est de s'unir en un mouvement de lutte général des travailleurs, qui s'oppose aux gouvernements de haines et de peurs.

Et en premier lieu, un mouvement ouvrier uni, syndical et politique, qui prenne la tête de la solidarité active avec le peuple palestinien, exigeant la fin des agressions israéliennes, la fin des assassinats "ciblés", la fin du blocus, le démantèlement du mur d'apartheid construit par le gouvernement colonial sioniste, le retour des exilés, la restitution des terres spoliées. Un mouvement qui organise le blocus des livraison d'armes et du financement d'Israël par les Etats américains et européens.

La paix, la vraie

A terme, en Palestine, la seule issue est un État unique, laïque et socialiste, dirigé par les travailleurs, où chaque individu dispose des droits égaux, où chaque minorité se voit garantir le respect de sa culture; un État où puissent vivre en paix tous les individus; musulmans, juifs, chrétiens, athées, au lieu d'être aujourd'hui instrumentalisés et divisés, jetés les uns contre les autres par des puissances économiques destructrices.

Il ne sert à rien de pleurer, d'appeler à la paix sans conditions, de renvoyer dos-à-dos les gesticulateurs vains du Hamas et le rouleau exterminateur d'Israël. Ce qui se passe en Palestine n''est pas une guerre religieuse, ni un combat de la démocratie contre le terrorisme, mais une opération stratégique d'une colonie occidentale pour imposer par la terreur et la mort, la toute-puissance d'une domination économique mondiale.

Face à la culture de mort du capitalisme, face aux utopies réformatrices qui renvoient dos-à-dos la violence des oppresseurs et des opprimés, le seul espoir réaliste est le combat international et solidaire de tous les travailleurs pour un monde sans guerre et sans injustices.

C'est un combat long, qui paraît aujourd'hui très loin, plus utopique encore que la paix. Pourtant, c'est la seule voie solide, réelle, car la seule qui s'attaquera aux racines du mal. Et elle est bien moins loin qu'elle n'y paraît. La crise économique même, poussant les travailleurs à la résistance, comme la violence des oppresseurs attisant la colère, ne feront que renforcer la volonté, l'union et la détermination des masses pour un monde sans guerres et sans injustices, le seul qui puisse apporter la paix.

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24 décembre 2008

Merry Crisis and a Happy New Fear!

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Le titre est repris d'un slogan, peint sur les murs d'Athènes. L'occasion aussi de revenir une nouvelle fois sur ce qui se passe là-bas.

Dernières nouvelles de Grèce:

L'occupation du siège du GSEE (voir les derniers articles sur la Grèce) s'est terminée dimanche, en bon ordre. Les occupants ont fait visiter les lieux par les services de sécurité du syndicat, et fait signer un papier notant le parfait état du bâtiment, ceci afin d'éviter toute mise en scène du genre "découverte d'armes" ou de drogues, ou affirmation de vandalisme.

L'occupation des universités continue, mais sans doute plus pour longtemps. Quoiqu'il en soit, l'État s'est préparé à intervenir, si cela s'avérait nécessaire. Une des particularités de la lutte des étudiants grecs de ces dernières semaines est en effet l'interdiction légale d'intervention policière dans les campus universitaire, héritage de la lutte des étudiants contre le régime des colonels dans les années 70. 

Pour tenter de contourner cette interdiction, des responsables de Polytechnique ont transmis leurs responsabilité de contrôles à un procureur général. D'autre part, des tirs de fusil provenant d'un autre campus ont atteint une camionnette de police. Provocation ou pas, ce genre d'incidents peut servir de prétexte à l'intervention, particulièrement en ces temps de fêtes, où tout le monde regarde ailleurs.

Mais comme dit dans l'article sur la crise et la répression, la peur de la répression est pour la bourgeoisie préférable à la répression même. Seul le maintien à un haut niveau de mobilisation durant les jours à venir pourrait provoquer une intervention, mais c'est très peu probable. Même si des occupations et des affrontements continuent dans diverses villes du pays, la fatigue et l'isolement, l'absence de perspectives politiques claires, va sans doute conduire à  l'essoufflement.

A lire sur internet:
Les dernières informations sur le site de l'EEK (dont les déclarations du dirigeant du parti stalinien KKE, affirmant qu'il n'y a pas de révolte, et que tout cela est l'œuvre des services secrets de l'impérialisme!)

une analyse du contexte social, économique et politique des événements, par Stathis Kouvelakis, reprise sur le site de Futur rouge.
Un autre site en anglais, qui semble collecter les infos de plusieurs sites déjà mentionnés ici: Social war in Greece

Et tous les articles de Divergence sur le sujet sont rassemblés sur le tag "Grèce"

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Les loups entre eux

Ce qui donne à la crise actuelle un petit parfum de 1929, ce sont les suicides de financiers piégés par la crise. Le dernier en date, celui d'un responsable financier français travaillant à New York, Thierry de Villehuchet, pris dans l'affaire Madoff, cet immense montage qui a fait perdre 50 milliards de dollars à diverses banques et investisseurs, et au-delà sans doute à des milliers de petits épargnants. Le principe des réactions en chaînes fait que les conséquences de cette affaire sont encore impossibles à évaluer.

Le fond de l'affaire Madoff, c'est tout simplement la foi aveugle dans le développement ininterrompu du capitalisme, tant chez Madoff que chez ceux qui lui confiaient leur argent, ou ceux de leurs épargnants. Le crime des uns et des autres, c'est d'avoir cru ce que proclame depuis des années l'idéologie bourgeoise: le capitalisme est éternel.  La différence entre Madoff et les autres, c'est que lui a bâti son affaire sur cette seule croyance, alors que les investisseurs respectueux des "règles" s'appuyait quand même aussi sur certains éléments économiques concrets, dont ils avaient le tort de croire qu'ils étaient une garantie pour l'avenir. La véritable escroquerie dans cette affaire, c'est le système capitaliste lui-même.

Face aux catastrophes en série que peuvent provoquer ce genre d'effondrement financier, tous les responsables et intermédiaires piégés par leur foi capitaliste cherchent à se dédouaner, tout en étant incapables de remettre cette foi en doute. D'où la recherche obstinée de responsabilités individuelles et l'usage de tous les moyens pour récupérer ce qu'ils croient pouvoir encore l'être.

Le système Madoff reposait avant tout sur des systèmes de confiances institutionnelles et personnelles, sur des réseaux d'influence au sein de la bourgeoisie mondiale. Les "carnets d'adresses" bien remplis, comme celui de Villehuchet jouait donc un grand rôle pour attirer sans cesse de nouveaux capitaux, afflux constant qui permettait le paiement d'intérêts importants aux investisseurs précédents. C'est l'arrêt de ce flux par l'aggravation brutale de la crise financière en septembre dernier, qui a provoqué la chute de Madoff.

Dans ce contexte, des personnages comme Villehuchet étaient évidemment au centre de toutes les attentions, apportant à Madoff des clients, à ses contacts des intérêts importants. Du jour au lendemain, ou presque, ce héros du capitalisme se trouve transformé en bouc émissaire, cible d'une curée générale des investisseurs du monde entier, utilisant tous les moyens de pression psychologique possibles, à la fois pour se dédouaner sans mettre en cause le système que pour récupérer le moindre centime qui pourrait encore l'être.  Il n'y a guère de différence dans la manière dont cet affolement de capitalistes les a conduit à écraser l'un des leurs  que dans celle qui conduisit il y a peu les clients d'une grande surface américaine avides de saisir la "bonne occasion", à piétiner à mort, à l'ouverture des portes, l'un des employés du magasin. Bienvenue dans le monde enchanté de l'humanisme bourgeois!

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La grande peur de l'an 2009

Pour des raisons parfois très divergentes, l'idée que l'année à venir sera une année terrible se répand à travers la population.

Il y a d'abord l'analyse marxiste, qui conclut à la nécessité pour les gouvernements bourgeois de s'attaquer aux acquis des travailleurs, attaque qui pourrait provoquer en retour un regain rapide des luttes. L'aggravation du chômage, la perte du pouvoir d'achat, la destruction des systèmes de soins et d'éducation sont à l'ordre du jour, avec tous les drames humains que cela peut signifier.

Pour autant, il est impossible de savoir à quel rythme cela se produira: le propre d'une période d'instabilité est de rendre impossible toute prédiction à court terme.  S'ils le peuvent, les gouvernements éviteront autant que possible une attaque générale, qui risquerait de provoquer l'explosion qu'ils redoutent, et préféreront si possible de s'attaquer aux travailleurs segment par segment. L'année sera difficile pour tous les travailleurs, mais pourrait n'être vraiment catastrophique que pour de petites fractions de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie.  La crise du capitalisme n'est pas un événement brutal, mais un processus à long terme, dont les rythmes sont impossibles à évaluer, alternant lente évolution et accélérations subites.

Il y a ensuite la peur qui se répand dans la bourgeoisie même: peur des pertes brutales individuelles à la suite d'incidents du genre de l'affaire Madoff, mais aussi peur des révoltes et du désordre social consécutifs aux plans gouvernementaux, aux licenciements massifs, déjà décidés ou à venir.

Mais les gouvernements et les dirigeants industriels ne perdent pas de vue les avantages propagandistes de cette peur de 2009, et se gardent bien de trop rassurer.

Le premier avantage est le principe du "moindre mal": plus les gens s'attendront au pire, plus ils accepteront les "difficultés" qui leur paraîtront moindre que leurs craintes. L'autre avantage idéologique est que cette peur va servir, et sert déjà, d'argument essentiel pour faire accepter les plans anti-sociaux des gouvernements et des entreprises.

La peur, rappelons-le encore, est le fondement même de la propagande bourgeoise, aujourd'hui plus que jamais. Plus les gens auront peur, plus toute solution leur paraîtra inaccessible, plus ils resteront passifs face aux événements.

Enfin, dans les milieux anticapitalistes, cette peur a les couleurs de l'espoir :  le grand moment va arriver. Peut-être, mais il n'est pas encore là, et ce n'est sans doute pas dans l'immédiat. En insistant sur l'imminence des événements, et l'urgence de réagir, certains partis peuvent trouver un motif pour appeler à l'unité face à l'urgence, et ainsi faire taire toute critique.

Le besoin d'unité dans l'action est une exigence fondamentale de la lutte des travailleurs contre le capitalisme. Mais à condition que cette unité aie du contenu, ne soit pas du vent. L'unité oui, mais pourquoi faire? Voilà ce à quoi certaines organisations éviteront de répondre, ce qui reviendra à dire, unité derrière ce qui existe actuellement, derrière notre ligne. Le prétexte de l'urgence, comme cela a été souligné dans l'article sur le centralisme démocratique, est un argument récurrent des appareils pour faire taire tout débat.

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Les dernières fêtes avant la catastrophe

Un sociologue affirmait récemment dans les colonnes de Libération que la consommation lors des fêtes de cette fin d'année ne devrait pas trop être atteinte par la crise.  Face à la peur de 2009, ces fêtes apparaissent comme la dernière occasion de s'amuser, la possibilité d'oublier ce qui nous attend, de faire taire l'angoisse transmise par les scénarios catastrophes de la crise, comme par l'analyse concrète de la vraie catastrophe, le capitalisme.

S'il est du devoir des révolutionnaires de prévenir les travailleurs de ce qui les attend, de mettre en évidence la profondeur de la crise traversée par le capitalisme, il s'agit d'éviter de participer à cette grande fabrique d'angoisse et de passivité qu'est cette peur de l'an 2009.

Les luttes en Grèce rappellent qu'avec la crise, de nouveaux espoirs reviennent. La faiblesse du capitalisme peut être une chance, si les travailleurs prennent conscience de leur force et s'organisent pour renverser ce système qui broie tous les êtres, y compris parmi les siens.

Mais cette organisation doit être efficace, et la plus précise possible. Toute impatience, toute illusion sur l'urgence se paiera en illusions, en erreurs, en retard dans la réaction. La crise du capitalisme n'est pas un événement, mais un long processus, disait-on plus haut. Il en va de même de l'action révolutionnaire des travailleurs.  Il faut être capable de réagir vite face aux événements, mais l'essentiel de la lutte se construit dans l'effort obstiné et patient pour construire une alternative politique réaliste, donc révolutionnaire, fondée sur un parti ouvrier révolutionnaire, et sur la prise de conscience progressive, par les travailleurs de leur force et de leurs intérêts.

Il ne sert donc à rien de verser dans le catastrophisme. Il faut apprendre les vrais rythmes de la vie, combattre la peur, savoir que même dans les moments où le ciel se charge de nuages, des lumières nouvelles se préparent derrière eux, tandis que continue, aussi bien qu'elle le peut, la vie avec ses plaisirs, ses joies, ses espoirs.

Dans les deux à trois semaines à venir, l'activité du blog se ralentira, pour reprendre véritablement après le 11 janvier. Dès lors, même si d'autres articles paraîtront d'ici là:

Joyeuses fêtes à tous! Et que 2009 aie les couleurs de l'aurore!

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20 décembre 2008

4000 manifestants à Douai pour la grève générale

Sommaire du blog

Je reproduis ici le communiqué du COLLECTIF UNITAIRE POUR UN FRONT SYNDICAL DE CLASSE. Elle montre la détermination des ouvriers, d'une part à s'allier avec les lycéens, d'autre part à affronter le gouvernement capitaliste, malgré l'opposition des directions syndicales:

Manif_du_18_D_cembre_010

4000 MANIFESTANTS DANS LES RUES DE DOUAI CE 18 DECEMBRE 2008 

A L'APPEL DE L'UL DES SYNDICATS CGT DU DOUAISIS REJOINTE PAR LA CFTC, LA FSU, LA CONFEDERATION PAYSANNE...


Les travailleurs des entreprises douaisiennes, pour la plupart en congés forcés ou en chômage technique, comme Wagon ,Afr, Faurecia Somain, Aldi, Renault, St Gobain, Agc Automotiv, Auchan, Inoplast, Siac, les Retraités, etc, etc (excusez, la  liste est trop longue pour les citer tous) ont fait la jonction avec les lycéens en grève contre les projets contre l'enseignement public de Sarkosy et les siens.

Des délégations de toutes la Région, Seclin, Valenciennes, Arras, Lillers, Avesnois, etc, etc étaient venues manifester avec eux. Les travailleurs de Dunkerque avec leur UL manifestaient à la même heure dans leur ville.   Pendant 1h30, dignement, jeunes et travailleurs côte à côte, avec les mêmes slogans contre la misère, le capitalisme, l'Europe, ont battu les pavés douaisiens. La manif s'est achevée et tous, TOUS ENSEMBLE, ont décidé de relancer l'action et préparer la grève générale dès le début janvier. Un des principaux slogans était : "CONTRE LE CAPITALISME LA GREVE GENERALE !!!"
A DOUAI, la centaine de syndicats fidèles à leur UL, travaillent pour créer les conditions de la grève générale seul moyen de mettre à genoux patrons et gouvernement.   Il est à noter que les les dirigeants des UD du Nord et du Pas de Calais et de la Région avaient ordonné à leurs UL et à certains syndicats de ne pas se joindre à la manifestation de Douai ce 18 décembre. Le motif officiel est que l'UL CGT de Douai serait illégitime (alors qu'elle regroupe l'écrasante majorité des bases organisées et de masse) mais le fond est d'essayer de casser qui luttent et résistent au réformisme à la sauce CES.

Quel camouflet pour ces briseurs de grève !!!

Qu'importe pour CES GENS LA, le sort des milliers de travailleurs qui souffrent dans notre arrondissement et dans la région avec la crise de l'automobile. leur objectif unique est en finir avec ces syndicats et UL qui résistent à la dérive syndicale de notre  CGT. Thibault, le patron, dimanche dernier sur RTL appelait à la grève générale immédiate, et le lendemain il s'aliénait aux autres centrales syndicales pour une journée d'action le... 29 JANVIER PROCHAIN (aucun des thèmes retenus pour cette journée pour la mobilisation ne s'en prend d'ailleurs au patronat et au capitalisme). 

POUR LES TRAVAILLEURS ET LES JEUNES DU DOUAISIS, PAS QUESTION D'ATTENDRE LES CALENDES GRECQUES C'EST MAINTENANT QU'IL FAUT AGIR ET TOUS ENSEMBLE DANS LA GREVE GENERALE. ILS SE SONT DONNES RENDEZ VOUS DES LE DEBUT JANVIER POUR ORGANISER D'AUTRES INITIATIVES COMMUNES. 

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18 décembre 2008

Grèce : dernières nouvelles (18 décembre)

18/12; 17 h 30

"La grosse manifestation étudiante est en train d’être violemment attaquée au gaz lacrymogène. Les flics utilisent un gaz d’un nouveau type, plus puissant. La plupart d’entre nous nous sommes réfugiés dans l’Ecole Législative. Un camion blindé de transfert de fond est en train de brûler. Des personnes sont rentrées dans une église avoisinante, sonnant les cloches à chaque tir de gaz lacrymogène, ajoutant une touche un peu plus irréelle à la scène." (info trouvée sur "on the Greek riots" (voir plus bas)

18/12; 10 h

Il semble que la situation en Grèce évolue encore,  et nécessiterait de la suivre de près.
Mais les informations manquent. (et le temps pour l'auteur de ce blog aussi!)

manif__tudiante_Ath_nes_10_d_cembre

manifestation lycéenne du 10 décembre

Un autre site signalé par "Futur rouge" (site riche en informations sur les luttes et que je vous engage à aller voir), le site "Emeutes et amour" consacré aux luttes actuelles en Grèce (selon un point de vue apparemment anarchiste) donne des nouvelles qui, si elles se vérifient, pourraient être importantes quant à l'avenir du mouvement.

Des travailleurs, depuis le 16 ou le 17, occuperaient le bâtiment du principal syndicat grec (GSEE) et un site de la télévision d'Etat.

[EDIT, 12 h 00: Le journal "Le Monde" confirme cette occupation:  "Quelque 70 personnes s'autoproclamant "travailleurs révoltés" avaient auparavant envahi le siège athénien de la plus importante centrale syndicale, la Confédération des travailleurs grecs (GSEE). Le bâtiment restait occupé en début de soirée, a indiqué le bureau de presse du syndicat. Selon le comité de coordination des lycéens, cette poursuite de la mobilisation est doublée d'occupations de quelque 600 lycées et collèges, mais le ministère de l'Education réduit ce chiffre à une centaine". Par contre, l'occupation de la télévision serait une action brève d'une vingtaine d'étudiants mardi]

A ce niveau d'information, tout ce que l'on peut dire est que cette orientation serait très encourageante, mais que l'absence probable de direction claire dans la lutte, d'objectifs politiques bien définis, bref, l'absence d'un véritable parti révolutionnaire ouvrier, pourraient fragiliser fortement cet enthousiasme, cette prise de conscience et cette radicalisation des mouvements ouvriers et étudiants grecs. Mais on ne peut rien conclure avec si peu d'informations, sinon affirmer tout son soutien aux travailleurs et aux étudiants qui luttent avec courage et détermination contre la violence de l'État bourgeois et la dictature capitaliste.

Donc, comme d'habitude, si des lecteurs ont des informations à me transmettre, par mail ou par commentaires sur le blog, qu'ils n'hésitent pas. En ce compris, à propos d'actions de solidarité en Europe.

Policier_solitaire

_colier_devant_le_feu

Je reprends  la "DECLARATION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS INSURGES DE ATHENES" publiée sur le site "Emeutes et amour" (mais dans une autre page, pour maintenir la lisibilité de l'ensemble)

D'autre part, des manifestations lycéennes sont prévues aujourd'hui au centre d'Athènes.

Tout ce que les directions syndicales proposent, c'est "3 h d'arrêt de travail jeudi" (ADEDY) et un "rassemblement" vendredi devant le parlement (GSEE). Juste que quoi sauver les apparences en continuant d'empêcher autant que possible l'union des travailleurs et des étudiants.

Maintenant, il est clair qu'une action comme l'occupation du site de la GSEE, si elle s'est faite isolément (ce qui reste à voir) sans coordination avec les autres formes de luttes, bien que légitime face à la trahison des directions syndicales, ne facilitera sûrement pas cette union.

Même s'il ne faut pas perdre de vue que la manifestation de mercredi, organisée par la plupart des organisations d'extrême-gauche, et rejointe par des fractions syndicales montrent que les directions syndicales sont déjà débordées par leur base (à quel degré, voilà qui est évidemment difficile à estimer d'ici!), et que l'occupation peut avoir été bien vue par les ouvriers les plus radicalisés, voire au-delà.

Pour un retour sur des informations plus anciennes et des analyses de la situation en Grèce, voir les articles de la rubrique "actualités"

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Etudiants_face___la_police

_tudaints___fleurs

Un autre site en anglais On the Greek riots , très proche apparemment de "Emeutes et amour", mais plus complet.

Ce genre de sites souffrent de la vision "autonome" ou anarchiste, de la lutte, mettant l'accent sur les actions spectaculaires dont ils exagèrent très vraisemblablement l'importance, ne parlant que du rôle des anarchistes, sans aucune mention des autres groupes, ni des luttes au sein des syndicats, refusant tout organisation de la lutte au-delà des "comités de base", et donc toute coordination sérieuse, etc.

Mais des informations, même biaisées ainsi, restent très utiles, face à la désinformation de la presse bourgeoise.

Et il est plus que regrettable, et sans doute pas innocent au regard de leurs positions vis-à-vis des directions syndicales, (voir: Le NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales?)  que ni la LCR ni LO, organisations qui en ont les moyens, ne diffusent aucune information alternative sur leur site!

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Des infos par AlJazeera English, forcément axées sur le spectaculaire. Mais des images parfois permettent de mieux faire sentir ce qui se passe. Même si je suppose qu'il y a mieux que ceci.

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15 décembre 2008

Grèce : nouveaux éléments

Par la lecture du site du "EEK" , une organisation trotskiste grecque partie prenante des événements actuels, on peut avoir d'autres éléments que ceux qui furent mentionnés dans les articles précédents: Grèce, radicalisation des luttes et NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales.

Les informations données par les camarades de l'EEK confirment le rôle décrit précédemment par les syndicats dans l'annulation de la manifestation initialement prévue. Par contre il apparaît que les directions réformistes de Syriza, dont les eurocommunistes,  n'ont pas résisté beaucoup plus longtemps aux pressions conjointes du gouvernement, du Pasok et du parti stalinien KKE.

Ce dernier n'a pas hésité à traiter les jeunes manifestants de "talibans", "trafiquants de drogue", agents de la CIA, bref du stalinisme pur sucre,  et a dénoncé les eurocommunistes du  Synaspimos et leurs alliés dans Syriza de "protéger les hooligans et les provocateurs". Si dans un premier temps, Syriza, comme je l'indiquais dans les articles précédents, a voulu maintenir la manifestation initiale, cette organisation réformiste qui tentait de jouer les intermédiaires entre l'État et les manifestants a finalement cédé aux pressions et a appelé  aussi à un  meeting en remplacement de la marche.

Celle-ci a cependant eu lieu, organisé par un certains nombre d'organisations d'extrême-gauche: le MERA (front de la gauche radicale  dont est membre l'EEK), l'ENANTIA (gauche anticapitaliste unie) deux organisations maoïstes et le mouvement anti-autoritaire (anarchistes). Certaines sections syndicales, particulièrement du secteur public et des enseignants, se sont jointes à la marche, qui a regroupé près de 25 000 personnes, chiffre exceptionnel pour l'extrême-gauche.

Dans la faculté de droit occupée, des assemblées d'étudiants et de travailleurs ont organisé la coordination de leurs luttes, en formant le Centre d'Action Indépendante. Une déclaration y a été votée (qui, si je ne me trompe, est celle que reproduit le n° 15 du bulletin du CCI (T) ) et que l'on retrouve en anglais sur le site d'une autre organisation trotskiste, l'OKDE.

Dans les jours qui ont suivi, l'"intifida grecque", selon les termes de l'EEK, s'est poursuivie dans tout le pays. Quant à la répression, après que le gouvernement de droite ait tenté en vain de convaincre les autres organisations parlementaires de déclarer l'Etat d'urgence, a envisagé (ou envisage encore) un "état d'exception". On remarque parmi ceux qui chargent les manifestants des groupes paramilitaires d'extrême-droite, dont le "Golden dawn".

Je renvoie à ceux qui connaissent l'anglais au site de l'EEK .

policier_en_feu

Par ailleurs "Futur rouge" publie l'interview d'un dirigeant anarchiste Yannis Androulidakis, secrétaire international du syndicat grec ESE (anarchosyndicaliste) .

Cet interview confirme, quoique de manière plus vague quant au rôle de chaque organisation, ce qui a été dit plus haut, en insistant, comme le fait l'EEK, et que j'ai omis de mentionner, sur le rôle de pointe dans certains affrontements des jeunes de 15 ans et moins, trop peu conscients du danger. 

Il rappelle aussi, de manière circonstanciée,  la violence de la répression policière, alors que l'on voit la presse internationale s'interroger sur la soi-disante "permissivité" de la police!

Il insiste aussi fortement sur le rôle selon lui central des anarchistes dans le déclenchement du mouvement. Et signale le refus de lutter pour le renversement du gouvernement de la part des anarchistes, parce qu'ils croient "qu'un changement de gouvernement ne peut pas changer nos vies..."

Autrement dit, au nom d'un radicalisme anticentralisateur, les anarchistes refusent d'orienter la lutte dans un sens révolutionnaire, abandonnent le terrain du pouvoir à l'Etat bourgeois, se contentant de suivre les décisions des assemblées sans rien proposer pour "ne pas jouer le rôle d'une avant-garde". Effectivement, aucun risque. Mais on se demande alors à quoi servent les organisations anarchistes, en tant que telles, au-delà du courage et de la détermination des éléments individuels aux côtés des étudiants, et qui est indéniable. 

Il ya quand même une incroyable contradiction entre ces affirmations du "rôle important des anarchistes" et le refus d'être une "avant-garde". De deux choses, l'une: ou ils suivent le mouvement, sans rien proposer, et ils ne peuvent prétendre jouer un rôle "important"; ou ils avancent des propositions, et se placent dans le rôle d'une avant -garde, qu'ils le veuillent ou non, même si c'est une avant-garde confuse et incapable d'assumer son rôle.

Une autre source d'informations sur la Grèce, que m'a signalée Futur Rouge: Info-Grèce.




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13 décembre 2008

Le NPA: couvrir ou affronter les directions syndicales?

Le NPA va-t-il suivre les bonnes traditions de la LCR, en protégeant sur leur gauche les directions syndicales? Faisant "pression" sur elles plutôt que de dénoncer leurs trahisons? J'espère qu'il n'en sera rien.

J'espère que le NPA va clairement et fermement dénoncer le rôle de ces directions et lutter contre elle dans les syndicats, appeler les travailleurs à en reprendre le contrôle.

Mais les articles sur la Grèce en page d'accueil du site du NPA n'incitent pas à l'optimisme.

Les militants du NPA doivent être très attentifs aux infos qui leur sont données, multiplier les sources (avec le net, c'est assez facile): c'est une condition impérative d'un fonctionnement vraiment démocratique du parti!

Concernant la grève générale et le rôle des directions syndicales, on peut lire dans le dernier article du site de la NPA:

"mercredi, la journée de grève générale contre les salaires et les statuts de misère a été fort bien suivie, et surtout , les calamiteuses manoeuvres du ministre Karamanlis n'ont pas marché : les directions des syndicats (GSEE, confédé du privé, et ADEDY, Fédé du public) ont refusé de repousser la grève et d'annuler le rassemblement.

Et, comme cela avait été prévu à l'origine, une manif a bien eu lieu, à l'initiative d'un très très gros pôle radical constitué entre autres de militant-e-s de la gauche anticapitaliste". (j'adore le "très très gros"! ça , c'est de l'info! Passons)

Ecrit comme cela, il semble que les directions syndicales ont courageusement résisté aux pressions du gouvernement. Hourrah pour les directions syndicales!

Seulement voilà...

Relisons mieux: "comme cela avait été prévu à l'origine, une manif a bien eu lieu, à l'initiative d'un très très gros pôle radical". Sans autre source d'infos, on ne peut pas comprendre le vrai sens de cette phrase.

Voici d'autres sources:

"Malgré les violences à Athènes et dans plusieurs autres villes, les deux grandes centrales syndicales du pays, la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, 600.000 adhérents) et la Fédération des fonctionnaires (Adedy, 200.000 membres), ont ignoré un appel du Premier ministre à renoncer à toute manifestation dans la capitale.

Mais les syndicats ont cependant pris en compte la situation: ils ont annulé un grand défilé prévu dans le centre d'Athènes et appelé les travailleurs à un rassemblement "paisible" devant le parlement, sur la place Syntagma, à 12h00 (10h00 GMT).

Les syndicalistes communistes (PAME) ont prévu de leur côté de manifester dans le centre d'Athènes avant le rassemblement syndical."

(AFP)

"The central demonstration in Athens took place from 10 am to 2 pm, despite the decision of the trade-union federation leadership to limit itself in a meeting. The blocks of the Communist Organization of Greece marched from the initially fixed meeting place towards the Parliament, uniting during the demonstration with the other allies of the Coalition of Radical Left (SYRIZA). The blocks of SYRIZA composed the bulk of the whole meeting.

campo antiimperialista

(note: campo antiimperialista, sauf erreur de ma part, est le site d'une organisation d'origine maoïste membre de la coalition Syriza)

"La grève générale était prévue de longue date, mais le Premier ministre, Costas Caramanlis, avait appelé les syndicats à renoncer à toute grande manifestation, pour éviter de nouveaux heurts. Les deux grandes centrales syndicales du pays, qui comptent environ 800.000 membres, ont annulé un grand défilé dans le centre d'Athènes, mais elles ont appelé les travailleurs à un "rassemblement paisible", sur la place Syntagma, en face du parlement grec.
La tribune"

Autrement dit, les principales directions syndicales ont cédé aux pressions du gouvernement et tenté d'annuler la manifestation, au profit d'un "rassemblement pacifique". (Annuler tout eut été suicidaire pour ces centrales). Mais l'extrême-gauche, dont Syriza et les autonomes, les enseignants, le syndicat pro-communiste (dont la base doit être plus exigeante) et vraisemblablement nombre de travailleurs membres des principaux syndicats, ont maintenu, contre ces directions, la manifestation.

Mais il y a plus gênant encore, dans l'attitude de la direction actuelle du NPA, telle qu'elle s'exprime sur le site:

Revoyons l'article précédent, à propos de la Grèce:

"une grève générale massive de 24 heures devait avoir lieu, mercredi 10 décembre, alors que les enseignants étaient déjà en grève. Ce sera le meilleur moyen de faire prendre conscience du lien entre la crise capitaliste et la répression policière menée par le gouvernement de la droite libérale, que le mouvement social doit chasser"(1)

Chasser le gouvernement par une grève générale de 24 h? Vous voulez rire? Bon, ce n'est pas vraiment ce que dit l'article, mais aucune critique n'est faite de ce genre de grève qui ne sert qu'à empêcher une vraie mobilisation des travailleurs, qui elle doit passer par une grève générale illimitée.

Grève générale illimitée? Est-ce vraiment le moment? Encore un mot d'ordre de sectaires archaïques", comme la direction de la LCR aime à appeler ceux qui luttent pour une orientation révolutionnaire du parti?

"Dans l’un des amphis du premier étage, étudiants et travailleurs font le point dans une assemblée générale sur les moyens d’organiser la lutte commune pour contraindre Caramanlis à jeter l’éponge. Militant de la gauche de la gauche, un syndicaliste harangue l’AG : «Il ne faut pas plier jusqu’à ce que le gouvernement démissionne.» «On ne peut pas attendre les journées d’action prévues pour la fin du mois : il faut maintenir la pression», renchérit un autre sous les applaudissements, évoquant «une grève à durée indéterminée». Un médecin s’inquiète de voir les directions syndicales accepter les propositions d’augmentation des salaires du gouvernement, «tombant dans le piège du pouvoir».

Libération

"tombant dans le piège du pouvoir" ou tendant un piège aux travailleurs? Ce n'est pas avec le genre d'infos actuellement diffusées sur le site du NPA que les militants pourront se faire une vraie idée du rôle des directions syndicales.

L'article le dit, des réunions ont eu lieu entre ouvriers et étudiants. Le rôle d'un parti révolutionnaire est d'organiser ou d'aider à organiser ce type de jonctions, ce qui ne pourra se faire que contre les directions syndicales, qui voudraient que les travailleurs se cantonnent dans un rôle de spectateurs face aux luttes des jeunes contre le pouvoir et la répression policière.

De nombreux articles de la presse bourgeoise soulignent aussi que le gouvernement actuel est totalement dépassé, et semble perdre le contrôle. Le mot d'ordre de gouvernement ouvrier doit être avancé: on ne peut se contenter de "faire pression" ou de "dénoncer". Il faut aussi proposer une alternative sérieuse!

(1) l'article de Rouge , l'organe de la LCR,  concluait quant à lui:

"une grève générale massive de 24 heures devait avoir lieu le mercredi 10 décembre, alors que les enseignants étaient déjà en grève. Ce sera le meilleur moyen de faire prendre conscience du lien entre la crise capitaliste et la répression policière menée par le gouvernement de la droite libérale, que le mouvement social doit chasser".

D’Athènes, Andreas Sartzekis "

Andreas Sartzekis est membre de la section grecque du SU, l'organisation internationale de la LCR

Ne vous fatiguer pas à comparer: ce sont exactement les mêmes phrases que l'article du NPA.  Mais ce dernier  n'est pas signé.

 

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